Loi 62: Justin Trudeau ne parle plus du respect du droit de Québec à légiférer

OTTAWA — Justin Trudeau semble plus déterminé que jamais à contester devant les tribunaux la loi québécoise sur la neutralité religieuse. Mais il risque de trouver sur son chemin de la résistance issue de ses propres rangs.

À son arrivée au parlement mercredi matin, le premier ministre a commenté la sortie de la ministre québécoise de la Justice, la veille.

Mardi matin, Stéphanie Vallée a donné les détails de l’application de la loi adoptée la semaine dernière par l’Assemblée nationale.

«Vous appelez ça des clarifications?», a lâché le premier ministre Trudeau, alors qu’il arrivait à la réunion de son caucus accompagné du nouvel élu dans Lac-Saint-Jean, Richard Hébert.

«Nous, on va faire nos devoirs, ici à Ottawa», a-t-il déclaré, avant d’enchaîner qu’il fallait trouver les moyens de protéger les minorités et, particulièrement, les femmes musulmanes.

«Comment on s’assure que des femmes qui portent le voile ne se font pas harceler dans la rue avec ce nouveau projet de loi et ce nouveau vent qui court?», a-t-il dit, laissant ainsi entendre que ce harcèlement serait encouragé par la loi 62.

À aucun moment le premier ministre n’a dit qu’Ottawa devait respecter le droit de Québec de faire ses propres lois, discours qu’il tenait encore la semaine dernière et que sa ministre Mélanie Joly répétait mardi après la sortie de Mme Vallée.

M. Trudeau a plutôt conclu qu’il examinait avec attention «les outils» dont il dispose dans cette situation. Il a tourné les talons lorsqu’on lui a demandé de préciser ses options.

«Oui, c’est le premier ministre canadien. Oui, le Québec a aussi droit de légiférer sur des enjeux qui (lui) sont propres, qui sont les siens», a déclaré la ministre Vallée, à Québec, réagissant aux plus récents propos de M. Trudeau.

«Que M. Trudeau ne partage pas notre opinion, c’est son droit. Il a le droit d’avoir une opinion sur la loi», a-t-elle ajouté.

Pour ce qui est de répondre au premier ministre, elle a refusé d’«avoir un échange par le biais des médias». Elle a plutôt réitéré sa conviction que la loi 62 respecte la Charte canadienne des droits et libertés. «Je suis persuadée qu’elle passera le test des tribunaux», a encore dit la ministre.

Le premier ministre Philippe Couillard, lui, s’est contenté de recommander à son homologue à Ottawa d’aller lire le texte de la loi québécoise.

Les libéraux fédéraux divisés

Si M. Trudeau ne fait plus mention du droit de Québec de légiférer dans ce dossier, il en est tout autrement de certains de ses ministres québécois.

Ainsi, Marc Garneau et Jean-Yves Duclos étaient on ne peut plus clairs, cette semaine: Ottawa n’a pas à s’en mêler.

«Nous n’allons pas nous immiscer dans un projet de loi qui vient de la province du Québec, du gouvernement du Québec», a dit le ministre Garneau, mardi. Et le ministre a maintenu qu’Ottawa n’a pas à intervenir dans ce dossier, quoi qu’il arrive.

Son collègue Duclos a été tout aussi tranché. «Ce n’est pas au gouvernement fédéral de dire au Québec comment faire les choses», de l’avis du ministre Duclos, aussi interrogé mardi.

À la sortie de la réunion du caucus libéral mercredi après-midi, le député libéral Nicola Di Iorio exprimait lui aussi sa dissidence.

«C’est le premier rôle d’un gouvernement fédéral de ne pas intervenir dans un débat qui est un débat de nature provinciale et de laisser toute la déférence, toute la latitude voulue à l’Assemblée nationale du Québec», a dit M. Di Iorio lorsqu’on lui a rapporté les plus récents propos du premier ministre.

«Je tomberais à la renverse de savoir qu’on irait se mêler d’une histoire comme celle-là», a-t-il dit.

La semaine dernière, une autre députée québécoise, Alexandra Mendès, pensait plutôt que le gouvernement fédéral n’aurait d’autre choix que d’intervenir dans une cause pour contester la loi 62.

Il est «sûr que si c’est des questions de Charte, éventuellement, le gouvernement fédéral va devoir s’en mêler», disait alors l’élue de Brossard-Saint-Lambert. L’évolution du discours du premier ministre dans ce dossier place M. Trudeau dans le camp de Mme Mendès.

«Mme Mendès a le droit d’avoir son opinion et nous, on a dit ce qu’on avait à dire», a offert M. Duclos, mardi, donnant l’impression qu’à ce moment, il croyait encore parler au nom du conseil des ministres.

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