Mamadi Camara est innocent, annonce la police de Montréal

MONTRÉAL — Mamadi Camara est innocent, a annoncé vendredi en fin de journée le chef de police de Montréal qui présente ses excuses publiques à peine 24 heures après avoir dit qu’il était «trop tôt» pour le faire.

«Je veux que les Montréalais et les Montréalaises sachent qu’il n’a rien à se reprocher», a déclaré à la presse Sylvain Caron, le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Selon le chef Caron, ce sont des résultats d’expertise de laboratoire, notamment d’ADN, reçus vendredi qui permettent de disculper M. Camara.

Mamadi Camara avait été accusé à tort de tentative de meurtre contre un policier de Montréal avant d’être libéré, mercredi. Il avait été appréhendé la semaine dernière alors qu’on le soupçonnait d’avoir désarmé et blessé un policier à la suite d’une interception de routine pour une infraction au Code de la sécurité routière.

M. Caron, qui a refusé de répondre aux questions des médias, a affirmé avoir convenu d’une rencontre avec M. Camara «afin de lui offrir nos excuses les plus sincères, à sa famille et à lui, pour tous les inconvénients liés aux malheureux événements des derniers jours».

Quelques instants après la déclaration du chef de police, le Directeur des poursuites criminelles et pénales a confirmé qu’il n’entend pas reprendre les procédures à l’égard de M. Camara, ce qu’il peut faire en vertu d’un article du Code criminel.

L’enquête entourant la tentative de meurtre du policier est toujours active et l’arme du policier n’a pas encore été trouvée. Une automobile qui a possiblement été utilisée par une personne impliquée dans l’agression du policier a été localisée dans le sud-ouest de la ville.

L’automobile, qui avait été volée selon la police, a été passée au peigne fin en cours de journée par des experts du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale.

Un poste de commandement a été stationné non loin de là afin de recueillir les témoignages de personnes qui ont pu voir les déplacements de l’automobile. Des policiers du SPVM tentent aussi de déterminer si des caméras de surveillance du voisinage ont pu capter des images de cette voiture et de la personne qui la conduisait.

Le SPVM a annoncé qu’il tiendra «par souci d’ouverture» une séance pour la population et les médias afin d’expliquer les processus d’enquête criminelle dans un tel cas.

En soirée, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a dit réitérer ses excuses auprès de M. Camara et a une fois de plus dit souhaiter une enquête indépendante.

«Redoublons les efforts pour trouver le ou les fautifs de l’attaque envers un agent du SPVM et faisons la lumière sur ce qui s’est passé», a-t-elle écrit sur Twitter.

Plus tôt vendredi, le premier ministre Justin Trudeau a été le plus récent dirigeant à réclamer que «toute la lumière» soit faite sur l’affaire Camara, estimant qu’il s’agit d’un «cas troublant» et que «plusieurs questions se posent».

Manifestation contre le profilage racial

Une centaine de résidants du quartier où s’est déroulée l’arrestation se sont rassemblés vendredi devant la station de métro Parc peu avant l’annonce du SPVM pour «dénoncer les abus policiers» et témoigner de leur solidarité envers M. Camara.

La manifestation organisée par la Table de quartier de Parc-Extension visait également à «reconnaître et dénoncer l’existence de pratiques discriminatoires dont le profilage racial».

Selon l’organisatrice, Eve Torres, il est clair que M. Camara a été victime de profilage racial. «Ça s’inscrit dans un processus documenté», a lancé Mme Torres.

Être «accusé sans raison, (…) on ne voit jamais des cas avec des blancs», a dit constater Orania Nima, une jeune femme «demi-noire» venue assister à la manifestation.

Prenant la parole au micro, Marlihan Lopez, une porte-parole de Black Lives Matter Montréal, s’est questionnée sur «qui nous protège de la police».

«On peut être des avocats, des chargés de cours: cela ne nous protégera pas de la violence policière et du profilage racial», a-t-elle noté, soupirant au passage qu’«assez, c’est assez.»

Lorsqu’une personne a crié au micro que «le racisme, on en a marre», la foule a commencé à scander à répétition le mot «justice».

Après avoir tenu à remercier «par humanité» le policier qui a été blessé, Jean-Claude Kumuyange du groupe militant Debout pour la dignité a soutenu que «Camara a été arrêté aussi par un geste de racisme systémique».

Selon Vincent Mousseau, un autre manifestant, il s’agit d’un cas évident de profilage racial étant donné qu’«on n’avait aucune preuve que c’était lui» et que les policiers ont malgré tout décidé de reproduire «le pattern qu’ils ont dans la communauté de Parc-Extension et d’arrêter quasi arbitrairement des personnes racisées».

Comme de nombreux participants, il a déclaré à La Presse Canadienne croire que le financement des corps policiers devrait être au moins réduit, demandant même à la mairesse Plante de passer de la parole aux actes plutôt que de «se prendre en photo devant des murales Black Lives Matter».

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