L’Ukraine serait en voie de renverser la vapeur

KHARKIV, Ukraine — L’Ukraine a affirmé lundi avoir repris plusieurs autres villages, repoussant les forces russes jusqu’à la frontière nord-est entre les deux pays, dans le cadre d’une contre-offensive surprise qui a forcé Moscou à retirer ses troupes de certaines régions ces derniers jours.

Un porte-parole de l’armée ukrainienne a souligné que plusieurs soldats russes ont aussi été capturés au cours de l’opération, puisqu’ils «se rendent comptent qu’il n’y a plus aucun espoir (de lutte) dans leur situation». Un conseiller du président a ajouté que le pays commence à manquer d’espace pour détenir ces prisonniers de guerre, tant il y en a.

Le drapeau bleu et jaune a recommencé à flotter dans les villages qui ont pu être repris par les Ukrainiens. Une vingtaine de communautés auraient été libérées au cours des 24 dernières heures, selon l’armée ukrainienne.

Après des mois de peu de mouvement perceptible sur le champ de bataille, l’élan soudain de Kyiv a remonté le moral des Ukrainiens et provoqué l’indignation en Russie — et même quelques rares critiques publiques de la guerre menée par le président Vladimir Poutine. 

«Dans certaines zones, nos défenseurs ont atteint la frontière avec la Fédération de Russie», a déclaré Oleg Sinegubov, le gouverneur de la région de Kharkiv, au nord-est du pays. Au cours du week-end, le ministère russe de la Défense a indiqué que les troupes seraient retirées de deux zones de cette région pour se regrouper dans la région orientale de Donetsk.

Selon certains témoins, les Russes étaient désorganisés au moment de fuir.

«Les Russes étaient ici ce matin. Puis, à midi, ils ont commencé à crier et à s’enfuir à bord de véhicules blindés», a raconté Dmytro Hrushchenko, qui habite dans la petite ville de Zaliznychne, qui a été libérée du contrôle russe récemment.

Le conseiller présidentiel Oleksiy Arestovich n’a pas précisé le nombre de prisonniers capturés, mais il a indiqué qu’ils pourraient être échangés contre des soldats ukrainiens détenus par Moscou.

Il n’était pas encore clair si le dernier blitz de l’Ukraine allait marquer un tournant dans la guerre — bien que certains analystes ont suggéré que ce pourrait être le cas, tout en avertissant qu’il y aurait probablement des mois de combats supplémentaires. Le momentum oscille d’un camp à l’autre depuis le début du conflit.

Ambiance jubilatoire dans tout le pays

À Kharkiv, les autorités ont salué un certain retour à la normale, notant que l’électricité et l’eau avaient été rétablies pour environ 80 % de la population de la région. Des attaques russes contre des infrastructures avaient coupé l’électricité dans de nombreux endroits à travers l’Ukraine.

«Vous êtes des héros !!!», a écrit le maire de Kharkiv, Igor Terekhov, en matinée sur Telegram, faisant référence aux personnes qui rétablissent les services publics. «Merci à tous ceux qui ont fait tout leur possible en cette nuit difficile pour que les gens de Kharkiv puissent retrouver une certaine normalité le plus tôt possible.»

Le président Volodymyr Zelensky était tout aussi heureux sur les réseaux sociaux dimanche soir.

«Pensez-vous toujours que vous pouvez nous intimider, nous briser, nous forcer à faire des concessions?, a demandé M. Zelensky. Le froid, la faim, l’obscurité et la soif ne sont pas aussi effrayants et mortels que votre « amitié » et votre fraternité.»

À la fin de son message, il s’est exclamé : «Nous aurons du gaz, de la lumière, de l’eau et de la nourriture… et SANS vous !»

Pendant ce temps, en Russie, l’ambiance était beaucoup moins joyeuse. Des blogueurs et des commentateurs patriotiques ont blâmé le Kremlin pour ne pas avoir mobilisé plus de troupes et pris des mesures plus fortes contre l’Ukraine.

La Russie n’a jamais qualifié son invasion de l’Ukraine de «guerre», utilisant plutôt la formulation «opération militaire spéciale». Au lieu de forcer la mobilisation de masse, ce qui pourrait provoquer du mécontentement et de la protestation civile, elle s’est appuyée sur un contingent limité de volontaires.

Ramzan Kadyrov, le dirigeant soutenu par Moscou de la région russe de Tchétchénie, a publiquement critiqué le ministère russe de la Défense pour ce qu’il a qualifié d’«erreurs» qui ont rendu possible la contre-offensive ukrainienne.

Plus surprenant encore, ces critiques se sont infiltrées à la télévision russe contrôlée par l’État.

«Ceux qui ont convaincu le président Poutine que l’opération serait rapide et efficace (…) nous ont vraiment tous piégés », a déploré Boris Nadezhdin, un ancien député, à la chaîne NTV. « Nous en sommes maintenant au point où nous devons comprendre qu’il est absolument impossible de vaincre l’Ukraine en utilisant ces ressources et ces méthodes de guerre coloniale.»

La guerre se poursuit malgré tout

Pourtant, même au milieu de l’effervescence ukrainienne, les pertes n’ont cessé d’augmenter. Le bureau présidentiel ukrainien a annoncé lundi qu’au moins quatre civils avaient été tués et 11 autres blessés dans une série d’attaques russes dans neuf régions du pays. Le Bureau des droits de l’homme des Nations unies a indiqué la semaine dernière que 5767 civils avaient été tués jusqu’à présent.

À Kharkiv, les frappes aériennes se sont poursuivies au cours de la journée, lundi. Un centre administratif du centre de la ville a notamment été touché par un missile, tuant une personne selon la police locale.

Un membre du conseil d’Izioum – l’une des régions dont la Russie a déclaré avoir retiré ses troupes – a accusé les forces russes de tuer des civils et de commettre d’autres atrocités.

«Les troupes russes ont commis des crimes et ont essayé de les cacher», a dénoncé Maksym Strelnikov. Ses affirmations n’ont pas pu être vérifiées dans l’immédiat.

Izioum était une base majeure pour les forces russes dans la région nord-est de Kharkiv. Le premier drapeau ukrainien a été hissé sur la ville le 10 septembre, selon M. Strelnikov, et d’autres ont surgi dans toute la ville. Les habitants, certains enveloppés dans le drapeau bleu et jaune du pays, ont accueilli avec joie les forces ukrainiennes, leur offrant de la nourriture.

Les Russes ont continué à bombarder Nikopol depuis la centrale nucléaire de Zaporijia, endommageant plusieurs bâtiments et laissant la plus grande installation nucléaire d’Europe dans une position précaire. Le dernier réacteur opérationnel de la centrale a été arrêté dans le but d’empêcher une catastrophe radioactive, alors que les combats font toujours rage à proximité.

Même si la guerre se poursuivra probablement jusqu’à l’année prochaine, l’Institut pour l’étude de la guerre, à Washington, a souligné lundi que «l’Ukraine a renversé le cours de cette guerre en sa faveur» en utilisant efficacement des armes fournies par l’Occident.

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