Malala Yousafzai livre un plaidoyer pour l’égalité devant 1000 jeunes Montréalais

MONTRÉAL — La jeune militante pakistanaise et lauréate du prix Nobel de la paix 2014, Malala Yousafzai, a offert une conférence à Montréal, mercredi soir, dans le but d’inspirer plus de 1000 jeunes adolescents à trouver leur passion et à agir pour faire changer les choses dans leur communauté et dans le monde.

Invitée par les organisateurs de l’événement Influence Montréal 2018, la jeune femme de 21 ans a répondu aux questions de la femme d’affaires Danièle Henkel. Des journalistes avaient aussi été invités à interroger la conférencière, mais n’ont pas pu le faire par manque de temps, ont plaidé les organisateurs.

D’entrée de jeu, Malala Yousafzai a livré un plaidoyer pour le féminisme et la lutte pour l’égalité des genres partout dans le monde. Selon celle qui étudie aujourd’hui à l’Université Oxford, en Grande-Bretagne, la discrimination est encore présente dans tous les pays, y compris le Canada.

L’histoire de Malala Yousafzai a fait le tour du monde, en octobre 2012, lorsqu’elle a été victime d’une tentative d’assassinat de la part de talibans qui tentaient d’interdire la scolarisation des filles.

Après une longue réhabilitation, elle a maintenu son militantisme en faveur de l’éducation pour toutes. En 2014, elle est devenue, à l’âge de 17 ans, la plus jeune lauréate du prix Nobel de la paix.

«Je veux que toutes les filles puissent aller à l’école pour obtenir une éducation de qualité et décider de leur avenir», a-t-elle réitéré dans son mot d’introduction mercredi soir.

Elle s’est ensuite attaquée au thème de l’égalité, alors qu’elle fait partie du Conseil consultatif sur l’égalité des sexes du G7, créé par le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

«La discrimination contre les femmes existe encore dans tous les pays. Il faut que ça change et il faut se tenir debout pour faire changer les choses», a-t-elle réclamé.

Le pouvoir des jeunes

Aux dires de Mme Yousafzai, l’influence n’est pas une question d’âge ou d’expérience. «Les jeunes en font déjà beaucoup. Ils s’intéressent au monde, ils sont soucieux de l’environnement, des inégalités, de la diversité, a-t-elle souligné. Il suffit de s’impliquer et d’agir.»

Citant son propre exemple, elle raconte avoir réalisé, après qu’on l’eut privée de son éducation et de son avenir, qu’elle avait du pouvoir malgré son jeune âge. «Les gens qui souhaitaient empêcher les filles d’aller à l’école avaient peur de ma voix», a-t-elle compris.

«Tout ce que je voulais, c’était que les extrémistes partent pour que je puisse retourner à l’école. Je voulais juste pouvoir dormir sans avoir peur d’une attaque», a raconté la militante qui dit prendre pour modèle la première femme élue première ministre du Pakistan, Benazir Bhutto, qui a été assassinée en 2007.

La jeune femme qui a publié un livre et mis sur pied sa propre fondation dit avoir appris à pardonner à ses agresseurs. À son avis, la haine est une perte de temps et d’énergie. «Je ne me bats pas contre des gens, je me bats contre une idéologie», dit-elle.

L’éducation, une bénédiction

Si les jeunes privilégiés des pays occidentaux, comme les jeunes du Québec, en ont parfois un peu marre de l’école. Malala avait un message pour eux.

«Je me rappelle exactement le matin du 15 janvier 2009. C’est le jour où les talibans ont décidé que les filles n’avaient plus le droit d’aller à l’école. Pour moi, c’est mon avenir, mes rêves, ma vie qu’on venait de m’enlever», a-t-elle raconté.

«Quand on t’enlève ton éducation, tu ne peux plus être toi-même, tu ne peux plus devenir qui tu veux devenir. L’éducation, c’est aussi apprendre à réfléchir, à comprendre le monde, à poser des questions et à se battre pour changer les choses».

Préserver la culture francophone

Avant d’entrer dans le vif de la conférence, Danièle Henkel a demandé à l’invitée d’honneur ses impressions sur Montréal. Après s’être légèrement plainte de la pluie et du froid, Malala Yousafzai a encensé la sauvegarde de la culture francophone.

«J’ai aimé apprendre que la culture francophone est toujours vivante», a-t-elle lancé. La jeune femme a ensuite expliqué que de nombreux dialectes sont parlés dans les régions du Pakistan, mais que beaucoup tendent à disparaître au profit de la langue nationale commune.

«On essaie de garder nos langues et nos cultures en vie. Faites en sorte de protéger votre langue et votre culture.»

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