L’OCDE presse Ottawa de tenir compte de l’«indicateur bien-être» en post-pandémie

OTTAWA — L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) exhorte le gouvernement canadien à intégrer des indicateurs de qualité de vie, de «bien-être», dans le processus budgétaire lors de l’après-pandémie.

L’OCDE, dont fait partie le Canada, affirme que le pays est déjà bien placé pour développer un tel cadre de référence. Le gouvernement canadien recueille déjà des données sur le bien-être des communautés et examine comment des mesures budgétaires pourraient affecter différemment les hommes et les femmes.

Environ la moitié des 37 pays de l’OCDE mesurent le bien-être de leurs citoyens dans le cadre du processus budgétaire annuel, pour éviter de se fier uniquement à des indicateurs économiques. Des documents internes montrent que pour compléter les données purement économiques, les fonctionnaires canadiens ont examiné d’autres indicateurs, comme la façon dont les gens se sont débrouillés économiquement au fil du temps, leur santé mentale et physique, la cohésion sociale et la qualité de l’environnement.

Le rapport de l’OCDE indique qu’une fois que le cadre est défini, il devrait être intégré à l’élaboration des budgets et potentiellement étendu à d’autres domaines politiques comme le régime fiscal.

Une commission ou une agence indépendante pourrait faire rapport chaque année au Parlement sur les indicateurs à prendre en compte dans le processus budgétaire, indique l’OCDE dans son enquête sur l’économie canadienne publiée jeudi.

«La pandémie COVID-19 met en lumière le besoin urgent de telles mesures — compte tenu de ses effets considérables sur le bien-être des populations et de l’aggravation des inégalités existantes», indique le rapport. «En effet, cela pourrait aider le gouvernement à défendre la stratégie qu’il utilise pour ‘reconstruire en mieux’ et à équilibrer ses promesses afin d’assurer une reprise verte qui soit également inclusive et qui soutienne les grands besoins sociaux, économiques et de santé des Canadiens.»

À la fin de juillet, la ministre de la Prospérité de la classe moyenne, Mona Fortier, a reçu de ses fonctionnaires une «trousse d’information» détaillée sur la façon dont les Canadiens se débrouillaient en fonction de plusieurs normes utilisées par d’autres pays de l’OCDE.

Mme Fortier, qui est chargée d’élaborer le cadre, a ainsi appris que la productivité et les salaires sont faibles par rapport aux normes internationales, même si les taux de participation à la main-d’œuvre et les revenus des ménages sont relativement élevés au Canada par rapport à ses pairs de l’OCDE.

Le résultat est que «les Canadiens doivent travailler plus d’heures en moyenne pour atteindre ces revenus élevés, ce qui leur laisse moins de temps pour les loisirs», ont écrit les fonctionnaires dans la note d’information.

Iniquité salariale et santé

Les fonctionnaires ont également noté l’écart de salaire entre les hommes et les femmes, qui est l’un des plus élevés de l’OCDE, «probablement en partie en raison des difficultés d’accès et de financement des services de garde».

Ils ont également souligné comment les Canadiens s’estiment «en bonne santé», alors que bon nombre d’entre eux sont «en surpoids ou obèses». Ils soulignent aussi que les Canadiens se sentent relativement en sécurité en général, mais que des membres de nombreuses minorités visibles et les nouveaux arrivants «font face à la discrimination dans leur milieu de travail et dans les milieux de consommation». Ils ont également souligné que le système national d’imposition et de transferts était «moins progressif que dans d’autres pays qui ont des écarts de revenus de travail plus importants à combler».

La trousse d’information, obtenue par La Presse Canadienne en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, soulignait également une intuition à Ottawa selon laquelle l’inquiétude quant à la capacité financière des Canadiens avant la pandémie, malgré une croissance des revenus plus rapide que les prix à la consommation au fil du temps, pourrait être due au fait que les ménages sont «de plus en plus exposés au risque économique et à l’insécurité dans le temps et par rapport aux générations précédentes». 

À la fin d’août 2020, les libéraux ont reçu les résultats d’un rapport de sondage, mené au coût de 82 400 $ par Earnscliffe Strategy Group, sur la façon dont les Canadiens percevaient un cadre national sur la qualité de vie. Le gouvernement voulait obtenir des informations pour l’aider dans ses plans de communication et ses tactiques sur le cadre de la qualité de vie.

Selon les auteurs du rapport, s’il est clair que la pandémie a profondément affecté la vie de tout le monde, il ne semblait pas y avoir de définition universelle de ce qu’est la «qualité de vie». Pour certains, il s’agit simplement de pourvoir aux nécessités de la vie – nourriture, logement, vêtements, etc. D’autres incluent la santé, le stress et un équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

Laisser un commentaire