Manifestations: le SPVM reconnaît ne pouvoir prévenir la casse avant le fait

MONTRÉAL — Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) espère que le fait de tenir une manifestation de jour, dimanche, permettra de minimiser les débordements car il admet ne pas être en mesure de prévenir la casse avant qu’elle ne survienne.

Sylvain Caron avait convoqué les médias vendredi matin pour annoncer qu’il devance au 8 juillet prochain la présentation de la politique du SPVM sur les interpellations en raison du contexte actuel.

Le directeur a fait valoir qu’il est très difficile d’agir en amont.

«On ne peut pas empêcher personne de manifester. Malheureusement, on dénote qu’il y a des gens qui profitent de ces rassemblements-là pour s’inviter et on ne peut pas les empêcher de s’inviter: ils n’ont rien fait au moment où ils se présentent.

«Le fait que ça se déroule en plein jour, je crois que ça va minimiser les possibilités de débordements», a-t-il ajouté.

Genou par terre

Sylvain Caron invite les organisateurs à venir le rencontrer avant la manifestation pour discuter des questions de sécurité. Quant à la possibilité que ses policiers ou lui-même mettent le genou par terre, comme l’ont fait d’autres policiers pour signifier leur opposition à la violence policière contre les Noirs et autres minorités, il ne l’a pas écartée, interpellant à son tour les manifestants.

«Ça appartient à chacun des policiers. Chacun des policiers a la possibilité de faire ce qu’il souhaite bien faire et si on me demande de faire un geste quelconque, je le ferai au moment opportun avec les gens concernés si les gens veulent bien m’inviter. On verra.»

La pose d’un genou par terre par des policiers a été faite par plusieurs policiers aux États-Unis durant les manifestations qui continuent de secouer le pays depuis la mort de George Floyd, tué à Minneapolis par un policier qui s’est agenouillé sur sa gorge durant plus de huit minutes, le suffoquant à mort. Ce policier fait maintenant face à des accusations de meurtre au deuxième degré et trois collègues qui avaient assisté à la scène sans intervenir font aussi face à des accusations criminelles de complicité.

Comprendre et combattre le «biais systémique»

La nouvelle politique d’interpellation fait suite au dépôt, en octobre dernier, d’une étude réalisée pour le SPVM qui démontre un «biais systémique», les personnes d’origine arabe et noire ayant de quatre à cinq fois plus de chances d’être interpellées que les personnes blanches, une disproportion qui augmente à 11 fois plus de chances chez les femmes autochtones.

Un deuxième mandat sera aussi confié aux chercheurs, cette fois dans le but de «comprendre les disparités qu’il y a dans ce rapport-là, comprendre le contexte, aller plus loin pour vraiment opérer un changement important pour que nos gens s’inscrivent dans ce respect des populations».

«On veut que le travail des policiers soit exempt de discrimination et de racisme à Montréal. (…) On veut que les interpellations ici à Montréal soient effectuées sur un fondement», a martelé le directeur du SPVM.

«Y a-t-il eu des incidents de profilage et des incidents de racisme? Probablement que oui. On n’en veut pas», a-t-il ajouté.

Le directeur Caron a toutefois précisé que la politique n’entrera pas en vigueur avant «quelques mois», le temps de donner une formation en telle matière au corps policier.

Quant à l’éventualité d’équiper les policiers de caméras corporelles, Sylvain Caron dit ne pas y être opposé, mais il avertit que même si elles peuvent être utiles, elles ne peuvent solutionner tous les problèmes.

Québec: un comité sur le profilage «inactif» depuis 2005

Plus tôt dans la journée, le co-porte-parole de Québec solidaire (QS), Gabriel Nadeau-Dubois, avait dénoncé l’«échec monumental» du gouvernement du Québec à lutter contre le profilage racial.

Il a brandi en point de presse un recueil de procès-verbaux, obtenu grâce à la Loi sur l’accès à l’information, qui démontre qu’un comité créé en 2005 pour examiner l’enjeu du profilage est demeuré quasi-inactif.

