Le dénouement de la crise au Bloc québécois vu de l’intérieur

OTTAWA — C’est le député Mario Beaulieu qui a réussi à calmer le jeu lors de la réunion du caucus du Bloc québécois convoquée d’urgence pour régler la crise qui secouait le parti depuis deux jours, selon ce qu’a appris La Presse canadienne.

La longue réunion a débuté jeudi matin sur un ton houleux. On pouvait entendre certains députés lever le ton derrière les portes closes.

Les échanges ont été musclés, sévères et parfois même émotifs, ont révélé plusieurs sources sous le couvert de l’anonymat.

Rien n’allait plus lorsque les députés sont sortis pour la pause du dîner, mais à leur retour, la chef Martine Ouellet avait complètement changé de ton.

Elle aurait alors fait preuve du leadership que les députés attendaient d’elle en offrant ses excuses à Rhéal Fortin et aurait accepté de faire des concessions.

Son nouveau chef de cabinet, Mathias Boulianne, fait l’unanimité au sein du caucus.

Martine Ouellet a également accepté de régler les irritants lors d’un lac-à-l’épaule qui se déroulera cet été.

La répartition des dossiers entre le chef et les porte-parole parlementaires, la mise en commun des ressources financières de même que la répartition des tâches parlementaires et partisanes comptent parmi les irritants soulevés par les députés dissidents au cours des derniers mois.

Les dix députés du Bloc québécois étaient tous rassemblés derrière leur chef à l’issue de cette réunion qui a duré plusieurs heures.

«Cette journée d’aujourd’hui nous a renforcés dans notre volonté de travailler ensemble et de faire avancer le Bloc québécois et l’indépendance du Québec», a déclaré Martine Ouellet. 

Elle a également offert ses excuses publiquement au député Rhéal Fortin pour les agissements de son chef de cabinet, Louis-Philippe Dubois. Celui-ci a été démis de ses fonctions mercredi après avoir tenté de couler des informations dans un média pour salir la réputation du député.

«J’ai agi extrêmement rapidement et donc si ça a pu causer du tort, je m’excuse à Rhéal et j’ai toute ma confiance en lui», a-t-elle affirmé en soulignant le travail du député qui a agi à titre de chef intérimaire du Bloc québécois durant 18 mois.

Rhéal Fortin a accepté ces excuses.

«J’accepte les excuses de Martine avec humilité et enthousiasme, a déclaré le député. C’est ma chef, Martine Ouellet. Je veux travailler avec elle. Je pense qu’on va continuer sur notre lancée et le Bloc sera d’autant plus efficace dans les mois qui viennent.»

Le lien de confiance semble donc avoir été rétabli au sein du caucus bloquiste au lendemain de la sortie en règle de sept députés.

«Martine, c’est notre chef, elle a notre pleine confiance et vous allez voir, on va en déplacer des montagnes ensemble», a affirmé le leader parlementaire, Gabriel Ste-Marie, qui avait eu des propos durs à l’endroit de Mme Ouellet la veille.

Ce front uni contrastait avec les propos tenus par le président du caucus, Louis Plamondon, qui environ une heure auparavant indiquait que le caucus bloquiste était toujours dans l’impasse.

«Le lien de confiance a été rétabli, a-t-il réitéré après la réunion. On a eu des discussions franches et cordiales.»

Des conditions

Une source avait révélé à La Presse canadienne que le groupe des sept députés dissidents voulait imposer trois conditions à Martine Ouellet pour une sortie de crise.

Le groupe lui demandait de changer de ton, que Xavier Barsalou-Duval ne soit plus son chef parlementaire et que la nomination de son nouveau chef de cabinet fasse l’unanimité au sein du caucus.

Manifestement, Martine Ouellet a rempli deux des trois conditions puisque Xavier Barsalou-Duval a confirmé qu’il demeurait chef parlementaire.

«Un choix à faire»

La chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, avait dit avant la réunion du caucus que certains députés du Bloc québécois auraient un choix à faire, soit celui de respecter la démocratie.   

«C’est le temps que la récréation finisse, avait-elle dit. Les enfantillages et le sabotage qui durent depuis pas mal trop longtemps, ça suffit et je pense que certains députés vont avoir un choix à faire.»

«La démocratie au parti s’est exprimée. Ils vont avoir le choix de respecter la démocratie du Bloc québécois», avait-elle continué sans préciser ce qui attendrait ceux qui ne rentreraient pas dans le rang. 

Les députés étaient divisés en deux factions: d’un côté, sept députés qui affirmaient ne plus avoir confiance en leur chef et, de l’autre, trois députés toujours fidèles à Martine Ouellet.

Les sept députés sont Gabriel Ste-Marie, Michel Boudrias, Monique Pauzé, Simon Marcil – qui avaient tous appuyé Martine Ouellet lors de la course à la direction – Rhéal Fortin, Louis Plamondon et Luc Thériault.

La tension ne cessait de monter au sein du caucus depuis leur sortie médiatique mercredi pour exiger des explications de Mme Ouellet sur les raisons qui auraient poussé son chef de cabinet, Louis-Philippe Dubois, à laisser filtrer des informations dans les médias pour salir la réputation du député Rhéal Fortin.

M. Dubois, qui a été démis de ses fonctions après que le HuffPost Québec eut révélé ce stratagème, a justifié son geste dans une lettre ouverte diffusée jeudi.

Il a écrit que des informations sur M. Fortin pouvaient sortir dans les médias à tout moment et qu’il s’agissait donc d’une épée de Damoclès pour le parti. Il a accusé également les sept députés de faire preuve d’hostilité envers Mme Ouellet depuis son arrivée et décrit un climat de travail «toxique et intenable».

«Le groupe des 7 s’est constitué au jour 1 du mandat de Martine Ouellet comme chef du Bloc québécois. Leur objectif ? Contraindre la chef dans ses choix d’officiers, lui imposer leur droit de regard sur la nomination de son chef de cabinet et contrôler toutes les embauches, en plus de la supervision du personnel de l’aile parlementaire», a-t-il exposé.

Cette lettre semblait avoir envenimé la situation. «Elle doit nous fournir des explications, des manoeuvres inacceptables d’un chef de cabinet qui récidive, qui lance des faits alternatifs ce matin», a affirmé le député Luc Thériault visiblement en colère avant son entrée à la réunion du caucus.

Le chef parlementaire Xavier Barsalou-Duval de même que les députés Mario Beaulieu et Marilène Gill continuaient de soutenir Martine Ouellet.

Outre les dix députés et la chef bloquistes, la vice-présidente du parti Kédina Fleury-Samson a aussi assisté à la réunion.

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