François Legault a bon espoir de sauvegarder la «bourse du carbone»

MONTRÉAL — Le premier ministre François Legault a bon espoir de sauvegarder la «bourse du carbone», alors que l’administration Trump conteste devant les tribunaux l’adhésion de la Californie à ce système de plafonnement et d’échange de droits d’émissions, mis sur pied il y a cinq ans avec le Québec.

Interrogé mercredi à l’entrée de la période de questions à Québec, M. Legault n’a pas voulu se prononcer directement sur la contestation aux États-Unis. Il a toutefois réitéré son appui au marché du carbone, «un système intelligent» qu’il préfère à une «taxe carbone».

Le Québec a mis sur pied en 2013 un système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre, une mesure visant à pousser les entreprises et les citoyens à modifier leurs comportements afin de réduire leurs émissions. L’année suivante, en 2014, le Québec a lié son système à celui de la Californie, dans le cadre de la «Western Climate Initiative».

Or, le procureur général des États-Unis, Jeffrey Bossert Clark, fait valoir maintenant que la Californie «s’est écartée de sa voie constitutionnelle» lorsqu’elle a signé cet accord avec le Québec. Le gouverneur de la Californie, Gavin Newsom, notamment visé par la poursuite civile, estime que la Maison-Blanche se livre à une «vendetta politique».

Cette poursuite du département de la Justice représente le plus récent chapitre de l’affrontement entre la Californie et l’administration du président Donald Trump, qui veut aussi empêcher cet État de fixer ses propres normes en matière d’émissions polluantes des véhicules — des normes plus strictes que celles établies par le gouvernement fédéral américain. Le président Trump a plusieurs fois affirmé que la science du changement climatique était un canular; il a annoncé dès son arrivée au pouvoir le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat.

Interrogé sur le sort qui attendrait ce marché du carbone si jamais la Californie devait s’en retirer, le premier ministre Legault s’est fait rassurant, mercredi. «Je pense qu’on peut continuer seuls, mais on préférerait que la Californie reste dans la bourse du carbone et même d’autres États (…) Je sais qu’actuellement (…) il y a d’autres États américains qui pensent se joindre à la bourse du carbone», a-t-il soutenu.

À Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau a indiqué mercredi que son gouvernement allait suivre ce dossier de près, mais il a aussi admis qu’il ne connaissait pas les détails de la contestation judiciaire aux États-Unis et les impacts qu’elle aurait sur le Québec. «Le Québec a démontré depuis longtemps un leadership dans la lutte contre les changements climatiques au Canada, comme la Colombie-Britannique», a-t-il rappelé lors de la première conférence de presse donnée depuis sa réélection lundi.

Convaincre d’autres provinces

François Legault croit par ailleurs que d’autres provinces canadiennes pourraient se joindre au marché du carbone — même si le premier ministre Doug Ford a retiré l’Ontario de ce régime au lendemain de son élection l’an dernier.

«J’en ai parlé avec Doug Ford, j’en ai parlé avec les autres premiers ministres au mois de juillet. Je continue de penser que la bourse du carbone, c’est plus intelligent et c’est plus efficace qu’une taxe sur le carbone (…) J’invite les autres provinces à considérer la bourse du carbone.»

La taxe fédérale sur le carbone a été imposée plus tôt cette année aux provinces qui n’avaient pas mis en place un régime de tarification des émissions de carbone à la satisfaction d’Ottawa. Cinq provinces qui se sont fait imposer cette taxe par le fédéral ont contesté devant les tribunaux la validité de cette mesure ou ont annoncé leur intention de le faire, dont l’Ontario et le Nouveau-Brunswick.

Le premier ministre progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, a admis mardi que les électeurs de la province avaient envoyé un message sur la taxe carbone lors du scrutin de lundi. M. Higgs, qui s’est toujours opposé à cette taxe fédérale dans le passé, estime aujourd’hui que la province pourrait bien devoir mettre en place un mécanisme de tarification de ses émissions.

Son homologue de l’Ontario, Doug Ford, l’un des plus virulents opposants à la taxe fédérale sur le carbone, avait décrété en août une trêve électorale de contestation judiciaire, afin de voir si, au lendemain du scrutin, il serait toujours utile de poursuivre ce combat. Après la réélection de M. Trudeau lundi, le cabinet de M. Ford a adopté un ton plus conciliant. «Au fur et à mesure que nous évaluons les résultats des élections fédérales, et comme l’a dit le premier ministre (Ford), nous continuerons de discuter des efforts de notre gouvernement pour lutter contre la taxe fédérale sur le carbone», a indiqué mardi sa porte-parole, Ivana Yelich.

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