Marc Garneau demande à l’Iran de s’expliquer devant l’OACI sur les boîtes noires

OTTAWA — Le Canada souhaite que Téhéran explique à l’OACI pourquoi il n’a toujours pas remis les boîtes noires de l’avion de ligne ukrainien abattu par l’armée iranienne le 8 janvier dernier.

Le ministre canadien des Transports, Marc Garneau, a prononcé un bref discours devant le conseil de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), mercredi matin. Il a rappelé que l’Iran avait annoncé il y a maintenant 92 jours à l’agence des Nations unies qu’il remettrait les enregistreurs de données de vol et des conversations dans la cabine de pilotage — ce qui n’a toujours pas été fait.

Le ministre Garneau a invité le conseil de l’OACI, mercredi, à demander une mise à jour de Téhéran sur ses plans de transfert des boîtes noires. «Bien que nous reconnaissions l’impact de la pandémie mondiale, le Canada s’attend à ce que l’Iran respecte pleinement son engagement et les normes de l’OACI énoncées à l’annexe 13» de la Convention relative à l’aviation civile internationale, a soutenu le ministre Garneau.

Téhéran a d’abord nié toute responsabilité dans l’écrasement du vol PS 752 d’Ukraine International, qui a tué les 176 passagers et membres d’équipage. Parmi les victimes, on compte 55 Canadiens et 30 résidents permanents, tandis que 138 des passagers au total voyageaient vers le Canada via Kiev — plusieurs retournaient à l’école ou au travail après les vacances des Fêtes.

Après plusieurs jours, l’Iran a finalement admis que ses militaires avaient confondu l’avion avec un objet hostile, au milieu de graves tensions militaires avec les États-Unis. Le 11 mars dernier, lors d’une précédente réunion du conseil de l’OACI, le représentant de l’Iran, Farhad Parvaresh, avait promis que Téhéran rendrait les boîtes noires dans un délai de deux semaines.

À l’origine, les appareils devaient être remis à l’Ukraine; si Kiev ne pouvait pas en faire l’analyse, les enregistreurs devaient être envoyés en France, qui possède l’équipement nécessaire pour en extraire les données. Des responsables canadiens devaient être présents lors de l’analyse des données.

Les appareils sont endommagés et la technologie pour télécharger et analyser les données qu’ils contiennent n’est pas disponible en Iran. Or, pendant plus de deux mois, Téhéran a insisté pour que la France envoie la technologie à l’Iran, mais Paris a déclaré que ce n’était pas possible.

Un ciel plus sûr

Le conseil de l’OACI discute par ailleurs de la proposition canadienne d’une stratégie pour un ciel plus sûr, afin de mieux gérer le fonctionnement des aéronefs civils dans les zones de conflit militaire. Le premier ministre Justin Trudeau avait d’abord discuté de cette initiative lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, en février dernier.

Le travail pour la stratégie avait commencé après l’écrasement en juillet 2014 du vol 17 de la Malaysia Airlines, abattu par un missile sol-air tiré depuis un territoire contrôlé par les séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine; 298 personnes avaient été tuées, pour la plupart des ressortissants néerlandais.

M. Trudeau avait déclaré en février que les recommandations du rapport sur cet accident pour mieux protéger les avions civils volant dans les zones de conflit devaient être mises en oeuvre. La stratégie actuellement examinée par l’OACI fait partie de ce processus.

L’OACI a élaboré un document de travail pour faire avancer cette stratégie, mais la porte-parole de M. Garneau a déclaré mercredi que les détails du plan n’étaient pas encore accessibles au public.