Lutter contre la dépendance en isolement: les réunions des AA se font en ligne

Lorsque les groupes d’Alcooliques anonymes ont commencé à annuler des réunions à travers le Canada et les États-Unis dans la foulée de l’éclosion de la COVID-19, certains membres de l’organisation à Toronto se sont tournés vers leurs téléphones intelligents.

Ce qui a commencé il y a quelques semaines comme une discussion en groupe pour informer les membres des réunions bientôt annulées s’est transformé en discussions sur la façon de mettre en place des versions en ligne du réseau d’aide.

Maintenant, les rencontres des AA et des Narcotiques anonymes (NA) fonctionnent à l’échelle nationale à l’aide des applications Zoom, Google Hangouts et d’autres systèmes de vidéoconférence.

«J’ai publié dans notre groupe sur l’application WhatsApp, il y a quelques semaines, en disant que j’organiserais une réunion sur Zoom à notre heure habituelle et ça a explosé depuis, a affirmé une Ontarienne qui a demandé l’anonymat lors d’une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne. Maintenant, le groupe WhatsApp compte des centaines de personnes et pratiquement chaque réunion de Toronto se tient en ligne.

«Il y a des documents Google Docs qui circulent avec tous les numéros d’identification des rencontres et des gens partagent les liens des rencontres à Los Angeles, à New York et à d’autres endroits au pays. C’est plutôt fou.»

La femme, une résidente de Toronto dans la trentaine, est sobre depuis quatre ans et demi. Elle a assisté à sa première rencontre des AA en 2014 après avoir confié à un collègue de travail qu’elle avait des problèmes d’alcool.

Bien que l’isolement volontaire et la distanciation sociale peuvent grandement affecter les personnes aux prises avec des problèmes de dépendance, la femme soutient qu’elle se porte bien. Le fait de parler à son parrain par téléphone presque quotidiennement et de participer à plusieurs réunions en ligne chaque semaine a été utile.

«Vous pouvez rejoindre une réunion n’importe où tant que vous avez le code, c’est donc accessible aux personnes que j’ai peut-être rencontrées il y a quelques années, mais qui ne vivent plus en ville, a-t-elle fait savoir. Je vois des gens que je n’ai pas vus depuis longtemps et cela me permet d’être en contact avec plus de membres, ce à quoi je ne m’attendais pas.»

La docteure Nancy Hurst, une psychologue d’Edmonton, a indiqué que de maintenir un contact pendant la durée de la pandémie sera la clé pour ceux qui souffrent de dépendance.

Elle a affirmé que la distanciation sociale et l’isolement volontaire peuvent mener certaines personnes à «tomber dans un état d’esprit négatif et dans des schémas destructeurs».

«Pour certaines personnes, ça peut être de trop manger ou de faire une dépression et pour d’autres, ça peut être de consommer de l’alcool ou d’autres types de dépendances malsaines», a ajouté la Dre Hurst.

La Dre Hurst a qualifié les réunions en ligne des AA «d’absolument essentielles» et elle encourage les personnes dans le besoin à trouver un groupe d’entraide «qui leur convient».

«Vous pouvez toujours entrer en contact avec les gens n’est-ce pas? Ce n’est pas idéal et ce n’est pas la même chose, mais ça demeure un groupe d’entraide, a-t-elle insisté. Ce sont des personnes qui ont les mêmes problèmes.»

Jeff Sturgeon, un travailleur social et thérapeute à Calgary, préfère quant à lui utiliser le terme «distanciation physique» plutôt que distanciation sociale afin d’éliminer les connotations de solitude.

M. Sturgeon, comme la Dre Hurst et d’autres travailleurs de ce domaine à travers le Canada, a adapté ses propres pratiques à des séances en ligne ou par téléphone, à la suite de la propagation de la COVID-19.

Mais M. Sturgeon a déclaré que les thérapeutes doivent aussi adapter leurs stratégies afin de correspondre à l’époque actuelle.

Il a expliqué que même si la famille et les amis deviendront de plus en plus importants pour les personnes dépendantes, les gens doivent faire preuve de créativité dans la façon dont ils entrent en contact — souper tout en étant au téléphone, jouer aux cartes ensemble virtuellement — et en faire une routine.

Annina Schmid, une conseillère en toxicomanie et en féminisme à Toronto, souligne qu’il n’y a pas de description précise de la façon dont l’isolement volontaire peut affecter les personnes qui ont des problèmes de dépendance.

Selon elle, cela dépendra de l’endroit où la personne en est dans sa réhabilitation. Pour certains, les pressions sociales pour consommer de l’alcool seront atténuées parce qu’ils ne pourront pas aller dans un bar. Mais dans les cas graves de toxicomanie, les symptômes de sevrage sont possibles.

Mme Schmid a ajouté que les taux de violence domestique pourraient augmenter durant cette période.

«Les préoccupations sont si nombreuses, a-t-elle lancé. La plupart des thérapeutes et des conseillers que je connais continuent à travailler. Nous sommes une profession essentielle.»

Elle estime que le changement de routine peut être vraiment difficile pour certains bien qu’il y a définitivement beaucoup de ressources pour les réunions en ligne des AA et des NA.