Manifestations à Hong Kong: des ressortissants canadiens inquiets

Des ressortissants canadiens établis à Hong Kong se disent profondément préoccupés par l’avenir de l’ancienne colonie britannique, qui a récemment été la théâtre de manifestations hautement médiatisées à travers le monde.

«L’ambiance est tendue en ce moment à Hong Kong et les gens sont émotionnellement excédés», affirme Andrew Work, qui a vécu au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique avant de s’installer à Hong Kong, il y a 23 ans de cela. 

Le calme régnait sur le centre-ville de Hong Kong, vendredi, après plusieurs jours de manifestations contre un projet de loi qui permettrait l’extradition de suspects vers la Chine.

Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues dimanche et les protestataires ont continué de se faire entendre jusqu’à jeudi soir. Ils disent vouloir empêcher le territoire chinois semi-autonome d’éroder les libertés promises à la fin du régime colonial britannique en 1997.

On rapporte que la police a tiré des balles en caoutchouc et des projectiles en sachet sur les manifestants mercredi, faisant 81 blessés.

«Je ne pense pas que qui que ce soit (du Canada) craigne pour sa sécurité en public, à moins de choisir de participer directement aux manifestations», soutient M. Work, qui travaille pour la Chambre de commerce du Canada à Hong Kong.

Les Hongkongais craignent selon lui que la Chine tente de leur imposer son propre système juridique, même si le projet de loi a été élaboré par le gouvernement local.

Hollie Ivany, une enseignante originaire du Cap-Breton qui vit à Hong Kong depuis huit ans, ne craint pas pour sa sécurité, mais pèse ses mots en s’exprimant sur la question.

Selon elle, les Hongkongais qu’elle côtoie semblent avoir du mal à comprendre le sens de la la loi proposée.

«Ça a été tumultueux, stressant et difficile pour eux, souligne-t-elle. En tant qu’étrangère, j’ai des privilèges et je suis (…) quelque peu éloignée de la situation.»

Relation Canada-Chine fragile

Entre-temps, cette affaire risque de fragiliser davantage la relation déjà difficile entre le Canada et la Chine.

Jeudi, l’ambassade de Chine au Canada a dénoncé les propos «irresponsables» et «erronés» du gouvernement canadien sur les manifestations, sans doute en référence à un commentaire de la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, qui avait déclaré que toute législation devrait préserver l’autonomie, l’indépendance judiciaire et la primauté du droit à Hong Kong.

«Le Canada reste préoccupé par l’effet potentiel que ces propositions pourraient avoir sur le grand nombre de citoyens canadiens à Hong Kong, sur la confiance des entreprises et sur la réputation internationale de Hong Kong», a-t-elle signalé.

Selon certaines estimations, plus de 200 000 Canadiens vivraient à Hong Kong.

Un autre Canadien établi à dans la région — qui a demandé l’anonymat — se dit dorénavant réticent à se rendre en Chine continentale.

Le projet de loi sur l’extradition est selon lui devenu un symbole puissant pour ceux qui sont convaincus que la Chine tente d’accélérer son inévitable prise de contrôle de Hong Kong, qui devrait avoir lieu en 2047.

«Les Hongkongais à qui je parle au bureau sont découragés, chagrinés», rapporte le Torontois.

Mais l’homme qui occupe un poste de direction dans le secteur bancaire relève lui aussi que la Chine n’est pas à l’origine du projet de loi controversé.

«Quand la Chine veut quelqu’un à Hong Kong, elle le saisit de la rue, explique-t-il. Ils n’ont pas besoin d’un accord d’extradition pour aller chercher quelqu’un.»