Maternelles 4 ans: les libéraux dénoncent l’absence de plan gouvernemental

QUÉBEC — Le gouvernement Legault fonce vers un mur, sans boussole, en s’apprêtant à créer un vaste réseau de maternelles 4 ans inutile et coûteux, aux contours mal définis, selon l’opposition libérale.

La critique libérale en matière d’éducation, la députée Marwah Rizqy, a profité de l’étude des crédits budgétaires alloués au ministère de l’Éducation en 2019-2020, mardi, pour dénoncer l’absence de plan structuré de déploiement des maternelles 4 ans, pourtant une des priorités du gouvernement Legault.

«On fonce dans un mur, le mur-à-mur des maternelles 4 ans, à cause d’une obsession du premier ministre», a observé Mme Rizqy, en point de presse.

Premier point d’accrochage: la demande. Il n’y a pas de demande de la part des parents pour ce type de services, estime la députée.

La pénurie d’enseignants constitue un autre frein à l’expansion de réseau, a fait valoir la députée de Saint-Laurent, convaincue que le dépistage des troubles d’apprentissage — la raison d’être du projet — devait se faire bien avant l’âge de 4 ans.

Ensuite, a-t-elle ajouté, le coût de réalisation de ce projet, qui s’annonce exorbitant, représente une mauvaise utilisation des fonds publics.

«On parle de 2 milliards $ pour déployer les maternelles 4 ans. Pourquoi qu’on prend pas ce 2 milliards $ pour venir renforcer nos acquis, que ce soit les CPE (Centres de la petite enfance), les autres services de garde, et aussi les maternelles 4 ans en milieu défavorisé», a ajouté Mme Rizqy, avouant arrondir les angles, et disant craindre que chaque nouvelle classe coûte au bas mot jusqu’à 1 million $.

En campagne électorale, le gouvernement caquiste, alors dans l’opposition, avait calculé que la dépense serait bien plus modeste, chaque classe coûtant en moyenne 128 800 $.

On disait alors que le déploiement coûterait à terme 249 millions $ annuellement, puis 400 millions $ une fois au pouvoir, voire 700 millions $ par année.

L’opposition libérale prône le développement du réseau existant de maternelles 4 ans en milieu défavorisé uniquement, comme c’est le cas présentement.

Le plan du gouvernement consiste plutôt à offrir, sur une base volontaire, la maternelle 4 ans sur tout le territoire, sur une base universelle, d’ici cinq ans, soit 5000 classes au total, dont 250 disponibles dès la rentrée de septembre.

D’ici là, Québec doit trouver des locaux, des enseignants et suffisamment d’enfants.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a tenté de se faire rassurant. Il a nié que les parents n’étaient pas intéressés, et a noté que la période d’inscription battait son plein et qu’elle se poursuivrait au cours des prochains mois.

«Les classes seront ouvertes, les parents en demandent», selon le ministre, qui n’a cependant fourni aucun chiffre sur le nombre d’inscriptions à ce jour.

Chose certaine, M. Roberge se dit bien conscient qu’il ne faut pas s’attendre à voir «100 pour cent» des parents inscrire leur enfant de 4 ans à la maternelle, mais ils auront au moins «un choix supplémentaire», a-t-il dit. Encore là, il n’a pas indiqué de pourcentage attendu ou souhaité. En campagne électorale, les caquistes avaient fixé la barre à 90 pour cent. 

Le ministre a par ailleurs justifié le fait que le gouvernement avait investi 70 000 $ récemment dans une campagne visant à faire la promotion de cette nouvelle initiative auprès des parents.

Questionné à savoir combien de fonctionnaires travaillaient à temps plein à mettre sur pied ce réseau au ministère de l’Éducation, M. Roberge a d’abord affirmé qu’aucun fonctionnaire y consacrait tout son temps, avant de se raviser pour dire que quatre professionnels et un cadre étaient affectés à ce dossier.