Le Comité sectoriel issu du milieu policier sur le profilage racial est un comité «bidon», a tranché M. Nadeau-Dubois, puisqu’il ne s’est réuni qu’une seule fois entre 2016 et 2019 et n’a jamais produit le guide de bonnes pratiques qu’il s’était pourtant engagé à produire en 2010.

«Combien d’exemples de profilage racial est-ce qu’on a échappés parce qu’on se tournait les pouces? a-t-il demandé. Tout ça démontre que le profilage racial, ça fait longtemps que ce n’est pas une priorité ni au ministère (…) ni au sein des corps policiers.»

Confrontée à ces informations, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a courbé l’échine.

«Le député a raison de souligner que le comité (…) existe depuis 2005 et qu’il n’a, à toutes fins pratiques, livré aucune directive, aucune politique, aucune pratique, rien de concret pour encadrer nos organisations», a-t-elle reconnu, tout en prenant soin d’imputer «l’inertie» aux gouvernements libéraux précédents.

La ministre Guilbault assure avoir «dépoussiéré» le comité à son arrivée en poste en y nommant des représentants de la société civile. Elle soutient que l’équipe se réunit aujourd’hui «sur une base régulière» et que l’enjeu du profilage racial sera abordé lors d’une conférence le 16 juin avec tous les gestionnaires des corps policiers.

Trudeau: «progrès insuffisants» 

Du côté fédéral, le député montréalais et ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, a raconté avoir fait des patrouilles de nuit avec le SPVM au cours desquelles il a constaté que «la réaction (…) de la police de Montréal était bien moins que parfaite» lorsqu’elle intervenait auprès d’Autochtones, notamment.

De manière plus générale, il a fait valoir aux journalistes qui l’interrogeaient qu’avec le SPVM, «il y a eu des incidents. Vous les avez vus et vous avez fait des reportages vous-mêmes là-dessus au cours des dernières semaines en ce qui a trait au comportement de certains policiers.»

Tout en insistant sur le fait qu’il ne condamne «pas du tout» l’ensemble du corps policier, il a fait valoir que, là comme ailleurs, «il y a des bonnes personnes, il y a des mauvaises personnes».

«Dans n’importe quel État de droit, de démocratie pluraliste, on a le devoir de réaliser qu’on fait des erreurs, que les corps de police font des erreurs. (…) Est-ce que c’est de la discrimination? Parfois oui.»

De son côté, le premier ministre Justin Trudeau, interrogé sur la présence de profilage et de racisme systémique au sein des corps policiers canadiens en général, a avancé que «des progrès graduels» avaient été réalisés, mais qu’ils «sont insuffisants».

«Quand on parle d’un problème systémique, oui il y a des éléments individuels là-dedans, mais c’est aussi un système qu’il faut adresser. (…) Il faut aussi prendre un peu de recul pour regarder notre système en entier pour s’engager à réparer, à transformer nos systèmes pour mieux respecter les Canadiens racialisés ou autochtones», a-t-il déclaré lors de son point de presse quotidien.

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De fait, ça va prendre un tantinet plus que simple « dépoussiérage »…

George a été assassiné en quelques minutes. Aujourd’hui lit-on une autre histoire, dans les quotidiens de la Coopérative nationale de l’information indépendante, où une Danalove s’est vue enjointe rudement (euphémisme) de ‘décâlisser à Montréal’ au pc. Constate-t-on également qu’en raison de la couleur de sa peau, quasi toute son enfance et adolescence durant, aura-t-elle été assidûment rejetée. Au point de songer au suicide.

OK, au moins, rétorquera-t-on, elle, est-elle encore vivante! Qu’en sait-on? Qu’est-ce qui assure qu’elle n’est pas ‘morte’, intérieurement?

Être bafouée, narguée, raillée, repoussée, rabaissée, dénigrée, tassée, ignorée, évitée, fuie sans relâche ou presque; ça use.

