L’organisme «WE Charity», en difficulté, met fin à ses activités au Canada

OTTAWA — L’organisme «WE Charity» a annoncé mercredi qu’il met fin à ses activités au Canada, blâmant pour ses ennuis financiers la COVID-19 et la controverse entourant le projet fédéral de bourse étudiante pour bénévolat, qu’il devait administrer au nom du gouvernement libéral.

L’organisme jeunesse, établi à Toronto, a annoncé la nouvelle à son personnel canadien mercredi, avant que les cofondateurs, les frères Craig et Marc Kielburger, ne publient une lettre ouverte expliquant les motifs de leur décision.

«La COVID-19 a perturbé tous les aspects de notre travail», écrivent les frères Kielburger. «Les retombées de la Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant nous ont placés, en tant qu’organisme de bienfaisance, au coeur de luttes politiques et d’une désinformation que nous sommes mal équipés pour combattre. Les perspectives financières pour l’avenir de l’organisme de bienfaisance sont claires.»

«WE» prévoit licencier 115 employés au Canada et vendre dans les mois à venir tous ses actifs au pays, y compris son centre international de formation, un édifice de 15 millions $ au centre-ville de Toronto, qui n’avait ouvert qu’en 2017. Les bénéfices nets de ces ventes d’actifs seront placés dans un fonds de dotation supervisé par un nouveau conseil des gouverneurs et utilisé pour mener à bien plusieurs projets inachevés de «WE» dans des communautés d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique, indique-t-on.

Le fonds de dotation couvrira également les coûts de fonctionnement de plusieurs projets d’infrastructure à grande échelle, comme un hôpital et un collège au Kenya et un centre agricole en Équateur. Aucun nouveau projet ou programme ne sera toutefois lancé. Tous les futurs événements de la «Journée WE» sont également annulés, et l’organisme n’aura plus de personnel pour travailler avec les enseignants, bien que les ressources existantes seront numérisées et disponibles en ligne. «WE» soutient qu’il était actif dans 7000 écoles à travers le Canada.

Les frères Kielburger indiquent aussi qu’ils devraient partir une fois la transition terminée. «Nous estimons que cette façon de faire préserve autant de programmes humanitaires et éducatifs que possible, aussi longtemps que possible», écrivent-ils.

Lorsqu’on lui a demandé qui supervisera la vente des actifs, la directrice générale de «WE», Dalal Al-Waheidi, a indiqué que ce mandat sera confié à un comité spécial du conseil d’administration, composé de personnes ayant une expérience juridique, financière et immobilière.

Les activités de «WE Charity» au Royaume-Uni et aux États-Unis ne seront pas immédiatement affectées, pas plus que sa filiale à but lucratif, «ME to WE», qui génère des revenus grâce à des formations en leadership, de la vente au détail et des programmes de voyage.

Une chute brutale

Cette décision constitue une brutale descente aux enfers pour cet organisme de bienfaisance que les Kielburger avaient créé en 1995 afin de permettre aux jeunes Canadiens de venir en aide aux enfants moins fortunés du monde entier. Rares sont ceux qui auraient pu prévoir au printemps à quel point la décision du gouvernement Trudeau de confier à «WE» la gestion du nouveau programme de bourses, aujourd’hui abandonné, allait nuire aux libéraux mais aussi à l’organisme de bienfaisance.

L’accord prévoyait que «WE» (UNIS, en français) obtiendrait jusqu’à 43,5 millions $ pour administrer le programme fédéral, conçu pour couvrir jusqu’à 5000 $ en droits de scolarité pour les étudiants qui auraient fait du bénévolat pendant la pandémie de COVID-19. Or, des questions éthiques ont immédiatement surgi concernant les liens étroits entre les Trudeau et «WE». La controverse a enflé à un point tel que le premier ministre et son ancien ministre des Finances Bill Morneau font maintenant l’objet d’une enquête du commissaire fédéral à l’éthique pour déterminer s’ils ont enfreint la loi sur les conflits d’intérêts.

L’organisme de bienfaisance s’est retiré rapidement de cet accord, mais cela n’a pas empêché nombre de ses entreprises commanditaires de couper les ponts, à un moment où «WE» avait déjà du mal à joindre les deux bouts à cause de la COVID-19.

La question de savoir comment et pourquoi «WE» avait été choisi au premier chef par le cabinet fédéral pour gérer la bourse d’études devrait revenir hanter les libéraux au retour de la Chambre des communes, le 23 septembre, après la prorogation du Parlement par M. Trudeau le mois dernier.

Un porte-parole de Justin Trudeau a refusé de commenter la nouvelle mercredi. Une porte-parole de la ministre de la Jeunesse Bardish Chagger, responsable du programme, a également refusé de commenter.

Les libéraux insistent sur le fait que l’organisme avait été recommandé par la fonction publique, non partisane, mais des milliers de documents publiés par le gouvernement le mois dernier suggèrent que les hauts fonctionnaires ont peut-être été influencés par le pouvoir exécutif. On sait aussi que le premier ministre Trudeau a été un conférencier invité lors de six rassemblements des «Journées WE», alors que sa femme, sa mère et son frère ont tous reçu de l’argent de l’organisme pour leur participation à des évènements.

Plusieurs comités des Communes ont ouvert des enquêtes sur l’accord au cours de l’été, mais leurs travaux ont été temporairement suspendus en raison de la prorogation du Parlement. Les partis de l’opposition ont promis de reprendre ces enquêtes après le 23 septembre.

Lors d’un témoignage devant le Comité des finances, en juillet, les frères Kielburger ont assuré qu’ils avaient accepté d’administrer le programme pour aider les étudiants canadiens et que s’ils avaient su, ils n’auraient pas répondu à l’appel du gouvernement.

L’opposition revient à la charge

Le député néo-démocrate Charlie Angus a déclaré que la cessation des activités canadiennes de «WE» démontrait que l’organisme de bienfaisance était dans une situation financière précaire avant même la controverse.

«Ce que nous avons appris de notre enquête parlementaire, c’est qu’il s’agissait d’une organisation qui s’était développée très rapidement, qui s’était vraiment surdimensionnée et qui était en chute libre économique», a déclaré M. Angus, accusant l’organisme d’avoir «joué désespérément sur ses liens avec la famille Trudeau».

«We» a remboursé les 30 millions $ que le gouvernement lui avait payés pour lancer le programme et a déclaré qu’il ne demanderait pas à être remboursé pour environ cinq millions de dollars de dépenses.

Peu de temps après l’annonce de l’organisme mercredi, le chef conservateur Erin O’Toole a écrit sur Twitter: «UNIS doit immédiatement fournir les documents que le Comité des finances a demandés concernant son implication dans le scandale de 900 millions $ de Justin Trudeau.»

Laisser un commentaire
Les plus populaires