Lockheed Martin construira les nouveaux navires de la marine canadienne

HALIFAX — Le gouvernement fédéral a attribué vendredi un contrat très attendu au géant américain de la défense Lockheed Martin pour la conception de sa nouvelle flotte de navires de guerre, qui seront ensuite construits à Halifax.

La ministre des Services publics et de l’Approvisionnement et de l’Accessibilité, Carla Qualtrough, a annoncé le contrat à Halifax vendredi matin. Elle a précisé que les 15 nouveaux navires de guerre de la Marine royale canadienne — un projet d’approvisionnement d’une valeur totale de 60 milliards $ — seront construits par Irving sur le modèle du navire de combat «de type 26» de l’entreprise britannique BAE Systems.

La ministre Qualtrough a fait cette annonce au chantier naval d’Irving à Halifax, sous les applaudissements de centaines de travailleurs. Elle a répondu elle-même aux critiques qui qualifiaient l’appel d’offres d’inéquitable. «Ce processus d’approvisionnement (…) a été mené d’une façon ouverte, équitable et transparente, et nous a permis d’obtenir le meilleur modèle de navire et la meilleure équipe de conception possible pour répondre à nos besoins pendant de nombreuses années», a-t-elle soutenu.

Le concept de Lockheed avait été retenu en octobre dernier, devant ceux de la société américaine Alion Science and Technology et de la société espagnole Navantia, pour remplacer les frégates de la classe Halifax et les destroyers de la classe Iroquois.

Les fonctionnaires du ministère de la Défense vont maintenant s’asseoir avec Irving et Lockheed Canada pour déterminer les changements à apporter à la conception des navires, ainsi que les exigences de la Marine canadienne pour s’assurer de leur adéquation. Patrick Finn, responsable des acquisitions au ministère, a toutefois précisé que l’on veut limiter au minimum les modifications afin de contrôler les coûts et l’échéancier de livraison.

La ministre Qualtrough a expliqué vendredi que les travaux de conception devraient durer entre trois et quatre ans, mais que les travaux de construction devraient commencer à Halifax dès le début des années 2020.

Contrat contesté par la concurrence

L’attribution de ce contrat de conception intervient après de difficiles négociations au cours desquelles l’espagnole Alion avait demandé au Tribunal canadien du commerce extérieur d’annuler la décision, affirmant que la conception de Lockheed ne répondait pas aux exigences de la Marine et aurait dû être écartée. Le tribunal a d’abord ordonné au gouvernement de suspendre l’attribution du contrat à Lockheed le temps d’enquêter sur la plainte d’Alion, mais il a ensuite annulé cette décision, puis a rejeté la plainte la semaine dernière.

Alion a également contesté le choix de Lockheed en Cour fédérale, mais cette cause devrait prendre un certain temps. Alion affirme que le «type 26» du concepteur BAE Systems ne répond pas aux exigences de la Marine canadienne en matière de vitesse et de logement de l’équipage.

L’offre de Lockheed, qui fabrique également le chasseur furtif F-35 et d’autres équipements militaires, était controversée dès l’appel d’offres pour la conception, en octobre 2016.

Le gouvernement avait d’abord indiqué qu’il souhaitait un «modèle abouti» pour sa nouvelle flotte de navires de guerre — ce qui était largement interprété comme désignant un navire déjà construit et utilisé par une autre marine militaire dans le monde. Or, les premières frégates de «type 26» ne sont construites actuellement que par le gouvernement britannique et leur conception n’a pas encore été complètement testée en mer.

Des représentants de l’industrie se sont également plaints que les dés étaient pipés en faveur du «type 26» en raison des liens existant déjà entre Irving et le constructeur britannique BAE, qui s’est associé à Lockheed pour offrir «son» navire au Canada. Irving s’était déjà associé à BAE en 2016 pour une offre finalement infructueuse visant à entretenir les nouveaux navires de patrouille et de ravitaillement de la Marine dans l’Arctique. Ce contrat de 35 ans a finalement été attribué à une autre entreprise.

Irving et le gouvernement fédéral ont rejeté ces plaintes, affirmant qu’ils avaient mené de nombreuses consultations avec l’industrie et qu’ils avaient utilisé des pare-feu et des mesures de sauvegarde pour garantir un processus de sélection parfaitement équitable et impartial.