Lucy Francineth Granados tente ses derniers recours pour éviter la déportation

MONTRÉAL — Lucy Francineth Granados, une résidente sans-papiers de Montréal menacée de déportation, s’accroche à ses derniers recours.

L’Agence des services frontaliers du Canada a rejeté, lundi matin, sa demande de sursis administratif au renvoi en attente que sa demande de résidence permanente soit étudiée.

En dernier recours, son avocat Me Stewart Istvanffy a immédiatement déposé en Cour fédérale une demande de révision judiciaire pour une obtenir une ordonnance de mandamus «pour forcer le gouvernement à rendre une décision sur la demande humanitaire de Mme Granados en attente d’une réponse depuis six mois.

D’après Me Istvanffy, le ministre de l’Immigration Ahmed Hussen «a le devoir de décider de cette demande avant le renvoi» de la femme de 42 ans au Guatemala.

Une deuxième requête devait être déposée par l’avocat en fin de journée lundi, ou au plus tard mardi matin, pour réclamer un sursis de déportation jusqu’à ce qu’une décision ultime soit rendue concernant la demande de résidence permanente pour raison humanitaire. Demande à laquelle le gouvernement du Canada n’a jamais répondu.

Si le tribunal accède à l’une ou l’autre de ces deux demandes avant le vendredi 13 avril, date prévue de la déportation, il est possible que la résidente du quartier Villeray puisse obtenir un statut légal et demeurer au Canada.

Lucy Francineth Granados plaide qu’elle a dû fuir le Guatemala après avoir été menacée par un gang criminel. Depuis son arrivée au Canada en 2009, elle agit comme soutien financier pour ses enfants et sa famille restés en Amérique centrale.

Lettre à la mairesse Valérie Plante

Par ailleurs, le Collectif des femmes sans statut de Montréal s’est rendu à l’hôtel de ville, lundi après-midi, pour livrer une lettre à l’attention de la mairesse Valérie Plante afin qu’elle accorde son soutien à la cause de la femme de 42 ans.

«Nous voulons votre soutien politique pour Lucy pour arrêter sa déportation. Nous voulons que vous nous reconnaissiez en tant que membres de la communauté de Montréal, en tant que femmes, en tant qu’êtres humains. Nous voulons une véritable ville sanctuaire», réclame le collectif auquel appartient Mme Granados.

«Nous sommes des mères et des femmes sans statut qui luttons pour régulariser notre statut. Nous vous écrivons à propos de notre soeur Lucy Francineth Granados, qui a été très active au sein de notre Collectif», peut-on lire en introduction.

Le document décrit ensuite comment Mme Granados aurait été maltraitée et blessée par les agents des services frontaliers avant même d’avoir obtenu une réponse du ministère de l’Immigration fédérale dans sa démarche visant à régulariser son statut.

«C’est arrivé ici, à Montréal, que vous représentez», précise la missive. Le collectif interpelle notamment Valérie Plante en tant que mère de famille, alors que Mme Granados se bat pour continuer de soutenir financièrement sa mère et ses enfants qui vivent toujours au Guatemala.

«Si vous étiez à la place de Lucy, vous combattriez comme elle l’a fait pour eux», est-il écrit dans la lettre.

Le groupe décrit Mme Granados comme une «travailleuse», «digne de confiance» dont il respecte le «grand courage» de lutter dans cette situation difficile.

Des rassemblements populaires en solidarité avec Lucy Francineth Granados doivent avoir lieu dans quelques villes canadiennes, notamment dans le quartier Villeray à Montréal, ce mardi 10 avril.

Cette mobilisation appelée «Des lumières pour Lucy» vise à dénoncer la violence dont elle aurait été victime et à demander qu’elle puisse retourner dans sa communauté où elle habite depuis neuf ans.

Arrestation brutale

Lucy Francineth Granados a été arrêtée le 20 mars par les agents des services frontaliers en vue de sa déportation. La procédure a été reportée en raison de l’hospitalisation d’urgence de la mère monoparentale de 42 ans.

Une plainte a été déposée à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse pour dénoncer le comportement jugé abusif de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) et le traitement qu’elle subit actuellement. La femme aurait été blessée au bras et à la gorge pendant son arrestation.

Mme Granados est toujours détenue dans une cellule du Centre de surveillance de l’immigration de Laval. Sa santé précaire a nécessité deux hospitalisations d’urgence depuis son arrestation et préoccupe les professionnels de la santé qui ont eu à la traiter.

Mme Granados est arrivée au Canada en 2009, réclamant le statut de réfugiée et se disant menacée de mort par un gang criminel au Guatemala, mais ce statut lui a été refusé en 2012 par la Commission de l’immigration.

Elle avait alors décidé de demeurer au pays, malgré un ordre d’expulsion, ce qui la condamnait à la clandestinité.

En septembre, Lucy Francineth Granados a cherché à régulariser son statut en faisant une demande de résidence permanente pour des motifs humanitaires.

Vendredi dernier, l’ASFC a indiqué par courriel à La Presse canadienne que les informations concernant un comportement des services frontaliers jugé «abusif» ne «correspondaient pas» à celles entre les mains de l’agence. Les agents sont responsables d’agir en tout temps d’une manière professionnelle et conforme au Code de valeurs et d’éthique du secteur public et au code de conduite de l’ASFC, faisait-on valoir.

L’ASFC ajoutait que les mesures de renvoi devaient être exécutées le plus tôt possible en vertu de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés.