Loi 21: Un recul pour les droits des femmes, selon l’opposition libérale

QUÉBEC — Les droits des femmes subiront un recul au Québec, dès l’adoption du projet de loi 21, selon l’opposition libérale.

«Aujourd’hui, nous entamons des travaux pour enlever des droits aux femmes», a commenté sur un ton solennel la porte-parole libérale Hélène David, mardi, juste avant que débute l’étude détaillée du projet de loi dans la nouvelle salle Marie-Claire-Kirkland, au parlement. 

Elle a jugé ironique de constater qu’un tel projet était examiné dans la salle nommée en l’honneur de la première femme députée et ministre du Québec, celle qui, en 1964, a donné des droits aux femmes mariées, celui d’ouvrir un compte de banque à leur nom et celui de signer un bail sans l’autorisation de leur mari. 

Le projet de loi sur la laïcité de l’État, une des pièces maîtresses du menu législatif, prévoit interdire à plusieurs catégories d’employés de l’État de porter des signes religieux dans l’exercice de leurs fonctions: policiers, gardiens de prison, enseignants et directeurs d’école du secteur public au primaire et au secondaire, notamment. Les employés actuels jouiront cependant d’un droit acquis.

«C’est infiniment triste», a dit Mme David, convaincue qu’avec son projet de loi le gouvernement visait principalement les femmes portant le hijab, notamment dans le secteur de l’éducation, des femmes qui verront ainsi leur carrière éventuellement hypothéquée.

Le rôle d’un gouvernement consiste à protéger les droits des minorités, ce que ne fait pas ce projet de loi, a estimé la députée libérale de Marguerite-Bourgeoys.

Elle a mis au défi «n’importe qui» d’affirmer que cette législation ne touchera pas davantage les femmes que les hommes.

Le projet de loi controversé a franchi une étape importante mardi, avec l’adoption du principe, permettant dès lors l’étude détaillée article par article, qui a débuté en fin d’après-midi.

L’Assemblée nationale paraît clairement divisée en deux camps à propos de ce projet de loi. D’un côté, on trouve le gouvernement caquiste et l’opposition péquiste, favorables à l’interdiction des signes religieux aux employés de l’État, et de l’autre, l’opposition libérale et Québec solidaire, tous deux partisans de la liberté totale en la matière. Deux visions s’affrontent, apparemment irréconciliables.

Le chef péquiste par intérim, Pascal Bérubé, juge quant à lui que le projet de loi 21 ne va pas assez loin pour affirmer clairement la laïcité de l’État. Il proposera donc des amendements visant à inclure les éducatrices des Centres de la petite enfance (CPE) et des garderies scolaires, de même que les enseignants du secteur privé à la liste des personnes frappées par l’interdiction de porter des signes religieux au travail.

«Il n’y a aucune raison pour que le secteur privé ne soit pas assujetti» à cette loi, compte tenu qu’il reçoit 500 millions $ de fonds publics, a fait valoir M. Bérubé, en mêlée de presse.

Il ne partage pas l’avis de Mme David sur le recul anticipé pour les femmes, jugeant qu’en général, sur ce dossier de la laïcité de l’État, les libéraux s’étaient déjà «disqualifiés».

«Les libéraux sont contre le sens de l’histoire et contre la volonté populaire des Québécois», selon lui.

À l’inverse, Québec solidaire entend déposer des amendements, qui iront plutôt dans le sens de chercher à «soustraire le plus de personnes possible à cette loi», a commenté le député Sol Zanetti.

Le ministre responsable du dossier, Simon Jolin-Barrette, ne s’est pas adressé aux journalistes avant d’entreprendre l’étude du projet de loi.

Durant les échanges avec les parlementaires, M. Jolin-Barrette a dit que le gouvernement cherchait à créer «une laïcité qui nous est propre», selon un modèle dessiné sur mesure pour la société québécoise.

Il a réaffirmé que le gouvernement privilégiait en ce domaine une «approche modérée» et «pragmatique».

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