L’ingérence russe a des impacts aussi pour le Canada, dit le président du Kosovo

OTTAWA — Le président du Kosovo, Hashim Thaci, soutient que la Russie tente de déstabiliser son pays et ses voisins des Balkans avec notamment de fausses nouvelles.

M. Thaci a tenu ces propos mardi pendant une visite à Ottawa et a ajouté que le Canada était également ciblé, car la Russie tente de miner les valeurs et les institutions que le Kosovo a en commun avec ses alliés de l’Ouest.

«En attaquant ces principes et ces valeurs, ils attaquent le Canada aussi», a-t-il affirmé en entrevue à La Presse canadienne après avoir témoigné devant le comité des affaires étrangères de la Chambre des communes.

M. Thaci a salué le soutien du Canada à son pays, forgé de l’ex-Yougoslavie dans la décennie ayant suivi les bombardements de l’OTAN en 1999 sur la province à majorité serbe.

Les avions de guerre canadiens avaient pris part aux frappes aériennes de l’OTAN pour contrer une campagne du président de la Serbie Slobodan Milosevic, contre la population majoritairement musulmane du Kosovo, ayant mené à sa traduction en justice pour crimes de guerre.

Le Canada avait été l’un des premiers pays à reconnaître l’indépendance du Kosovo en 2008, mais M. Thaci a affirmé que la Russie bloquait régulièrement ses efforts pour être reconnu par les Nations unies et pour joindre l’OTAN et l’Union européenne.

M. Thaci a signalé que la lenteur du processus rendait son pays plus vulnérable à l’ingérence russe.

«L’OTAN et l’Union européenne ne devraient pas être en retard avec l’élargissement et l’intégration des Balkans», a-t-il plaidé par l’entremise d’un interprète.

L’ingérence de la Russie se manifeste par la propagation de «fausses nouvelles», qui tentent de présenter le pays comme un État déchu, a-t-il précisé.

Le pays de Vladimir Poutine a déjà réussi à semer la discorde dans les Balkans, selon M. Thaci.

Le Monténégro très affecté

Le Monténégro est celui qui a le plus souffert, estime le président kosovar, qui accuse la Russie d’avoir orchestré un coup d’État l’an dernier pour éviter que le pays ne se joigne à l’OTAN.

La Russie a nié toute implication, mais le procès criminel en cours au Monténégro jette une lumière peu reluisante sur le Kremlin.

Un témoin clé a affirmé le mois dernier qu’un travailleur russe l’avait payé pour convoquer 500 personnes afin de perturber la capitale le jour des élections parlementaires.

En juin dernier, le Monténégro est devenu le 29e État à joindre l’OTAN malgré la féroce opposition de Moscou.

La Russie perçoit l’expansion de l’OTAN comme une menace à sa sécurité régionale et à sa sphère d’influence.

Relations canado-russes orageuses

Les relations de la Russie et du Canada sont maintenant au plus bas après que le gouvernement canadien eut adopté une nouvelle loi anticorruption nommée en l’honneur d’un ancien lanceur d’alerte russe, Sergueï Magnitski.

La Russie avait prévenu le Canada qu’il risquait de causer du tort irréparable à leurs relations en adoptant cette loi, qui s’attaque aux violations graves des droits de la personne.

En entrevue, M. Thaci a encouragé le Canada à être vigilant face aux potentielles menaces de la Russie.

«Nous aurons toujours à être vigilants et prudents ces jours-ci. Si quelqu’un croit pouvoir les (les Russes) arrêter, il a tort. Ils continueront d’attaquer, de combattre les valeurs occidentales.»

Hashim Thaci a rencontré brièvement le premier ministre Justin Trudeau mardi et doit s’entretenir avec la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland mercredi.