Masques: le pire cauchemar des sourds et malentendants qui lisent sur les lèvres

MONTRÉAL — Les sourds et les malentendants qui lisent sur les lèvres en appellent à l’ouverture d’esprit des commerçants et des citoyens relativement au port du masque.

Leur vie est encore plus compliquée depuis que les autorités de santé publique «recommandent fortement» le port d’un couvre-visage dans les lieux publics particulièrement lorsqu’une distance de deux mètres entre les personnes ne peut être respectée afin de lutter contre la propagation de la COVID-19.

En fait, il s’agit ni plus ni moins du pire cauchemar des sourds et des malentendants, selon Jeanne Choquette, la présidente et directrice générale d’Audition Québec. On peut facilement comprendre pourquoi.

«La première fois que le premier ministre Legault est arrivé avec un masque, j’ai crié dans mon salon, j’ai hurlé « Oh non »», a-t-elle raconté en entrevue avec La Presse canadienne.

Les personnes souffrant de problèmes d’audition, soit un Canadien sur six, sont très nombreuses à savoir lire sur les lèvres, a affirmé Mme Choquette.

«Ça compense notre perte auditive. Quand on s’adresse à quelqu’un qui porte un masque et qu’on ne voit pas du tout les lèvres, pour l’avoir expérimenté moi-même dans les derniers jours, c’est paniquant parce qu’on ne comprend pas.»

Solutions

Sans toutefois le demander explicitement, les sourds et les malentendants espèrent «secrètement» que lorsqu’ils montrent un autocollant signalant qu’ils lisent sur les lèvres leur interlocuteur retire son masque tout en respectant la distanciation physique, a reconnu Mme Choquette.

«Spontanément, certains vont le faire. Ce n’est pas la fin du monde et ça nous aide beaucoup», a-t-elle noté au cours de l’entrevue téléphonique réalisée grâce à un appareil lié par une technologie sans-fil à un dispositif porté au cou et qui transmet le son de l’appel directement dans les implants cochléaires.

La population porte de plus en plus ces masques qui sont généralement opaques, constate Audition Québec, si bien que le regroupement vient de lancer une campagne de sensibilisation en ligne à l’attention des commerçants afin de leur suggérer des solutions pour mieux communiquer.

Les membres de l’organisme espèrent aussi que les commerçants favorisent des solutions de rechange au port d’un masque opaque. Lorsque le caissier est derrière un plexiglas sans porter de masque, «c’est l’idéal», tout comme les visières transparentes, juge Mme Choquette.

Mais les sourds et malentendants ont surtout «très, très hâte» que les masques avec une fenêtre transparente au niveau de la bouche soient davantage populaires.

Et dans tous les cas, Audition Québec recommande que l’interlocuteur parle avec un débit normal, plus fort sans toutefois crier, en prononçant clairement chaque syllabe, avec des phrases courtes chacune séparée d’une vraie pause, en faisant des gestes et le tout sans être dos à une fenêtre.

Une seule personne peut parler à la fois et les bruits de fond devraient être réduits au moins durant cette interaction. Si la personne ne comprend pas, l’interlocuteur ne devrait pas hésiter à écrire le message ou à le dessiner.

Remarquant être de plus en plus nombreux à se faire «crier après», un geste qu’ils jugent «humiliant», les sourds et les malentendants disent souhaiter «de l’empathie et du respect».

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