L’opposition au projet d’oléoduc n’est pas unanime chez les Wet’suwet’en

SMITHERS, C.-B. — Les Wet’suwet’en ne sont pas unanimes dans leur opposition au projet de gazoduc de Coastal GasLink.

Prenons l’exemple de Bonnie George, une matriarche et ancienne employée de l’entreprise.

Jeudi, elle est sortie du Bureau de Wet’suwet’en où se déroulait la rencontre entre cinq chefs héréditaires et deux ministres en levant les bras en l’air en geste de triomphe.

Quelques heures plus tôt, Mme Brown s’était plainte de ne pas pouvoir faire entendre sa voix.

La matriarche et plus d’une dizaine de partisans du projet se sont présentés devant le Bureau, espérant pouvoir parler aux ministres et aux chefs.

«Cela ne devrait pas être comme ça, s’est-elle exprimé en montrant une porte verrouillée. Nous devons travailler ensemble.»

Même si elle n’était pas invitée à la rencontre de jeudi, elle a finalement pu entrer dans la salle et lire une déclaration, faisant valoir que toute la nation wet’suwet’en devait être représentée aux négociations.

L’un des chefs héréditaires, Na’moks, a dit que les partisans du projet ont «le droit de s’exprimer».

«C’est ce qui fait notre nation. Nous sommes très démocratiques. Nous ne les avons pas chassés, a-t-il dit, samedi. Nous les avons écoutés.»

Les Wet’suwet’en du nord de la Colombie-Britannique sont gouvernés à la fois par un système traditionnel de chefs héréditaires et par six conseils de bande élus.

Les conseils élus administrent les réserves, dont une est nommée la Première Nation Wet’suwet’en, tandis que les chefs héréditaires affirment leur compétence sur la communauté plus large qu’ils appellent la nation wet’suwet’en.

Cinq des conseils de bande font partie des 20 Premières Nations élues qui ont approuvé le gazoduc de Coastal GasLink. Mais les chefs héréditaires soutiennent que les conseils de bande n’ont d’autorité que sur les terres de réserve créées en vertu de la Loi sur les Indiens et ne peuvent approuver le tracé du gazoduc sur 22 000 kilomètres carrés de territoire traditionnel sur lequel ils affirment leur autorité.

Un sixième conseil élu de Wet’suwet’en, le Hagwilget, a refusé de signer un accord, s’en remettant à la direction héréditaire, car le pipeline ne traversait pas les limites de son territoire.

Le conflit a aussi touché à la question des droits de territoires, des titres et de la représentativité. Qui a le droit de négocier avec les gouvernements et les grandes entreprises? Ce qui complique les choses, c’est le fait que ce territoire n’a pas fait l’objet d’un traité et demeure «non cédé». En 1997, la Cour suprême du Canada a décrété que la propriété autochtone n’avait pas été abolie par le gouvernement provincial — et qu’elle ne pouvait pas l’être, du reste. Mais le plus haut tribunal du pays n’a pas déterminé la zone et les limites spécifiques de ce territoire wet’suwet’en.

Mme George dit qu’elle n’a pas toujours été en faveur du projet. Elle a posé des questions et fait de recherches avant de prendre une décision. Elle souhaite que les autres l’imitent.

«Cela va nous apporter des ressources, affirme-t-elle. Ce n’est pas une chose étrange de voir un pipeline sur notre territoire. Il y en a un dans notre région depuis le milieu des années 1960 et celui-ci n’a causé aucun dommage à l’environnement.»

Les revenus tirés du gazoduc aideraient à payer des programmes qui profiteront aux gens vivant dans et à l’extérieur du territoire autochtone.

«C’est vraiment décourageant de voir des manifestations partout au Canada, déplore Mme George.Je ne suis pas d’accord avec les manifestations. Je pense qu’il existe un moyen plus simple de régler ce problème.»

Elaine Morris-Stevens du clan Tsayu souhaite également que le gazoduc soit construit. Elle s’est plainte que certaines voix de la nation wet’suwet’en ne soient pas entendues.

«En ce moment, il y a trois personnes là-bas qui se disent nos porte-parole, dit-elle. Ils ne parlent pas pour nous.»

Mme Morris-Stevens défend le projet en disant qu’il créera des emplois.

«J’ai 45 ans et je n’ai toujours pas d’emploi.»

Gary Naziel, un sous-chef héréditaire wet’suwet’en, avance que la seule façon de combler le fossé est de partager un grand repas avec tous les chefs.

Lui aussi dit que le gazoduc aidera l’économie de la région.

«La vérité est que la plupart de nos membres sont pour le gaozudc.»

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