L’université Concordia présente ses excuses aux communautés noires pour son racisme

MONTRÉAL — L’Université Concordia, à Montréal, a présenté vendredi des excuses officielles aux communautés noires pour les préjudices causés par le «racisme institutionnel» — et en particulier pour les événements qui ont conduit à l’«émeute raciale de Sir George Williams» en 1969.

Le recteur et vice-chancelier de l’université, Graham Carr, a déclaré vendredi que la réflexion sur l’histoire du racisme qu’ont vécu les Noirs dans cet établissement était attendue depuis longtemps et qu’elle était nécessaire pour aller de l’avant.

Les excuses de Concordia ont été présentées vendredi lors d’une cérémonie sur le campus du centre-ville de l’université. On a aussi publié le rapport final sur le racisme à l’égard des Noirs à Concordia. Ce rapport formule des recommandations pour aider l’université à restaurer ses relations avec les communautés noires de Montréal.

«J’espère que notre capacité d’exécuter les recommandations fera de nous une meilleure université, une université vraiment accueillante où chacun, quelles que soient son identité ou ses origines, a la chance de s’épanouir», a déclaré M. Carr dans une entrevue.

Une manifestation en 1969 avait débuté comme une occupation pacifique pour dénoncer la discrimination contre les étudiants noirs à l’université Sir George Williams, ancêtre de Concordia. La grogne s’est intensifiée lorsque la police a tenté d’expulser de façon musclée les étudiants qui occupaient le laboratoire d’informatique. Un incendie s’est déclaré, forçant les étudiants à fuir le bâtiment, et 97 d’entre eux ont finalement été arrêtés.

L’Université Concordia, qui a été créée en 1974 par la fusion de l’Université Sir George Williams et du Collège Loyola, reconnaît dans ses excuses la nature violente de certaines de ces arrestations et les répercussions persistantes de ces événements pour de nombreuses personnes impliquées.

«J’espère que les personnes qui sont encore en vie, qui ont vécu ces événements, et les générations suivantes d’étudiants noirs, de membres du personnel, de membres de la famille de la communauté noire plus large (…) auront un sentiment de satisfaction ou de compréhension et seront accueillants envers le fait que l’université a finalement reconnu cette histoire», a déclaré M. Carr.

Panser les plaies

Angélique Willkie, présidente du groupe de travail de Concordia sur le racisme contre les Noirs, a déclaré que le rapport constitue un moyen de donner une voix aux communautés noires de Concordia et de reconnaître leurs priorités et leurs expériences.

«Il est important que tout ce qui se passe au sein de l’université reflète ce qui existe à l’extérieur en termes de thèmes importants et de représentation. Pour moi, il s’agit de relier tout ça», a déclaré Mme Willkie, professeure de danse contemporaine à Concordia.

Elle admet que les excuses n’effaceront pas les préjudices causés, mais elles pourraient permettre, selon elle, de panser les plaies et de tourner un peu la page. Mme Willkie explique par ailleurs que les excuses publiques étaient l’une des premières recommandations formulées par le groupe de travail, qui a rencontré directement les personnes touchées par les événements de 1969, dit-elle.

«La grande majorité à qui nous avons parlé a été surprise, c’est le moins qu’on puisse dire, a-t-elle déclaré vendredi. Ils n’auraient jamais pensé qu’ils verraient cela de leur vivant. Certains étaient très philosophes, certains étaient enchantés. Et d’autres étaient profondément en colère.»

Dans ses excuses officielles, l’université Concordia affirme que le racisme institutionnel persiste aujourd’hui dans l’enseignement supérieur. «Nous devons également faire le point sur les effets tenaces que ce racisme systémique exerce sur les membres de l’effectif étudiant et les communautés au-delà des murs de l’Université.

«Nous devons veiller résolument à ce que le racisme institutionnel soit dénoncé afin que des événements comme ceux de 1969 ne se reproduisent pas», ajoute la direction de Concordia dans sa lettre d’excuses.

Pour poursuivre le travail de lutte contre le racisme à l’égard des Noirs, l’université s’engage notamment à embaucher un membre du corps professoral pour diriger le développement de programmes d’études sur la diaspora noire et africaine dans le contexte canadien, promouvoir les perspectives noires dans la recherche ainsi que les chercheurs noirs, et établir de nouvelles relations avec les communautés noires.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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