Lucy Granados aurait été conduite à l’aéroport pour être expulsée du pays

MONTRÉAL — Lucy Francineth Granados, cette femme sans-papiers qui résidait et travaillait à Montréal depuis des années avant d’être visée par un ordre de déportation, a été expulsée du Canada vendredi matin, selon Mary Foster, de Solidarité sans frontière, qui soutient la Guatémaltèque depuis son arrestation.

«Un peu avant 10h, (son) avocat a confirmé qu’à 9h15, l’avion est parti avec Lucy», a-t-elle raconté à La Presse canadienne.

Mme Foster et d’autres manifestants s’étaient rassemblés pour un sit-in dans la nuit de jeudi à vendredi au Centre de prévention de l’immigration de Laval, où était détenue Mme Granados.

La sergente Geneviève Major, du Service de police de Laval, a confirmé que Mme Granados avait quitté le Centre, sans toutefois pouvoir préciser si son départ du Canada avait bel et bien eu lieu. Une quinzaine d’agents de la police avaient pris position en milieu de nuit vendredi devant l’immeuble où les manifestants s’étaient rassemblés.

Le Centre de prévention de l’immigration ne pouvait confirmer si l’expulsion avait eu lieu ou non. Du côté de l’Agence des services frontaliers du Canada, on indique qu’il est impossible de donner ces détails puisqu’il s’agit d’une information confidentielle.

Solidarité sans frontière a publié le message suivant sur sa page Facebook: «Nous quittons le centre de détention de Laval, il semblerait que Lucy a été déportée. Nous avons lutté avec détermination.»

Pour Mme Foster, il est clair que Lucy Francineth Granados est partie, malgré tous les efforts pour tenter d’attirer l’attention sur son dossier.

«(Il y a eu) plusieurs larmes, on était vraiment très tristes d’apprendre ça, parce qu’on ne comprend pas pourquoi on peut lui faire ça. C’était juste une femme qui aimerait être ici pour travailler, pour ses enfants, pour leur avenir. Elle était très impliquée dans la communauté», a-t-elle noté.

Un refus de la Cour fédérale

Lucy Francineth Granados, qui a 42 ans, est une mère célibataire de trois enfants qui vit à Montréal depuis neuf ans.

Elle plaide qu’elle a dû fuir le Guatemala après avoir été menacée par un gang criminel. Depuis son arrivée au Canada en 2009, elle agit comme soutien financier pour ses enfants et sa famille restés en Amérique centrale.

Jeudi, la Cour fédérale avait annoncé son refus de suspendre sa déportation, un sursis qui était réclamé dans l’attente d’une décision sur une demande de résidence permanente pour raison humanitaire.

L’avocat de la dame, Me Stewart Istvanffy, a expliqué que le juge à la Cour fédérale avait déterminé que la défense n’avait «pas démontré clairement les dommages irréparables si elle est renvoyée au Guatemala».

L’avocat en matière d’immigration et de droits de la personne a aussi relaté que le juge estimait qu’elle est en situation irrégulière depuis au moins cinq ans au Canada — et qu’elle aurait dû «faire une révision judiciaire d’autres décisions antérieures».

Mme Foster, qui compte bien garder contact avec Mme Granados, souligne que le ministère de l’Immigration doit toujours étudier sa demande de résidence permanente.

«Hier quand (Lucy) a appris la nouvelle comme quoi la Cour fédérale a refusé sa requête, elle a dit: « Bon, je vais retourner, mais avec l’espoir de revenir au Canada très bientôt avec mes enfants ».»

La porte-parole de Solidarité sans frontière et militante pour les droits des immigrants estime cependant que la déportation a réduit ses chances de voir sa demande acceptée.

«C’est très rare d’être accepté pour une demande humanitaire après une déportation. Après des années à lutter pour les droits des immigrants, je pense que j’ai vu ça une fois», a-t-elle confié.

Lucy Francineth Granados avait été arrêtée le 20 mars par les agents des services frontaliers en vue de sa déportation. La procédure avait été reportée en raison de l’hospitalisation d’urgence de la mère monoparentale.

Une plainte a par ailleurs été déposée à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse pour dénoncer le comportement jugé abusif de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) et le traitement qu’elle subit actuellement. La femme aurait été blessée au bras et à la gorge pendant son arrestation, selon ses proches.

Mary Foster craint par ailleurs que l’expérience de Mme Granados décourage les autres sans-papiers du pays de tenter de régulariser leur statut.

«Il y a des membres de nos communautés qui sont privés de tous leurs droits. Ils ont une peur constante d’être arrêtés comme Lucy, d’être détenus, déportés, comme s’ils n’avaient pas de valeur, comme s’ils n’étaient pas ici depuis des années.»

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Je suis profondément scandalisée par cette situation et par le sans-coeur et l’inhumanité de ce régime de l’immigration. Après 9 ans passés ici, on aurait dûr l’accepter. Je ne comprends pas, je suis indignée et très en colère contre ce gouvernement!

Je suis profondément scandalisée par la décision inhumaine du fédéral, de retourner dans son pays, une femme qui a passé 9 ans ici, qui ne représente aucun danger et qui soutenait ses enfants par son travail. Honte aux fonctionnaires qui ont pris cette décision, je suis profondément indignée et en colère contre cette décision injuste et écoeurante!

Indignation et colère; tel est mon sentiment devant cet acte d’expulsion barbare! Cette femme a passé 9 ans ici; quel danger représentait-elle? Pourquoi cette décision inhumaine?