Lionel Desmond: l’enquête publique se penche sur la violence conjugale

PORT HAWKESBURY, N.-É. — La question complexe de la violence conjugale était mardi au coeur de l’enquête destinée à comprendre pourquoi l’ex-militaire Lionel Desmond, de la Nouvelle-Écosse, a tué trois membres de sa famille avant de s’enlever la vie, en 2017.

La directrice exécutive du Conseil consultatif sur la condition de la femme de la Nouvelle-Écosse, Stephanie MacInnis-Langley, a déclaré à l’enquête que les femmes confrontées à la violence conjugale sont le plus à risque lorsqu’elles sont sur le point de sortir d’une relation toxique. 

L’enquête a permis d’apprendre jusqu’ici que M. Desmond, qui a servi en Afghanistan en 2007, a reçu ensuite en 2011 un diagnostic de trouble de stress post-traumatique. Six ans plus tard, il a abattu sa femme, sa mère et sa fille de 10 ans. Peu de temps auparavant, il avait dit en thérapie que sa femme, Shanna, avait clairement fait savoir qu’elle voulait divorcer.

«Les experts vous diront que (…) le risque le plus élevé est le moment où vous annoncez que la relation est terminée», a déclaré Mme MacInnis-Langley. 

Plusieurs témoins ont déclaré à l’enquête que Lionel Desmond avait admis s’être souvent disputé avec sa femme dans un mariage conflictuel. De plus, il a admis à des professionnels de la santé qu’il avait déjà frappé une table, mais il a nié à plusieurs reprises avoir maltraité son épouse.

L’un des principaux mandats de l’enquête provinciale, dont les audiences ont commencé en janvier 2020, est de déterminer si M. Desmond et sa famille avaient accès à des services de prévention de la violence familiale. L’enquête publique avait été suspendue pendant onze mois, en mars 2020, à cause de la pandémie; elle a repris ses audiences en février dernier.

Mme MacInnis-Langley a déclaré mardi que les victimes de violence conjugale ont tendance à minimiser leur niveau de risque.

Lors d’une audience précédente, l’enquête a appris que trois heures avant les meurtres, Shanna Desmond avait appelé un groupe communautaire de soutien aux femmes et aux enfants confrontés à la violence domestique. Nicole Mann, directrice exécutive de la Naomi Society à Antigonish, déclarait en février 2020 qu’elle avait reçu un appel d’une femme qui n’avait donné aucune indication qu’elle était en danger.

Mme Mann a indiqué que cette femme, qu’elle a plus tard identifiée comme Shanna Desmond, avait demandé calmement comment obtenir au tribunal un engagement à ne pas troubler l’ordre public. Au cours de cet appel, Mme Mann a demandé à Shanna Desmond si la police devait être prévenue. La réponse a été: non.

Selon les données provinciales, seulement une Néo-Écossaise sur quatre qui est victime de violence conjugale le signale à la police, et seulement une sur trois le signale à un organisme d’aide.

Mme MacInnis-Langley a aussi expliqué mardi que la plupart des femmes qui vivent des relations toxiques se concentrent généralement sur la fin de la violence plutôt que sur la fin de la relation.

«S’il y a des enfants impliqués, des questions financières, de logement, il est difficile de sortir d’une relation de violence domestique», a-t-elle dit. «Et nous devons nous rappeler que ces partenaires violents ne sont pas toujours de mauvaises personnes. Ce ne sont pas des monstres. Ils ont des problèmes d’adaptation, des problèmes de contrôle, des problèmes de pouvoir. Ce ne sont pas de mauvaises personnes à temps plein.»

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