Siège d’Ottawa: la Ville s’est fiée à sa police, soutient le directeur de la capitale

OTTAWA — Il y avait un désaccord et une confusion entre les différents ordres de gouvernement sur la façon de gérer le «convoi de la liberté» à Ottawa avant la manifestation et pendant le siège de l’hiver dernier, a-t-on appris lundi aux audiences de la commission d’enquête publique.

Le directeur de la Ville, Steve Kanellakos, a déclaré devant la Commission sur l’état d’urgence que c’était la police d’Ottawa qui était responsable de la réponse au «convoi» et que l’administration municipale s’était fiée aux renseignements fournis par son corps policier. 

M. Kanellakos a soutenu que lorsque les manifestants du convoi sont arrivés pour la fin de semaine du 28 janvier, l’administration municipale, sur la base des informations fournies par la police d’Ottawa, s’attendait en fait à ce qu’ils ne restent qu’une brève période. 

Or, on a pris connaissance lundi à la commission d’un courriel du «Canada United Truckers Convoy», relayé aux dirigeants de la Ville et au maire Jim Watson le 25 janvier — avant l’arrivée du convoi. Ce courriel indiquait déjà que les manifestants tentaient de réserver des chambres d’hôtel pour «au moins 30 jours». 

La police disposait également d’informations d’une association locale d’hôteliers qui suggéraient aussi avant l’arrivée du convoi que les manifestants prévoyaient de rester pendant une longue période. Dans un rapport du 26 janvier, partagé avec la Ville, on lisait que «toutes les informations de source ouverte et nos interactions avec les organisateurs indiquent que ce sera un événement important et extrêmement fluide, qui pourrait durer longtemps».

Or, M. Kanellakos a déclaré lundi qu’à la police d’Ottawa, on prévoyait que de 1000 à 2000 personnes viendraient pour le week-end initial du 28 janvier et que la majorité d’entre elles quitteraient ensuite le centre-ville de la capitale fédérale. «Il n’y a pas eu d’évaluation indiquant que ça durerait plus longtemps», a assuré lundi le directeur de la Ville devant la Commission sur l’état d’urgence.

Mais les manifestants ont finalement bloqué les rues du centre-ville pendant près de trois semaines, et le gouvernement libéral fédéral a décidé le 14 février de recourir à la Loi sur les mesures d’urgence. Cette loi d’exception accordait notamment des pouvoirs temporaires extraordinaires à la police.

La Commission sur l’état d’urgence examine actuellement les circonstances qui ont conduit au recours à cette loi d’exception. La commission entend depuis lundi matin des témoignages de certains responsables municipaux d’Ottawa, à commencer par le directeur Kanellakos. Le témoignage du maire Watson est aussi attendu cette semaine.

Circonscrire finalement

M. Kanellakos a déclaré lundi que la Ville partageait des informations avec la police d’Ottawa et qu’elle fondait sa planification et sa réponse aux événements sur les renseignements et l’évaluation des menaces qu’elle recevait de son corps policier.

«La seule information sur laquelle nous pouvions nous fier provenait de la police d’Ottawa, en termes d’informations fiables à l’époque, a déclaré M. Kanellakos à la commission. La police d’Ottawa possède une vaste expérience des manifestations dans la capitale nationale.»

Le lundi 31 janvier, M. Kanellakos et l’administration municipale ont réalisé que les manifestations se poursuivraient au-delà de la fin de semaine. Dans un texte adressé à un conseiller municipal ce lundi-là, M. Kanellakos écrivait que la stratégie était maintenant de «négocier pour équilibrer la nécessité (des manifestants) à se rendre au centre-ville et de les amener à se stationner dans des zones contrôlées».

Alors que les manifestations se poursuivaient, on craignait que les manifestants ne se retranchent — et la police municipale n’avait pas les ressources pour y faire face.

Selon M. Kanellakos, les responsables savaient qu’un plan convenu par les autorités de la ville et les organisateurs du convoi pour déplacer les semi-remorques des manifestants hors des quartiers résidentiels jusque dans la rue devant la colline du Parlement n’allait pas mettre fin à la manifestation. «(Les manifestants) avaient prévu de rester (…) Il s’agissait simplement de soulager» les résidants de ces quartiers, a-t-il déclaré.

Cet accord n’aurait pas débarrassé non plus toutes les rues résidentielles, ou la zone le long de la rue Rideau. Et les documents déposés auprès de la commission montrent que le Service de protection parlementaire a soulevé des inquiétudes, craignant que le secteur autour de la colline du Parlement ne se transforme en vaste «terrain de stationnement».

Violence et armes ?

Des documents déposés auprès de la commission indiquent par ailleurs que les renseignements que M. Kanellakos a reçus de la police indiquaient qu’il y avait «un potentiel de violence et d’armes» dans certaines zones des manifestations le long de la rue Rideau, où se trouvaient des personnes connues des policiers. Ces zones étaient considérées comme plus «dangereuses et instables».

Ces documents indiquent aussi que la Ville a été impliquée au début de février dans des discussions d’information avec le gouvernement fédéral. «Le but des appels est finalement passé de bilans de la situation à une discussion sur les ressources et sur ce que les différents ordres de gouvernement pourraient faire, en vertu de la législation existante, pour faire pression sur les manifestants», indiquent les documents. On ajoutait que le gouvernement de l’Ontario n’était «pas prêt à faire n’importe quoi» en ce qui concerne l’assurance automobile ou l’immatriculation des véhicules commerciaux détenus par les camionneurs impliqués.

Le lundi 7 février, une semaine après la première fin de semaine de manifestations, le directeur Kanellakos et le maire Watson ont rencontré des responsables fédéraux, dont le ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, et le ministre de la Protection civile, Bill Blair, «pour aider la (police d’Ottawa) à obtenir des ressources supplémentaires», indiquent les documents.

Au cours de ces réunions, il y a eu un désaccord sur le nombre de policiers fédéraux qui pourraient être disponibles afin de prêter main-forte, alors que les manifestations se prolongeaient à Ottawa.

Les documents soumis à la commission indiquent que «le désaccord ou l’incompréhension concernant le nombre d’agents de la Gendarmerie royale du Canada a duré plusieurs réunions».

Le gouvernement de l’Ontario avait été invité à ces réunions, mais n’y a pas participé. Le premier ministre Doug Ford, qui ne figure pas sur la liste des témoins appelés devant la commission, a été interrogé là-dessus lundi par des journalistes, lors d’une annonce à Ottawa.

M. Ford a déclaré qu’il avait été aux côtés du premier ministre Justin Trudeau pendant les manifestations. «Si vous perturbez la vie des habitants d’Ottawa chaque jour, perturbez la vie et le flux économique à travers nos frontières, j’ai une tolérance zéro pour cela», a-t-il déclaré. M. Ford a également soutenu que la police avait fait un travail incroyable pour mettre fin aux manifestations. 

Les audiences de la Commission sur l’état d’urgence, amorcées la semaine dernière, doivent durer six semaines. On devrait entendre 65 témoins représentant tous les ordres de gouvernement, divers corps policiers et les organisateurs du convoi. 

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