Loto-Québec n’obligera pas les employés de ses casinos à se faire vacciner

MONTRÉAL — Si les joueurs qui fréquentent ses casinos doivent être vaccinés, Loto-Québec n’a pas l’intention d’obliger les employés qui s’y trouvent à faire de même. La société d’État ignore le taux de couverture vaccinale de ses employés, mais estime qu’il est similaire à l’ensemble de la population. 

«C’est un sujet qui est sensible comme on peut le voir partout et l’employeur n’a pas tous les mécanismes pour l’imposer», répond Jean-François Bergeron, son président et chef de la direction, lors d’une entrevue avec La Presse Canadienne dans le cadre de la publication des résultats du premier trimestre. 

Pour le moment, M. Bergeron s’en remet aux directives de la santé publique. Il n’a pas l’intention de demander au gouvernement de permettre à Loto-Québec d’imposer le passeport vaccinal à ses employés qui travaillent dans ses casinos, rouverts depuis la mi-juin.

La société d’État n’a pas effectué de sondage pour connaître le taux de vaccination de ses employés. Son grand patron estime que les sondages anonymes effectués au sein d’autres entreprises et le taux de vaccination de la population lui donnent une bonne idée de la couverture vaccinale de ses employés. Le taux de vaccination de 77,5 % au Québec lui laisse croire que la grande majorité de ses employés sont vaccinés. «Pour l’instant, ça nous satisfait.» 

M. Bergeron insiste pour dire que les installations sont sécuritaires pour les clients et employés. «Les employés sur les aires de jeu ont leur masque. Il n’y a pas eu de cas d’éclosion. Le dossier est assez bien géré d’un point de vue sécuritaire.»

L’accueil des clients, qui doivent présenter le passeport vaccinal, se fait de manière «assez fluide» dans les casinos et salles de jeux, ajoute le dirigeant, qui est entré en poste le 31 mai dernier après avoir dirigé la Société québécoise du cannabis (SQDC).

Forte reprise chez Loto-Québec

M. Bergeron est optimiste quant à l’exercice 2021-2022. Il souligne que la contribution de Loto-Québec au Trésor public québécois se situe à près de 60 % de son niveau habituel au premier trimestre. La direction anticipe que ce seuil remontera à 80 % pour l’exercice en cours. «On envisage l’avenir d’un bon œil.»

Au premier trimestre (terminé le 28 juin dernier), le résultat net consolidé atteint 196 millions $, ce qui représente une hausse de 260 millions $ par rapport à la perte de 64 millions $ à la même période l’an dernier. Ce chiffre est toujours 42 % inférieur à l’année prépandémie.

Les revenus, pour leur part, sont en hausse de 154,9 %, ou 243,9 millions $, à 401,3 millions $. C’est 38,8 % de moins que durant l’année prépandémie. La loterie demeure la source la plus importante de revenus, en hausse de 171,6 % à 284,3 millions $. 

Réouverture des casinos

La réouverture des casinos à la mi-juin aura permis de rappeler près de 2500 des quelque 4271 employés qui ont été mis à pied temporairement. Il resterait près de 35 % des employés à être rappelés. Environ 5 % ont décidé de ne pas revenir, mais la société croit que ce chiffre atteindra 10 % au bout du compte.  

En ce moment, la capacité d’accueil des casinos a été réduite de 50 % pour respecter les consignes sanitaires. Certains de ses restaurants n’ont également pas rouvert leurs portes, ce qui fait en sorte que la société n’a pas encore rappelé tous ses employés. 

Loto-Québec réfléchit d’ailleurs à l’offre alimentaire dans ses casinos. En avril dernier, elle avait annoncé qu’elle mettait fin à son partenariat avec L’Atelier deJoël Robuchon. De manière plus générale, la direction réfléchit à l’offre de fine cuisine dans l’ensemble de ses établissements. Plusieurs concepts sont envisagés, notamment des concepts inspirés des «food-trucks». 

M. Bergeron espère tester des concepts d’ici les six prochains mois, mais précise qu’il ne «se bouscule pas» en raison de la capacité limitée d’accueil liée à la COVI-19. «La réflexion est en cours, elle n’est pas finale, mais ça va sûrement amener des changements pour nous, des changements forts intéressants.»

Loto-Québec discute aussi avec ses partenaires en vue de représenter des spectacles au Casino de Montréal, tout en respectant les règles sanitaires. 

Lutte au crime organisé

La réouverture des casinos ramène aussi la question du blanchiment d’argent à l’ordre du jour. Des médias avaient révélé que des membres du crime organisé avaient utilisé les casinos pour blanchir de l’argent. En juin dernier, un rapport externe remis au gouvernement a émis 40 recommandations pour s’y attaquer. 

Loto-Québec accueille favorablement le rapport et dit avoir pris certaines mesures avant même sa publication. 

M. Bergeron précise que certains des faits allégués remontent à plusieurs années. Il reconnaît qu’un endroit où circulent d’importants flots d’argent, comme un casino, peut être la cible du crime organisé. Il assure que Loto-Québec adapte ses pratiques pour combattre le blanchiment d’argent, mais que les membres du crime organisé adaptent, eux aussi, leur pratique. «C’est un peu le jeu du chat et de la souris.»

Parmi les mesures adoptées dernièrement, les montants de dépôts autorisés sans vérification diligente sont passés de 10 000 $ à 3000 $. «Ça augmente de manière considérable le nombre de vérifications qui sont faites. Ça rend la vie beaucoup plus difficile à ceux qui voudraient blanchir de l’argent. Ça passe moins bien sous le radar.»

Il ajoute que le système de sécurité a été mis à jour avec des caméras fournissant une meilleure qualité de l’image. La société travaille aussi à un changement de ses systèmes informatiques afin de remplacer les jetons par des cartes de points. Ça ferait en sorte que les jetons ne puissent plus sortir des aires de jeu comme monnaie d’échange pour des activités criminelles. «C’est vraiment un amalgame d’efforts. On a mis la barre haute.» 

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