Longtemps la cible de blagues électorales, la Floride se dit prête

Les superviseurs s’attendent à ce que 90 % des bulletins aient été comptés avant minuit, ce qui pourrait être suffisant pour identifier un vainqueur si son avance est assez confortable.

FORT LAUDERDALE, Fla. — Même si l’issue de l’élection présidentielle devait dépendre d’un dépouillement judiciaire en Floride comme cela s’est produit il y a 20 ans, cette année il n’y aura pas de bulletins de vote gonflés ou mal percés ni même de bulletins papillons pour embêter les électeurs et les dirigeants. Des changements ont été apportés aux bulletins, aux équipements et aux lois, assurant que le fiasco Bush-Gore ne se reproduira plus jamais, croient les responsables électoraux électoraux de l’État.

Même si les responsables ont d’autres raisons d’être nerveux, les bulletins de vote de type «cartes à perforer» à l’origine du fiasco de 2020 sont dorénavant relégués au dépotoir de l’Histoire. Il est maintenant plus facile de déposer un bulletin valide et de compter les votes, même avant le jour du scrutin, et la législature a adopté des lois plus claires pour encadrer les dépouillements judiciaires.

L’Associated Press s’est entretenue au cours des dernières semaines avec la majorité des superviseurs électoraux des 67 comtés de la Floride, avec leurs principaux lieutenants et avec des groupes de défense du droit de vote; tous s’attendent à ce que le vote se déroule harmonieusement, même avec la pandémie qui fait rage.

Et si l’éventuel gagnant ne devait y remporter qu’une très courte victoire, les dépouillements judiciaires effectués en 2018 pour les élections au poste de gouverneur et au Sénat des États-Unis, même s’ils n’ont pas été parfaits, ont montré que le système fonctionne, même face à la pression des candidats, de leurs partisans et des responsables électoraux.

«Ça a permis à l’État de se racheter, non seulement pour compter les votes le jour du scrutin, mais ensuite pendant le dépouillement judiciaire», a dit Christina White, la superviseure électorale du comté Miami-Dade.

L’avocat Barry Richard, qui a fait partie de l’équipe juridique de l’ancien président George W. Bush en Floride il y a 20 ans, croit lui aussi qu’une nouvelle implosion du système est peu probable, expliquant que «nous avons eu quatre élections présidentielles depuis 2020 sans problème», au-delà de quelques petits accrochages locaux qui sont devenus «une tempête dans un verre d’eau».

Certains scénarios donnent quand même des sueurs froides aux superviseurs de la Floride. Des poursuites judiciaires de dernière minute qui changent les règles. Le président Donald Trump qui s’empresse d’annoncer sa victoire, suscitant parmi ses partisans des craintes sans fondement de fraude si l’État devait plutôt aller à son rival Joe Biden. Des milices qui se massent près des bureaux de vote, intimidant les électeurs. Une défaillance, accidentelle ou malicieuse, des systèmes informatiques.

Les responsables craignent surtout que leur incapacité à annoncer un vainqueur le 3 novembre, comme s’y attendent les campagnes et le public, ne soit perçue comme la preuve d’un problème. Faux, disent-ils — la loi floridienne leur donne 3,5 jours pour finir de compter les votes.

«On veut surtout bien faire le travail, plutôt que le faire rapidement pour plaire à tous ceux qui réclament des résultats instantanés, a dit Mark Earley, le superviseur du comté de Leon. La perfection instantanée est impossible.»

Comme lors de chaque élection présidentielle, les 29 grands électeurs de la Floride pavent la voie vers la Maison-Blanche et le président Donald Trump peinera à être réélu s’il ne les obtient pas.

Ironiquement, la Floride pourrait être le premier État chaudement contesté où les médias annonceront un résultat. Une forte majorité de votes auront été exprimés par correspondance ou par anticipation; le vote par correspondance a commencé il y a un mois, celui par anticipation la semaine dernière. Contrairement à la Pennsylvanie et à d’autres États où la course est serrée, le dépouillement de ces votes est déjà commencé. Aucun résultat ne sera annoncé avant la fermeture des bureaux de vote.

Les superviseurs s’attendent à ce que 90 % des bulletins aient été comptés avant minuit, ce qui pourrait être suffisant pour identifier le vainqueur si son avance est assez confortable.

Autrement, si la marge est étroite entre MM. Trump et Biden, tous les yeux seront rivés vers ces comtés qui continueront leur dépouillement jusqu’au 7 novembre. Si les deux candidats sont ultimement séparés par environ 55 000 votes, un dépouillement judiciaire mécanique aura lieu; si l’écart est d’environ 27 000 votes, les bulletins rejetés seront dépouillés manuellement.

Particulièrement épineuse lors d’un éventuel dépouillement judiciaire sera la question des bulletins par correspondance qui auront été rejetés parce que la signature de l’électeur ne correspond pas à celle dont disposent les responsables du comté. Ces électeurs seront informés et auront jusqu’à deux jours après le vote pour s’identifier, mais plusieurs ne répondront pas. Cela pourrait mener à une contestation des rejets dans chaque comté.

Qu’est-ce qui a donc changé depuis 2000 pour convaincre les superviseurs que le chaos ne se reproduira pas? Il y a 20 ans, il a fallu cinq semaines d’un examen minutieux des bulletins et de contestations judiciaires avant que la Floride ne soit finalement accordée à M. Bush, avec une avance de seulement 537 voix face à Al Gore.

En 2000, les électeurs devaient utiliser un poinçon de métal pour détacher la petite perforation correspondant à leur vote sur les bulletins de vote de type «cartes à perforer». Mais certaines perforations étaient incomplètes, et les bulletins ont été rejetés. Les responsables ont ensuite passé des semaines à examiner ces bulletins rejetés pour voir s’ils étaient en mesure de déterminer l’intention de l’électeur.

Les Floridiens utilisent cette fois des bulletins de papier sur lesquels ils noircissent des bulles et qui sont ensuite lus numériquement, comme lors d’un examen à l’école. Il devrait donc y avoir moins de bulletins rejetés et, de toute manière, une bulle mal remplie est plus facile à interpréter qu’une perforation incomplète.

Les lois électorales en vigueur en 2000 ont été source de confusion, au point où la Cour suprême des États-Unis a éventuellement dû intervenir pour mettre fin au dépouillement. La législature floridienne a passé 20 ans à les améliorer, et elles ont fait leurs preuves en 2018 quand les courses au poste de gouverneur et au Sénat ont requis des dépouillements.

Cela n’a pas empêché les querelles, mais le système a tenu le coup.

Tout comme en 2000, des poursuites ont été intentées. Des bulletins perdus ont été retrouvés. Des équipements désuets ont fait défaut. Le gouverneur républicain de l’époque, Rick Scott, qui détenait une courte avance face au démocrate Bill Nelson dans la course au Sénat, a dénoncé une «fraude électorale répandue» — une accusation depuis reprise par M. Trump. Le républicain Ron DeSantis a annoncé sa victoire comme gouverneur; son rival démocrate Andrew Gillum lui a concédé la victoire, avant de changer d’idée.

Mais même avec tout ça, le dépouillement a été complété en 12 jours. MM. Scott et DeSantis ont gagné. Un seul point d’interrogation demeure: un problème de conception des bulletins dans le comté de Broward a possiblement vu 30 000 électeurs oublier de voter dans la course au Sénat dans ce bastion démocrate. M. Nelson a perdu par 10 033 voix, mais il ne pouvait rien faire.

Les allégations de fraude électorale de M. Scott ont été rejetées au terme d’une enquête de 18 mois.

Laisser un commentaire