Il y avait un «dysfonctionnement» à la police d’Ottawa, selon un officier de la PPO

OTTAWA — Un surintendant de la Police provinciale de l’Ontario a déclaré jeudi qu’il y avait déjà un «dysfonctionnement» au sein du Service de police d’Ottawa dès l’arrivée du «convoi de la liberté» dans la capitale fédérale. Cela aura pris plus de deux semaines avant que les forces de police d’Ottawa, «en difficulté», n’approuvent un plan détaillé pour faire face au convoi, ont déclaré des officiers de police supérieurs. 

Témoignant devant la Commission sur l’état d’urgence, le surintendant Craig Abrams a raconté que certains policiers d’Ottawa lançaient des blasphèmes lors de réunions interservices, et que l’état-major ne semblait pas avoir de plan précis pour faire face à la situation au centre-ville. 

M. Abrams a raconté qu’après une rencontre avec divers corps policiers le 29 janvier, un inspecteur de la Police provinciale de l’Ontario lui avait dit que des policiers d’Ottawa criaient des grossièretés à l’endroit d’agents de la PPO. On était alors au premier week-end de la manifestation, qui allait durer plus de trois semaines. 

Selon M. Abrams, la police d’Ottawa semblait déjà avoir perdu le contrôle, même à ce stade précoce des événements. 

Un plan pour les fêtes du Canada 

On a appris par ailleurs jeudi aux audiences que le «convoi de la liberté» paralysait déjà la capitale depuis plus de deux semaines lorsque la police d’Ottawa a finalement approuvé un plan détaillé pour y faire face. 

La cheffe adjointe par intérim du Service de police d’Ottawa, Patricia Ferguson, a déclaré à la commission que l’état-major supposait que les manifestants ne resteraient pas au-delà de la première fin de semaine. On a donc misé sur le plan traditionnel qui avait déjà été utilisé pour d’autres événements au centre-ville impliquant de grandes foules, comme à la fête du Canada. 

Mme Ferguson a indiqué jeudi qu’avec le recul, elle aurait donné plus de crédibilité aux alertes précoces de la Police provinciale de l’Ontario et à d’autres renseignements qui suggéraient que le groupe de manifestants prévoyait de rester pendant des semaines dans la capitale fédérale. Elle admet que son service de police était au courant de ces avertissements, mais les a comparés à d’autres renseignements et s’en est finalement tenu à son traditionnel plan en cas d’événements majeurs au centre-ville. 

Mme Ferguson témoignait jeudi devant la commission d’enquête publique qui se penche sur le recours par le gouvernement fédéral à la Loi sur les mesures d’urgence, en février. 

Le seul plan d’urgence à la police d’Ottawa misait essentiellement sur le déploiement de policiers supplémentaires pour la fin de semaine, et il n’était pas prévu que les manifestants s’incrustent dans le secteur. Ce n’est que le dimanche soir, alors que près de 700 camions étaient toujours sur place, que la police a commencé à se rendre compte de son erreur. 

«Nous avions parlé d’un plan de démobilisation jusqu’à ce moment-là, et il est clair que ce n’était pas le plan qui allait être requis», a déclaré Mme Ferguson. Mais proposer un «plan B» s’est avéré très ardu, a expliqué Mme Ferguson, notamment parce que le service n’avait pas d’officiers qui se concentraient uniquement sur la planification. 

À ce stade, «je pense que nous pataugions un peu», a-t-elle reconnu. Par ailleurs, a-t-elle rappelé, le personnel était déjà épuisé après avoir travaillé la semaine précédente et tout au long du week-end. Un personnel qui était déjà au bout du rouleau après deux ans de pandémie, a indiqué Patricia Ferguson. 

«Je dirais que nous étions à genoux et que nous avions couru un marathon au cours des deux dernières années et demie, et que nous avions l’impression qu’ils avaient déplacé la ligne d’arrivée de 100 mètres (…) et qu’ils nous avaient donné 200 livres à porter pour arriver à la fin», a-t-elle dit. Selon elle, les défis reliés au personnel a été leur «talon d’Achile numéro un» dans ce dossier.  

Deux semaines plus tard 

Le juge Paul Rouleau, qui préside la Commission sur l’état d’urgence, a demandé à Mme Ferguson si on avait songé un temps à permettre à la manifestation de se poursuivre légalement. «Je ne sais pas si ces conversations avaient lieu», a-t-elle répondu. 

Le 2 février, la police provinciale a demandé pourquoi la police d’Ottawa demandait plus d’agents sans préciser ce qu’elle voulait que ces policiers fassent.

Mme Ferguson a déclaré qu’entretemps, une certaine anarchie régnait autour du centre-ville d’Ottawa; la police était tellement débordée qu’elle n’était plus en mesure d’enquêter sur chaque incident grave qui lui était signalé. 

