L’indépendante Jody Wilson-Raybould se démène pour garder Vancouver Granville

VANCOUVER — Contrairement à ses adversaires dans la circonscription fédérale de Vancouver Grandville, la candidate indépendante Jody Wilson-Raybould ne peut se lancer dans les grandes promesses nationales.

Toutefois, celle qui est sans doute la candidate la plus connue dans ce comté de la Colombie-Britannique réitère sa foi envers une politique non partisane et des politiques progressistes.

«Nous devons nous assurer que nous offrons des occasions pour chaque Canadien», a-t-elle répondu à une question sur la réduction du taux de chômage au cours d’une récente assemblée publique réunissant l’ensemble des candidats. Elle a ajouté que le gouvernement fédéral peut aussi offrir des incitatifs fiscaux aux petites et moyennes entreprises tout en augmentant le taux d’imposition des plus grandes corporations.

Mme Wilson-Raybould semble adopter une approche réaliste de ce que peut accomplir une députée indépendante. Selon des experts, c’est le défi qu’elle doit relever pour convaincre les électeurs de voter pour elle. Certes, elle est populaire, son message peut être inspirant, mais certains sont hésitants à élire une parlementaire qui sera reléguée dans un coin reculé de la Chambre des communes et aura peu l’occasion de participer activement à la période de questions.

Plusieurs électeurs indécis ont exprimé leur admiration pour la manière dont Mme Wilson-Raybould s’est comportée pendant la controverse entourant SNC-Lavalin. L’ancienne procureure générale et ministre de la Justice a reproché au premier ministre Justin Trudeau d’avoir fait pression sur elle pour l’abandon des accusations contre l’entreprise québécoise. En représailles, les libéraux l’ont évincée de leur caucus et M. Trudeau a nié avoir commis un geste répréhensible.

D’autres électeurs ne connaissent pas les opinions de la candidate indépendante sur les sujets qui les préoccupent comme les changements climatiques, le logement abordable, les droits de scolarité et la fiscalité, par exemple.

«Elle est indépendante, elle devra donc travailler avec les autres partis. C’est une bonne chose, note Jenn Jay, une employée d’un cabinet juridique. Mais certaines des propositions des autres partis sont beaucoup plus attrayantes.»

Une autre électrice, Darlene Cripps, qui vit dans la circonscription depuis 20 ans, se dit déçue par la décision du gouvernement libéral d’acheter l’oléoduc Trans Mountain. Elle aimerait connaître davantage la position de Mme Wilson-Raybould sur ce sujet.

«Je veux entendre ses points de vue, elle n’a plus à répéter la ligne de parti», soutient Mme Cripps.

Une chance ou un défi?

En entrevue, Jody Wilson-Raybould dit croire qu’elle s’est expliquée clairement sur plusieurs questions importantes. Elle a notamment publié sur son site internet des déclarations où elle se dit en faveur de l’assurance médicaments universelle et contre la poursuite du projet Trans Mountain.

Se présenter comme indépendante est une chance, pas un défi, fait-elle valoir.

«Je ne suis plus gênée par les diktats des partis, souligne la candidate. Je ne pense pas qu’il y ait nécessairement de problème avec les partis, mais le fait de devoir parcourir à la hâte les plateformes et réciter des lignes qu’on vous dit de dire est une façon de se présenter. Mais je crois que les électeurs veulent des élus qui le représentent sur la base des valeurs et des principes.»

Selon elle, dire qu’un député indépendant n’a pas d’influence à la Chambre des communes est une vue «pessimiste». Une de ses priorités sera de mettre à jour le règlement de la Chambre afin que chaque député représente plus efficacement ses électeurs. Elle ne précise pas ce qu’elle aimerait modifier.

Mme Wilson-Raybould dit vouloir participer à un tirage au sort visant à déterminer l’ordre de présentation des projets de loi d’initiative parlementaire. Elle compte aussi collaborer avec ses collègues sur leurs propres projets de loi.

Si le gouvernement fédéral présente un projet de loi progressiste qui importe aux électeurs de Vancouver Granville, elle l’appuiera, sinon elle s’y opposera ou présentera des amendements.

«Je suis une personne optimiste, dit-elle. En fait, je ne crois pas qu’être indépendant signifie qu’on est seul. Être indépendant signifie qu’on a la possibilité de travailler avec d’autres députés partageant les mêmes vues. Ce n’est pas parce que la politique est faite à sens unique et que le système de partis est profondément enraciné (…) que cela ne peut pas s’améliorer.»

Son rival libéral, Taleeb Noormohamed, a saisi les occasions de rappeler aux électeurs la capacité limitée des élus indépendants. Selon lui, le système des partis peut produire — et a — produit une collaboration et des changements.

«Mon opinion est que les électeurs de Vancouver Granville devraient avoir une voix au sein du gouvernement, a-t-il déclaré. C’est bien beau de dire qu’on sera une voix indépendante. Mais on veut être une voix à la table, dans la salle où les décisions difficiles sont prises afin de pouvoir parler au nom de ses électeurs.»

Gerald Baier, professeur de sciences politiques à l’Université de la Colombie-Britannique, concède que plusieurs électeurs votent en fonction des partis. Toutefois, Mme Wilson-Raybould est si admirée par les progressistes que même des néo-démocrates traditionnels pourraient voter pour elle, ajoute-t-il.

Selon lui, beaucoup d’électeurs n’ont pas vraiment conscience du peu de choses que les députés indépendants peuvent accomplir au Parlement.

«Je ne pense pas que les gens disent qu’on ne peut pas élire un indépendant parce qu’il ne pourra rien faire, dit-il. Les gens négligent probablement ça.»

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