Maltraitance des enfants: il y a un déni collectif, selon un expert à la commission

MONTRÉAL — La maltraitance des enfants est l’objet d’un déni collectif, a déclaré un expert entendu mardi à la Commission spéciale sur les droits de l’enfant et la protection de la jeunesse.

Et ça ne date pas d’hier, a ajouté Camil Bouchard, psychologue, professeur et chercheur à la retraite. Il a aussi présidé le groupe de travail ayant rédigé en 1991 le rapport «Un Québec fou de ses enfants», qui a proposé 53 recommandations pour prévenir la détresse des enfants et des jeunes.

Ce déni est visible de plusieurs façons, selon lui.

Les citoyens font de moins de moins de signalements à la protection de la jeunesse, a-t-il déclaré aux élus membres de la commission lors d’une audience tenue à Montréal. Ce n’est donc pas vrai que les gens sont plus sensibilisés aux mauvais traitements dont sont victimes les enfants.

Il déplore aussi la discrétion, voire l’indolence médiatique, «sauf exception et en cas de drame», comme ce fut le cas pour la fillette de Granby morte après avoir fait l’objet d’un signalement à la DPJ. Ce décès qui a choqué les Québécois a pavé la voie à la création de cette commission spéciale. L’enfant avait été retrouvée dans un état précaire chez elle le 29 avril dernier, puis est décédée, donnant ainsi un électrochoc à tout le Québec.

M. Bouchard remarque de plus que la maltraitance envers les petits est un enjeu quasi absent des campagnes électorales et qu’il n’y a aucun objectif national de réduction de la maltraitance.

«Nous sommes dans un déni collectif et gouvernemental, et pas depuis hier», a-t-il dit.

Pour remédier à ces problèmes, il estime que la maltraitance doit être définie comme un «enjeu prioritaire de santé publique» et que le Québec doit fixer des objectifs nationaux et régionaux de réduction de la maltraitance.

Il faut aussi que les citoyens soient informés des signes de mauvais traitements afin de pouvoir les reconnaître.

En plus de constater un affaiblissement des services de première ligne — «dans certaines régions, ça fait peur», a-t-il dit — M. Bouchard estime que le problème n’est pas l’argent, mais bien le manque de personnel.

«Nous avons échoué», a dit l’expert lors de son témoignage, à offrir aux enfants des services qui feraient en sorte qu’ils seraient en sécurité avant d’être signalés.

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