Le chef de la police d’Ottawa de l’époque, Peter Sloly, avait commencé à diriger les opérations en dehors de la chaîne de commandement, a rapporté Mme Ferguson. Il a demandé un plan axé sur l’ordre public, qui serait généralement élaboré parallèlement à des stratégies visant à gérer la circulation et d’autres éléments, a-t-elle dit. Ce plan d’ordre public n’a jamais vu le jour. 

Craig Abrams a déclaré qu’il était difficile de prévoir l’aide dont le Service de police d’Ottawa avait besoin. «Nous ne pouvions pas lire dans leurs pensées quel était leur plan, car il n’y avait pas de plan», a-t-il fait valoir. 

Le 4 février, M. Abrams a officiellement soulevé cette question avec le chef adjoint de l’époque, Steve Bell, lui disant que le service était «désorganisé et mal coordonné». Deux jours plus tard, M. Abrams faisait partie d’un appel où le chef Sloly a dit à son personnel qu’il demanderait le double du nombre d’officiers dont ils avaient besoin. 

Lorsque M. Sloly a fait une demande de 1800 officiers le lendemain, M. Abrams a déclaré qu’il «l’avait considérée avec suspicion». Un véritable plan n’a été défini sur papier que le 9 février, plus d’une semaine après l’arrivée des premiers manifestants, a soutenu Mme Ferguson. Elle a déclaré à la Commission sur l’état d’urgence qu’elle s’était disputée avec le chef au sujet de la nature agressive de ce qui avait été proposé et a plaidé pour la négociation avec les manifestants. 

Le chef Sloly a affirmé lors d’une réunion qu’il «écraserait» quiconque saperait ce plan, selon les notes prises par Mme Ferguson, qui a déclaré à la commission qu’elle était «consternée» par le commentaire. 

Finalement, un plan formel et approuvé par l’état-major ne s’est concrétisé que le 13 février, alors que les manifestants occupaient les rues de la capitale depuis deux semaines. Mme Ferguson a indiqué jeudi que l’invocation de la Loi sur les mesures d’urgence, le 14 février, «a graissé les rouages» de ce plan. La police a finalement commencé à déloger les manifestants le 18 février, avec l’aide de plus de 2000 agents supplémentaires de différents corps policiers. 

On ignore le renseignement 

Une évaluation cinglante de la réponse de la police jusque-là a été préparée par la «cellule de planification intégrée», une équipe d’agences partenaires, y compris la Gendarmerie royale du Canada (GRC), la Police provinciale de l’Ontario et des experts en la matière d’autres corps policiers. Ce rapport décrit la réponse du 10 février comme réactive, tactique, agressive et risquée, mais pas «dictée par le renseignement». 

La cellule a également suggéré que le Service de police d’Ottawa se concentrait sur l’entretien, et non sur la résolution de la manifestation — ce qui, selon Mme Ferguson, était vrai, en raison du nombre de policiers disponibles. 

Dans le compte-rendu d’une entrevue avec la commission, déposé en preuve lors de son témoignage, Mme Ferguson souligne que le chef Sloly «se méfiait peut-être» de la cellule de planification parce qu’il connaissait certains des membres qui avait déjà été avec lui à la police de Toronto, y compris son ancien chef, Bill Blair, devenu depuis ministre fédéral de la Protection civile. 

Le plan de 73 pages qui a finalement été approuvé le 13 février n’était toujours pas complet. La version soumise à l’enquête comme preuve montre que la stratégie de communication interne et externe était toujours en cours d’élaboration et que des plans d’urgence n’avaient pas encore été obtenus auprès d’unités spécialisées, dont une ayant été conçue pour faire face aux explosifs.

Le plan reconnaissait que «les arrestations massives peuvent être la seule issue possible», mais cherchait d’autres moyens de procéder à des arrestations, notamment en les effectuant «hors site et discrètement» ou par le biais d’une sommation. 

Pas de preuves d’extrémisme 

Dans un témoignage antérieur, le commandant du bureau provincial du renseignement opérationnel de la Police provinciale, Pat Morris, a déclaré à la commission qu’il n’avait pas vu de preuves directes de la menace de violence extrémiste parmi les manifestants. 

Il a déclaré que l’absence de crimes violents était «surprenante» et que de nombreux rapports politiques et médiatiques suggérant que la manifestation avait été influencée par la Russie ou les Américains, et qualifiant les manifestants d’extrémistes, étaient «problématiques». 

Au cours du contre-interrogatoire, M. Morris a admis à un avocat représentant les organisateurs du «convoi de la liberté» que la Police provinciale n’avait aucune information crédible sur l’espionnage, le sabotage ou les menaces de violence physique ou de dommages aux biens qui pourraient être commis par des individus ayant des motivations politiques, religieuses ou idéologiques. 

Cependant, son témoignage a été contredit par des rapports de son service et d’autres, y compris des notes d’une réunion du 24 janvier entre des agences de renseignement, qui indiquaient qu’il était clair que la manifestation «obtenait beaucoup de soutien» et recueillait des millions de dollars, avec plus de groupes impliqués, y compris «des agriculteurs et des extrémistes de droite appelant à des perturbations majeures».

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