Ce qu’il sied de se demander, c’est d’où peut bien venir, de quoi peut bien dépendre une telle fureur en la hargne exprimée vis-à-vis de personnes noires?

LA Question en ce moment semble être: les Québécois.es sont-ils/elles racistes, se décomposant en: le cas échéant, y a-t-il racisme systémique au Québec?

Le concept systémique s’avérant explosif, lorsqu’apposé à racisme québécois; inutile, alors, de ne serait-ce qu’essayer de poursuivre en cette voie. Par bonheur, il y aurait un ‘truc’ pour se tirer de là.

Hier, oui, la vice-première ministre a énoncé solennellement qu’« il faut enrayer […] le profilage racial et social au sein de nos organisations policières au Québec. »

Puis, y a-t-il aussi un sociologue qui, tout en n’infirmant pas la thèse de racisme systémique, ne s’en dit pas moins d’accord avec le premier ministre: « Les Québécois ne sont PAS racistes. » (Pas en nombre en tout cas). Ce serait le système qui engendrerait la discrimination. Et ce serait structurel.

Comme on peut voir, c’est merveilleux, cela, comme trouvaille, comme renversement, comme révolution en l’approche, apprivoisée, de la chose. Le prof Armony se trouverait à parvenir ainsi, en empruntant semblable itinéraire, à l’exacte même conclusion que celle à laquelle était arrivé le pdg du CIUSSS-Estrie-CHUS, relativement au cas de la petite martyre de Granby? Absolument personne ne peut être tenu personnellement responsable ou imputable de cette tragédie. Ce serait, plutôt, un système complet qui aurait failli.

Il en serait de même, donc, eu égard au racisme chez nous. Au lieu de s’ostiner, aussi stérilement qu’interminablement, sur son caractère systémique ou pas; reconnaissons plutôt que se trouvent une histoire, des habitudes (ainsi qu’un manque d’habitude justement souvent), auxquelles se greffent des attitudes, des institutions, des pratiques, des structures, un ensemble, quoi, faisant système; et que c’est à partir de (tout) ça qu’émanent des comportements, pensées ou propos racistes. Individuellement, quantitativement, peu nombreux. Qualitativement, collectivement…

Bien, c’est que s’il n’y a pas perfection, s’il y a à redire à cet égard, c’est parce qu’il y a quelque chose mal fait, ‘pas correct’ ou ‘de trop’ – fait; ou qu’il y a quelque chose non fait qui devrait l’être.

Constatons.

À l’instar, encore, de quelque chose, quelqu’un de l’Estrie.

En Commission Laurent, le directeur du service de police de Sherbrooke a appelé instamment au ddd (devoir de dénoncer), citoyen, (de) toute situation aperçue présageant ou témoignant de danger, négligence ou maltraitance d’enfant.

De même:

S’il y a du racisme agi, c’est soit parce que soi-même le manifeste-t-on…, ou le laisse-t-on manifester par d’autres sans intervenir, ou encore le laisse-t-on proliférer et se perpétuer en ne le dénonçant point. Point!

Il n’y a aucun autre « secret », eu égard à l’existence, croissance ou persistance de la chose.

Si ce n’est…
Que ce pourquoi on agit ainsi ou s’abstient d’agir comme il faudrait, ce pourrait être, bien plus que par malignité, par peur. Peur de — (risquer de) — perdre un statut, des privilèges, un ‘nom’…, en s’avançant, en ‘risquant’, en se commettant, en s’impliquant. Or…

Le premier ministre l’a bien dit, à son arrivée au pouvoir, la pire affaire, de toutes, c’est la peur. Et la meilleure étant l’audace, selon ce même PM, osons, donc. Osons intervenir en faveur de discriminé.e.s, osons dénoncer des discriminant.e.s. Ainsi pourra-t-on éprouver toute la fierté-d’être-Québécois.e. Troisième, ultime, ‘vertu théologale’ prônée par le premier ministre.