L’utilisation d’internet en baisse en Abitibi-Témiscamingue

ROUYN NORANDA, Qc — Malgré le fait que la région ait un taux de branchement à internet moins élevé que la moyenne québécoise, l’Abitibi-Témiscamingue est nettement au-dessus de la moyenne en ce qui a trait au cybercommerce.

Selon des chiffres publiés par le Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations (CEFRIO), en 2019, 88% des foyers de l’Abitibi-Témiscamingue étaient branchés à internet, contre 93% à l’échelle québécoise. Malgré cela, 51% des Témiscabitibiens avaient recours au cybercommerce, contre 48% pour l’ensemble du Québec.

Des habitudes en baisse

Les chiffres du CEFRIO démontrent tout de même une tendance à la baisse dans la région, puisque le taux était de 55% en 2018. «Avec Amazon et compagnie, l’achat local est moins privilégié partout, et la région ne fait pas exception, indique André Galarneau, président d’Évolu-Net, une petite entreprise de l’Abitibi-Témiscamingue qui offre le service internet résidentiel et commercial partout dans la région. C’est au gouvernement de mettre ses culottes, et d’envisager des mesures pour que tous les commerçants aient les mêmes chances.»

Sans trop de surprise, ce sont les gens de 18 à 34 ans qui sont les plus branchés sur le Web dans la région. Le CEFRIO parle d’un taux de branchement de 100% dans cette tranche d’âge, contre 97% chez les 35-54 ans. Le cliché à l’effet que les personnes âgées peinent à s’initier à la technologie se vérifie en Abitibi-Témiscamingue, alors que seulement trois personnes sur quatre (76%) font partie du cyberespace chez les 55 ans et plus. Et quand il est question de cyberachats sur une base mensuelle, le taux baisse à 27% chez les aînés.

Éloignement

Le fait d’être dans une région éloignée a des effets contradictoires sur le branchement. D’un côté, il est tentant de faire affaire avec les géants du numérique pour obtenir des produits que l’on ne trouve pas toujours dans la région, et d’autre part, la grande superficie de l’Abitibi-Témiscamingue fait en sorte que la couverture n’est pas complète. Et ce, malgré le fait que les géants comme Bell (via sa filiale Cablevision) et Vidéotron soient maintenant présents en Abitibi-Témiscamingue. «C’est simple à comprendre, ils (Cablevision et Vidéotron) ne passeront pas 15 km de fil pour aller brancher 15 clients dans un secteur rural éloigné, fait valoir André Galarneau. Nous devons travailler avec le wi-fi pour pouvoir brancher ces clients à un coût décent.»

André Galarneau ressent une certaine frustration envers le gouvernement Legault, qui n’a retenu aucun projet en Abitibi-Témiscamingue lors de l’octroi d’un programme de 150M$ pour accélérer le branchement des régions. «C’est comme partout, ce sont toujours les plus gros qui bénéficient de ces programmes. Avec une subvention, on pourrait étendre notre service pour toute la région.» Actuellement, Évolu-Net dessert les régions d’Amos et Rouyn-Noranda, et prévoyait offrir son service dans le secteur de Val-d’Or cette année. La crise de la COVID-19 a cependant repoussé ses plans à 2021.

Parlant du coronavirus, Le président d’Évolu-net croit que les chiffres vont être bien différents pour 2020. Selon lui, la crise aura consolidé les habitudes des résidants de la région, qui ont dû avoir recours un peu plus au cybercommerce en ces temps de pandémie. «Tout ce qu’on veut, c’est offrir un service internet, soutient André Galarneau. Ça me désole de voir que le cybercommerce prend de l’ampleur, car je soutiens l’achat local. D’ailleurs, Évolu-Net est la seule compagnie vraiment locale à offrir un service internet.»

Il sera plus difficile d’obtenir les données de branchement pour 2020, une année où elles seront encore plus cruciales. Le gouvernement mettra la clé dans la porte du CEFRIO dès le 30 juin prochain, au moment où le Québec se numérise de plus en plus, et où les milieux de travail et l’économie se transforment, comme l’ont déclaré un groupe de chercheurs de plusieurs universités québécoises, dans une lettre d’opinion publiée le 2 juin dernier dans La Presse. «Il est important de protéger et de continuer à financer le CEFRIO dont les enquêtes, notamment NETendances, permettent de mieux saisir la société québécoise à travers sa transformation technologique en cours», pouvait-on lire dans cette lettre.

Reportage réalisé dans le cadre de l’Initiative de journalisme local