L’intelligence artificielle a désormais son quartier général à Montréal

MONTRÉAL — L’intelligence artificielle (IA) a désormais un nouveau quartier général à Montréal.

Tant les milieux académique qu’industriel ont été regroupés dans un immense complexe de 90 000 pieds carrés dans le secteur Mile-Ex, aux portes de la Petite-Italie, comprenant des laboratoires corporatifs et des installations pour la grande entreprise et les entreprises en démarrage, qui sont au nombre d’une vingtaine, dont la moitié sont des entreprises étudiantes.

L’inauguration officielle du nouveau Mila — Institut québécois de l’intelligence artificielle a eu lieu lundi matin en présence de tout le gratin politique, économique et académique de Montréal et du Québec.

«Il y a près de 700 personnes qui vont s’installer dans les 90 000 pieds carrés de Mila, a fait valoir sa présidente-directrice générale, Valérie Pisano. Trois cent cinquante chercheurs, des professeurs et des étudiants gradués voués à la recherche, une centaine d’étudiants de notre nouvelle maîtrise professionnelle, 60 employés et environ 150 collaborateurs industriels.»

Masse critique

Le Mila existe depuis 1993 au sein de l’Université de Montréal, mais il a pris un nouvel envol en 2017 avec le regroupement des forces de l’Université McGill, HEC Montréal et l’École Polytechnique spécialisées dans les domaines connexes.

«De mémoire de recteur, c’est du jamais vu ce niveau, cette intensité de collaboration interinstitutionnelle, qui inclut des collègues de Québec, des collègues de Sherbrooke; c’est vraiment tout le Québec académique qui se mobilise», a lancé le recteur de l’Université de Montréal, Guy Breton.

Le professeur Yoshua Bengio, fondateur de Mila (qui était à l’origine l’acronyme de Montreal Institute for Learning Algorithms) et directeur scientifique de l’Institut, a fait valoir que ce regroupement dans un espace partagé avait un fort pouvoir attractif essentiel à l’avancement de la science.

«Les laboratoires industriels attirent d’autres chercheurs et les chercheurs, ce qu’ils veulent, c’est de collaborer avec d’autres chercheurs qui sont très forts. Cette masse critique est essentielle pour faire venir d’autres chercheurs. Elle est aussi essentielle pour faire venir d’autres entrepreneurs parce qu’ils veulent aussi s’associer avec les meilleurs chercheurs», a-t-il dit.

Ce genre de regroupement génère un bouillon d’innovation collaborative et permet d’ouvrir des avenues dans des domaines plus larges que ceux des différentes spécialisations oeuvrant seules en silo.

La mission de Mila va d’ailleurs de la recherche fondamentale à la commercialisation et l’application des technologies en intelligence artificielle, en passant par la création de nouvelles entreprises.

Éthique et IA socialement responsable

Un volet de l’approche de l’Institut vise également à établir les paramètres pour le développement d’une intelligence artificielle socialement responsable, un élément qui reflète les inquiétudes entourant les progrès fulgurants de ces technologiques et leur impact sur l’être humain et la société.

Plusieurs intervenants à l’inauguration de lundi ont fait référence à ce volet, dont le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, qui a souligné l’importance d’un développement éthique de l’intelligence artificielle.

Le ministre s’est toutefois montré prudent face à une éventuelle signature par son gouvernement de la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’intelligence artificielle, lancée en novembre 2017, notamment en raison d’une éventuelle disparité avec des pays qui poursuivraient un développement agressif de l’IA sans se soucier des questions éthiques.

«L’aspect social de l’intelligence artificielle est très important; il faut un cadre éthique», a d’abord répondu M. Fitzgibbon, mais pressé de répondre si son gouvernement allait la signer, il a laissé entendre qu’elle était insatisfaisante dans sa forme actuelle: «Il y a peut-être des changements qu’on veut faire, mais on est dedans maintenant. On le regarde, mais on doit avoir un cadre international.»

Pierre Fitzgibbon a par la suite reconnu que le Québec et tout autre pays signataire d’un engagement éthique pourrait se retrouver en position concurrentielle désavantageuse face à d’autres qui n’auraient pas de tels scrupules.

«Nous en avons discuté avec les Français et les Américains (au Forum économique mondial de Davos) et je crois que plus il y aura de pays qui choisiront l’IA éthique, ça rendra, peut-être et espérons-le, ceux qui ne s’engagent pas de plus en plus marginaux, bien que je croie qu’il faille être prudent avec ce genre d’affirmation. Mais nous devons faire cet effort.»

Le gouvernement précédent avait alloué en 2017 une centaine de millions $ à Mila sur plusieurs années. Le ministre Fitzgibbon a confirmé que cette enveloppe était toujours là et qu’il en reste 80 millions $ pour les cinq prochaines années.

Mila a également obtenu un financement de 44 millions $ de CIFAR, un organisme à but non lucratif financé par le gouvernement fédéral ainsi que par quatre gouvernements provinciaux dont le Québec, à qui Ottawa a donné le mandat de «mettre au point et de diriger la Stratégie pancanadienne en matière d’intelligence artificielle».

Une autre part des fonds de Mila provient du secteur privé, qui occupe une place importante dans l’Institut. Les détails de ce soutien privé ne seront toutefois connus que lorsque l’organisme rendra publics ses états financiers.