L’ingérence étrangère, une menace à la démocratie, selon un nouveau rapport

OTTAWA — Un nouveau rapport détaille comment des pays comme l’Arabie saoudite, la Chine et le Rwanda s’ingèrent dans les affaires de pays démocratiques, dont le Canada, pour harceler et menacer leurs citoyens vivant à l’étranger et même commettre des actes de violence contre eux.

Le rapport de l’organisation Freedom House sur la «répression transnationale» est considéré comme la première tentative à grande échelle de fournir une vue d’ensemble de la menace d’ingérence étrangère par des régimes hostiles.

L’organisation basée aux États-Unis affirme qu’un modèle mondial de violence et d’intimidation destiné à étouffer la dissidence peut être observé dans une étude de 31 pays ciblant des centaines de victimes dans 79 autres États. Le rapport nomme six pays qui nuisent à la démocratie: la Chine, le Rwanda, l’Arabie saoudite, l’Iran, la Russie et la Turquie, alliée du Canada à l’OTAN.

Le rapport indique comment des récits anecdotiques de harcèlement à l’étranger dans diverses communautés de la diaspora canadienne s’inscrivent dans un modèle mondial.

Il ajoute que 3,5 millions de personnes dans le monde ont été attaquées directement ou par le biais de «tactiques secondaires d’intimidation et de coercition» qui font ensuite des vagues dans les communautés de la diaspora à travers le monde.

Le président de Freedom House, Michael J. Abramowitz, a déclaré que le rapport soulignait les dangers auxquels sont confrontés les militants des droits humains, les dissidents et leur famille même après avoir fui leur pays répressif.

«Les exilés du monde entier décrivent la surveillance, les agressions ou même les enlèvements et les assassinats comme une menace constante qui limite leur capacité à s’exprimer librement. L’arrêt de la répression transnationale est vital pour protéger la démocratie et faire reculer l’influence autoritaire», a déclaré Abramowitz.

Le rapport cite le meurtre en 2018 du journaliste du «Washington Post» Jamal Khashoggi par le gouvernement saoudien dans son consulat d’Istanbul comme l’exemple le plus audacieux et le plus médiatisé.

M. Khashoggi, qui vivait aux États-Unis, était un critique fréquent du régime saoudien. Il a été battu à mort et démembré et des parties de son corps ont été dissoutes dans l’acide.

Mais le rapport indique qu’il existe d’innombrables autres exemples qui ne font pas les manchettes. Et certains d’entre eux se sont produits au Canada.

En août 2020, l’ancien agent du renseignement saoudien Saad al-Jabri, qui vit au Canada, a intenté une action en justice contre le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et d’autres pour avoir menacé de le tuer et de détenir les membres de sa famille pour le forcer à retourner en Arabie saoudite, selon le rapport.

«Dans sa poursuite, M. al-Jabri allègue qu’un groupe de ressortissants saoudiens arrêtés à la frontière canadienne transportaient l’équipement nécessaire pour démembrer un cadavre. Les allégations de M. Al-Jabri représentent un schéma familier de ciblage progressif, impliquant plusieurs moyens de répression contre une seule personne », lit-on.

Le rapport concorde avec les récits antérieurs de ressortissants chinois vivant au Canada qui se sont plaints de harcèlement de la part d’agents du gouvernement chinois.

Le problème a été documenté au comité spécial de la Chambre des communes sur les relations Canada-Chine, qui a également entendu parler de l’intimidation des Ouïghours musulmans de souche, dont les proches de la province chinoise de Xingjian ont été rassemblés dans des camps d’internement, soumis au travail forcé et violés.

Freedom House indique clairement que certains Ouïghours qui ont cherché refuge au Canada ne l’ont pas trouvé et cite un exemple:

«Les membres de la famille d’une femme ouïghoure au Canada sont placés dans un camp de travail en Chine; quand ils sont libérés, ils appellent et avertissent leur fille exilée de se taire sous les yeux d’un responsable chinois.»

Le rapport note que des Tibétains aux États-Unis et au Canada ont été soumis à de «l’intimidation et de l’espionnage par des agents chinois», y compris par un policier de New York d’origine tibétaine qui a été arrêté en septembre 2020 pour avoir travaillé avec des responsables chinois pour espionner la communauté tibétaine.

«L’affaire ressemble à de récents incidents de surveillance et d’intimidation de Tibétains en Suède, en Suisse et au Canada. Le même logiciel espion haut de gamme utilisé contre les Ouïghours a également été utilisé dans des campagnes contre les Tibétains», indique le rapport.

Le rapport met également en lumière la portée du président rwandais Paul Kagame, qui, depuis deux décennies et demie, remporte des élections avec des marges bien supérieures à 90 %, et qui se donne beaucoup de mal pour faire taire ses critiques politiques.

«Les Rwandais à l’étranger subissent des menaces informatiques, des attaques de logiciels espions, de l’intimidation et du harcèlement familial, des contrôles de mobilité, de l’intimidation physique, des agressions, des détentions et des assassinats», indique le rapport.

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