L’Université du Nouveau-Brunswick enquête sur un PhD remis à un allié de Donald Trump

HALIFAX — Un allié important de l’ancien président américain Donald Trump est au centre d’une controverse à l’Université du Nouveau-Brunswick (UNB), où l’administration a promis un examen indépendant sur la façon dont il a obtenu un doctorat en 2013.

Doug Mastriano, un colonel à la retraite de l’armée américaine, était un sénateur d’État peu connu de la Pennsylvanie jusqu’à ce qu’il joue un rôle actif dans le mouvement visant à renverser la défaite électorale de M. Trump en 2020. En mai, avec le soutien de l’ancien président, il a remporté l’investiture républicaine pour se présenter au poste de gouverneur de l’État, catapultant sa campagne d’extrême droite sous les projecteurs nationaux.

Le 9 septembre, les diplômes universitaires de M. Mastriano à l’Université du Nouveau-Brunswick ont été remis en question lorsque l’Associated Press a fait état d’allégations d’universitaires affirmant que sa thèse de doctorat était truffée d’erreurs factuelles et d’archéologie douteuse.

M. Mastriano n’a pas encore répondu publiquement aux allégations. Les appels à ses bureaux de Pennsylvanie – à Chambersburg et Gettysburg – n’ont pas eu de suite.

Richard Yeomans, candidat au doctorat au département d’histoire de l’UNB, a déclaré que les étudiants du campus de Fredericton veulent savoir ce que l’université compte faire pour maintenir ses normes académiques.

«Je pense que tout le monde est simplement choqué par le fait que le département n’ait rien dit depuis que cela est devenu une nouvelle internationale, a-t-il déclaré lors d’une entrevue récente. L’université a choisi de se sauver la face plutôt que d’accepter ce que cela signifie. Un certain niveau de confiance a été rompu.»

M. Yeomans a dit que les étudiants diplômés avaient fait part de leurs préoccupations à la présidente du département d’histoire, Lisa Todd. Mme Todd n’a pas répondu à une demande d’entrevue.

Une enquête en cours

Plus tôt ce mois-ci, l’université a publié une déclaration reconnaissant que les allégations contre M. Mastriano provoquaient «l’inquiétude ou la confusion» parmi les étudiants, les anciens élèves et le public.

«L’UNB a une politique claire pour traiter toute allégation d’inconduite en recherche, indique le communiqué. L’UNB examinera ses processus internes pour s’assurer que nos systèmes et politiques concernant l’attribution des doctorats restent de la plus haute qualité.»

La déclaration du 6 octobre précisait que l’examen serait mené par deux universitaires indépendants, mais on ne connaît pas la date de tombée et on ne sait pas si les résultats seront rendus publics.

Jeffrey Brown, professeur d’histoire à l’UNB, a déclaré qu’il était parmi les premiers à lever des drapeaux rouges au sujet de la thèse de M. Mastriano en 2012-2013, qui portait sur le sergent de l’armée américaine Alvin York, un fantassin hautement décoré de la Première Guerre mondiale. En tant que membre du jury d’examen qui a évalué le travail de M. Mastriano, M. Brown a déclaré qu’il avait identifié les problèmes dès le début.

«À travers les brouillons subséquents, ces problèmes ne disparaissaient pas», a-t-il soutenu.

«Il est devenu évident que Mastriano ne prenait pas vraiment mes suggestions au sérieux.»

De nombreuses lacunes

Il a affirmé que le principal problème avec la thèse de 500 pages de M. Mastriano était qu’il s’appuyait trop sur une autobiographie de 1928 qui a été remise en question par d’autres historiens, jugeant qu’il s’agissait d’un portrait simpliste glorifiant la vie et les exploits d’Alvin York sur le champ de bataille.

Jeffrey Brown, qui a enseigné à l’UNB pendant 21 ans, a également cité les lacunes d’une fouille archéologique menée par M. Mastriano en France avant de s’inscrire au programme de doctorat. Selon M. Mastriano, il s’agissait du site où le colonel York a vaincu tout un bataillon de mitrailleuses allemandes en octobre 1918. Mais le professeur a déclaré que deux experts s’étaient présentés en 2008 pour contester ces conclusions. 

Dans une évaluation d’un examinateur interne soumise le 8 février 2013, M. Brown a dit à M. Mastriano de reconnaître que les deux chercheurs — le géoscientifique Thomas Nolan de la Middle Tennessee State University et l’historien Michael Birdwell de la Tennessee Tech University — avaient localisé le champ de bataille sur un site différent.

«Ces chercheurs rejettent explicitement les conclusions de Mastriano, indique l’évaluation. Mastriano ne fait aucune mention de ce débat dans sa thèse.»

Après que M. Mastriano eut fourni les révisions finales de son article en avril 2013, M. Brown a soumis une lettre au directeur de thèse, Marc Milner, disant qu’il envisageait de retirer son nom de la thèse.

«Les révisions de Doug (Mastriano) ont peut-être parlé de ce qui me dérange dans son travail, mais elles n’ont pas atténué mes inquiétudes quant à son équité et son intégrité scientifique», indique la lettre, dont une copie a été fournie à La Presse canadienne.

Selon M. Brown, Marc Milner lui a dit que sa contribution n’était plus nécessaire, car le jury d’examen avait suffisamment de membres pour continuer. M. Brown a déclaré qu’il s’attendait à ce que son nom soit retiré de la version finale du texte, mais cela ne s’est pas produit. Doug Mastriano a obtenu un doctorat plus tard cette année-là, et l’article a ensuite été utilisé comme base pour un livre de 2014.

Allégations d’inconduite

James Gregory, instructeur et candidat au doctorat à l’Université de l’Oklahoma, a relaté qu’il s’était inquiété du travail de M. Mastriano après avoir cité un passage du livre de 2014 dans un article. M. Gregory a reçu des messages indiquant que le matériel était douteux et a décidé d’examiner le livre de plus près.

En janvier 2021, M. Gregory a soumis une liste de 15 lacunes qu’il a trouvées à l’éditeur, University Press of Kentucky. Et il a poursuivi en demandant la thèse originale à l’UNB.

«Personne ne voulait me dire où c’était», a déclaré M. Gregory dans une entrevue la semaine dernière. Finalement, on lui a dit que l’article avait été placé sous embargo jusqu’en 2030, ce que l’université a reconnu plus tard comme une violation des règlements de l’UNB, qui n’autorisent qu’un embargo de quatre ans.

Après avoir examiné la thèse, M. Gregory a envoyé un rapport à l’UNB ce mois-ci documentant 213 allégations d’inconduite académique. «Sa thèse et son livre ultérieur sont construits sur des recherches falsifiées», affirme le dernier rapport de James Gregory.

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