Manifestation pour régulariser le statut des réfugiés «anges gardiens»

MONTRÉAL — Un mouvement revendiquant un statut spécial pour les «anges gardiens» demandeurs d’asile a tenu une manifestation devant le bureau de circonscription du premier ministre Justin Trudeau, samedi matin à Montréal.

Une cinquantaine de véhicules ont formé un bruyant convoi le long du boulevard Crémazie Est, face à l’immeuble abritant le bureau du premier ministre et député libéral de Papineau. Les klaxons ont été mis à contribution et d’autres manifestants en bordure du trottoir déployaient des banderoles et affiches en soutien au mouvement.

C’est le regroupement «Debout pour la dignité» qui a lancé cet appel à la mobilisation, dont l’objectif est de forcer la main aux gouvernements pour accélérer l’accession à la résidence permanente canadienne pour les réfugiés qui risquent leur vie dans le réseau de la santé depuis le début de la pandémie de COVID-19.

«En contexte extraordinaire, on peut avoir des mesures extraordinaires. L’une de ces mesures-là, c’est d’accorder à ces gens une résidence permanente», plaide Dr Wilner Cayo, théologien et président du regroupement.

Selon M. Cayo, plusieurs centaines de préposés aux bénéficiaires et autres travailleurs dans les CHSLD du Québec sont des personnes en situation irrégulière en attente d’obtenir une résidence permanente.

«Nous sommes fatigués des paroles creuses. Nous voulons envoyer ce message que le Québec est une société plus généreuse que cela et nous disons à nos gouvernements: « cessez vos petits calculs politiques, reconnaissez concrètement ces gens, accordez-leur une résidence permanente »», réclame Dr Cayo qui dit «parler pour ceux qui ne peuvent pas parler».

De l’aveu même de l’organisateur du mouvement, il aurait été possible de demander à tous les immigrants de sortir des CHSLD le temps d’une journée «pour faire sentir le poids de leur présence», mais ce geste d’éclat aurait eu pour effet de «prendre en otage» les aînés qui ont besoin de soins.

«Alors, nous disons à nos gens, continuez de travailler. Nous espérons que le Québec va se lever avec nous», appelle Dr Wilner Cayo.

Le député néo-démocrate de Rosemont—La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice, était présent pour appuyer les manifestants. À son avis, le gouvernement libéral de Justin Trudeau ne pourra pas s’opposer bien longtemps à cette demande et le NPD a bien l’intention de maintenir la pression.

«La moindre des choses, c’est d’être reconnaissant envers le travail de ces gens-là et d’être capable d’accélérer les processus», estime l’élu fédéral qui siège au Comité spécial sur la pandémie de la COVID-19.

«Ils risquent littéralement leur vie dans nos CHSLD pour prendre soin de nos aînés», souligne-t-il.

Déçu de Québec

Alexandre Boulerice ne cache pas qu’il trouve «assez déplorable» la réaction du gouvernement du Québec face à la situation des demandeurs d’asile qui travaillent à combattre la COVID-19.

La semaine dernière, la députée indépendante Catherine Fournier a déposé une motion visant à reconnaître la contribution de «centaines de demandeurs d’asile, majoritairement d’origine haïtienne» travaillant comme préposés aux bénéficiaires. Elle demandait précisément d’interpeller Ottawa pour «régulariser rapidement leur statut, dans un souci de reconnaissance».

La motion a été rejetée par la Coalition avenir Québec. Le premier ministre François Legault a prétendu qu’une telle mesure exceptionnelle pourrait encourager les demandeurs d’asile à franchir la frontière.

Le député fédéral Alexandre Boulerice souhaite détruire «cette espèce de mythe sur l’immigrant illégal qui vient ici pour profiter de notre système».

«Il y a beaucoup de gens qui sont des demandeurs d’asile et qui aujourd’hui se donnent à plein et travaillent dans notre système de santé. S’ils risquent leur vie pour nos personnes âgées, pourquoi on ne leur donnerait pas un statut de résident permanent?», demande-t-il.

Des «anges gardiens» malmenés

En début de semaine, La Presse canadienne rapportait l’histoire de Ze Benedicte Carole, une demandeuse d’asile originaire du Cameroun. La jeune femme arrivée il y a quatre ans comme travailleuse temporaire a contracté la COVID-19 après avoir répondu à l’appel à l’aide de François Legault.

«Mon rêve a toujours été de de me sentir importante dans la société, pour faire ma part», avait confié celle qui a prêté main-forte dans un CHSLD de l’ouest de Montréal.

Après avoir effectué des tâches de nettoyage dans une zone désignée comme «froide», elle a malheureusement été contaminée par des résidents qui se sont avérés porteurs du coronavirus.

Toutefois, comme elle ne détient pas de carte d’assurance maladie, on lui a dit qu’elle ne pourrait pas obtenir de test de dépistage. Une réponse qui l’a blessée.

«C’est quand nous mourons au front que nous sommes appelés des anges gardiens, a-t-elle laissé tomber. Quand nous avons besoin d’être traités comme des êtres humains à part entière, on n’est plus des anges gardiens. On n’est plus personne. On devient invisible.»

L’intervention d’un organisme de défense des droits des migrants aura été nécessaire pour qu’elle puisse subir un test de dépistage et obtenir officiellement un diagnostic positif. Elle dit aujourd’hui se sentir mieux.

C’est pour des centaines de personnes comme Mme Carole que se battent le Dr Wilner Cayo et le mouvement Debout pour la dignité.

«Justin Trudeau a fait circuler un petit vidéoclip pour dire aux Haïtiens « je suis avec vous », mais nous lui disons qu’il faut plus que cela. Il faut plus que de simples paroles», martèle-t-il.

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