Maisons des aînés: facture qui explose, places en moins et date d’ouverture inconnue

QUÉBEC — Les personnes âgées qui espéraient pouvoir bientôt se prélasser dans une des luxueuses maisons des aînés promises par le gouvernement Legault en 2018 vont devoir prendre leur mal en patience.

À ce jour, aucune n’est encore construite et personne ne peut dire quand toutes ces Cadillac de l’hébergement pour aînés seront enfin prêtes à les accueillir.

En fait, le mégaprojet tarde à se réaliser, coûtera au moins le double que prévu et offrira au bout du compte moins de places que promis pour les aînés.

C’est ce qui ressort des informations obtenues par La Presse Canadienne auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et de la Société québécoise des infrastructures (SQI), gestionnaire du projet.

Promesse phare de la Coalition avenir Québec (CAQ) en campagne électorale en 2018, le projet de maisons des aînés, présenté alors comme la solution de rechange aux centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), a beaucoup évolué depuis. 

On s’engageait alors à construire 30 maisons offrant 2600 places aux aînés à l’automne 2022. On ambitionne désormais de construire 46 maisons, en principe de plus petite taille, à échelle humaine, avec le même nombre de places au total et la même échéance, soit juste à temps pour la prochaine campagne électorale.

Mais deux ans et demi après l’élection du gouvernement Legault, et malgré une multitude d’annonces faites par la ministre responsable des aînés, Marguerite Blais, il n’y a à ce jour que huit maisons en chantier dans tout le Québec, confirme la SQI.

Et encore. Dans tous les cas, on en est rendu à la toute première étape des travaux, soit l’excavation. Dans au moins trois cas, les terrains convoités ne sont même pas encore achetés, alors que cette étape devait être complétée il y a environ un an.

Aucune maison n’est en chantier sur l’île de Montréal, ni dans la capitale nationale.

Au cabinet de la ministre Blais, on se fait malgré tout rassurant, espérant que le dossier débloquera ce printemps, avec la mise en chantier prévue d’une trentaine de maisons, à livrer dans les mêmes délais.

La mise en opération de ces résidences va nécessairement s’étirer dans le temps, et variera en fonction de l’évolution des travaux, d’un chantier à l’autre. Personne au gouvernement ne se risque à prédire quand les 46 maisons seront toutes habitées et fonctionnelles, les impondérables étant trop nombreux.

En termes d’échéancier, l’engagement d’hier devient aujourd’hui une hypothèse. «Il y aura peut-être des endroits où les résidents seront là», dans leur nouvelle maison, à la fin de 2022, a convenu la ministre Blais, en entrevue, cette semaine.

«Il n’y a pas personne qui peut vous dire que tout va être parfait», a-t-elle ajouté, en se montrant optimiste et en s’engageant à livrer «le plus de places possible», le plus tôt possible.

780 places en moins

Depuis le début, le gouvernement promet d’offrir 2600 places pour aînés en perte d’autonomie moyenne. Mais ce n’est plus le cas.

Désormais, Québec construit des maisons des aînés ou alternatives. L’idée consiste à prévoir aussi des places pour les personnes de moins de 65 ans ayant des besoins particuliers. On réservera 30 % des places (soit environ 780) aux maisons alternatives, a confirmé le cabinet de la ministre Blais.

Alors que les besoins augmentent, avec le vieillissement accéléré de la population, les grands-mamans et grands-papas inscrits sur la liste d’attente n’auront donc plus que 1820 places à se partager et non 2600.

Les heureux élus s’installeront dans des unités d’habitation comptant au total 12 résidents. Chacun aura sa chambre privée climatisée, avec salle de bains adaptée. On aménagera des aires communes pour créer entre eux un effet de «bulle», dit Mme Blais, et on a même prévu un espace pour héberger les proches aidants au besoin.

On est quand même loin de la petite maison dans la prairie, ces unités étant intégrées à des édifices à géométrie très variable, qui compteront entre 48 et 192 chambres au total.

La liste d’attente pour une place compte actuellement 3427 noms.

Qu’on déniche une place dans une chic maison des aînés ou dans un CHSLD vétuste, le tarif sera le même pour tous.

Facture salée en vue

Bien avant qu’un seul aîné pose ses valises dans son nouveau logis, la facture du mégaprojet pour les contribuables a déjà explosé, atteignant 2,36 milliards $, soit plus du double du budget de 1 milliard $ prévu au départ. Et elle risque fort de gonfler encore au terme des travaux.

Car le luxe a son prix. En un an, le coût moyen par chambre aura bondi de 21 %, passant de 500 000 $ à 605 000 $. C’est sans compter les «enveloppes de risque» dont l’ampleur demeure confidentielle.

En comparaison, Québec estime que construire une place en CHSLD peut varier entre 300 000 $ et 575 000 $, selon l’endroit choisi.

Des huit maisons présentement en chantier, trois seront situées au Saguenay-Lac-Saint-Jean, une à Rivière-du-Loup, une à Sherbrooke, une à Lévis, une à Saint-Jean-sur-Richelieu et une dernière à Châteauguay.

L’enjeu du recrutement

En pleine pénurie de main-d’œuvre dans le secteur de la santé, le recrutement du personnel soignant pour ces nouvelles maisons sera un enjeu non négligeable. Pas de personnel suffisant, pas de maison.

Le processus d’embauche n’est toujours pas lancé. Au ministère de la Santé, on ne sait pas combien d’employés on devra embaucher, ni comment on s’y prendra pour les trouver. Le ratio retenu n’est pas encore fixé non plus. «L’analyse des besoins d’effectifs est toujours en cours», indique-t-on.

La ministre Blais n’est pas du tout inquiète pour autant. «Je suis une personne positive. Je ne veux pas regarder les aspects négatifs», dit la ministre, qui mise sur une revalorisation des métiers associés aux soins à prodiguer aux personnes âgées, de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail, pour attirer le personnel requis.

«Tout va s’enchaîner», a-t-elle ajouté, se disant convaincue du succès à venir des maisons des aînés.

En parallèle, elle donnera suite à l’engagement de rénover ou reconstruire 2500 places en CHSLD et rendra publique prochainement une politique sur l’hébergement et les soins de longue durée.

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Le plus important n’est pas la réalisation de ces mégas projets, mais de changer la culture envers les personnes vulnérables en grande perte d’autonomie et leur donner ce dont elles ont le plus besoin; de l’amour, de la dignité et de la bienveillance, le reste n’est que fioritures.

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