L’opposition ougandaise dénonce une campagne de terreur avant le vote

KAMPALA, Ouganda — L’opposition ougandaise dénonce la vague de terreur et de violence qui déferlerait sur le pays avant le vote présidentiel de jeudi.

Le chef de file de l’opposition, Bobi Wine, affirme que les soldats qui ont fouillé sa maison mardi ont arrêté un garde de sécurité et sauvagement battu deux jardiniers.

«En toute honnêteté, la terreur est sans précédent, a dit M. Wine, un opposant de longue date qui s’est déjà présenté face au président Yoweri Museveni lors de quatre scrutins. La violence et la terreur semblent augmenter avec chaque élection. Cette élection a donné lieu à une violence jamais vue. Ça se détériore chaque jour.»

Une porte-parole de l’armée n’a pas répondu à une demande de commentaires. Le porte-parole de la police n’était pas disponible.

M. Wine, un chanteur et législateur populaire dont le nom véritable est Kyagulanyi Ssentamu, a pris la parole en compagnie d’autres leaders de l’opposition dans la capitale, Kampala, lors du dernier jour de campagne, alors qu’ils tentent de refuser un nouveau mandat à M. Museveni.

L’atmosphère est de plus en plus tendue. L’armée est responsable de la sécurité dans la région métropolitaine de Kampala. M. Wine, qui assure que sa campagne n’est pas violente, a demandé à ses partisans de ne pas se laisser intimider par les forces de l’ordre.

Au moins 54 personnes ont été tuées à Kampala et ailleurs en novembre quand les forces de sécurité ont réprimé les émeutes qui ont éclaté après l’arrestation de M. Wine, à qui on reprochait des violations des règles de campagne mises en place pour freiner la propagation du coronavirus.

Ces pertes de vie se retrouvent au coeur de la pétition présentée par M. Wine à la Cour pénale internationale, à qui il demande d’enquêter sur la torture, la mutilation et les meurtres de manifestants civils par les forces de l’ordre.

M. Wine et les autres opposants ont indiqué mardi avoir mis en place une vaste opération de lutte à la fraude électorale. Ils demandent ainsi à leurs partisans de rester à une centaine de mètres des bureaux de scrutin au lieu de rentrer chez eux comme le demandent les autorités, ce qui ouvre la porte à des affrontements potentiels.

La police et l’armée patrouillent maintenant certains quartiers de Kampala.

Les dirigeants ougandais ont apparemment bloqué l’accès à Facebook mardi, possiblement pour punir le géant du Web après qu’il eût décidé de sévir contre plusieurs comptes associés à M. Museveni.

Plusieurs Ougandais ont aussi rapporté que l’application WhatsApp ne fonctionnait pas.

Un porte-parole présidentiel a accusé Facebook lundi d’interférer avec l’élection présidentielle.

Les dirigeants du pays ont imposé des restrictions sévères aux candidats présidentiels, officiellement pour endiguer la pandémie. On leur interdit notamment de faire campagne à Kampala et dans d’autres régions urbaines.

Plusieurs membres de la campagne de M. Wine sont actuellement emprisonnés. Le candidat lui-même a été arrêté à plusieurs reprises et parfois battu au fil des ans. Il n’a jamais été reconnu coupable d’un crime.

M. Museveni, qui gouverne l’Ouganda depuis 1986, reproche à M. Wine d’être «à la solde des intérêts étrangers». L’homme de 76 ans refuse de se retirer, affirmant plutôt qu’il est élu à répétition parce que les Ougandais l’aiment.

Les élections ougandaises sont souvent entachées d’allégations d’irrégularités. Le pays n’a jamais été le théâtre d’une passation pacifique du pouvoir depuis son indépendance du Royaume-Uni en 1962.

– Par Rodney Muhumuza, The Associated Press

Laisser un commentaire