Maternelles 4 ans: Québec ajoute 30 classes aux 70 déjà annoncées

QUÉBEC – Le gouvernement Couillard remet à plus tard la décision d’offrir ou non la maternelle 4 ans à tous les petits Québécois, même à ceux vivant en milieu défavorisé.

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, ne tranchera pas la question avant la consultation prévue cet automne sur la réussite scolaire.

L’implantation généralisée de la maternelle 4 ans à temps plein, pour les enfants défavorisés et tous les autres, constituera un des enjeux de cette vaste réflexion.

En attendant, le ministre procède à la pièce. Lundi, M. Proulx a annoncé l’ajout de 30 classes aux 70 maternelles 4 ans à temps plein déjà prévues cette année en milieu défavorisé.

Malgré cette annonce, faite lundi à Louiseville par le ministre Proulx, le Québec est loin de pouvoir répondre aux besoins.

«C’est clair qu’on ne répond pas à tous les secteurs, a-t-il convenu. J’en suis bien conscient.»

En entrevue téléphonique, il s’est montré prudent à propos de la possibilité d’étendre ce service à tous les enfants, car ce serait une avenue «qui nécessite des investissements importants et aussi des ressources», a-t-il commenté.

Il dit «souhaiter» offrir la maternelle 4 ans à tous les milieux défavorisés, mais ne s’engage pas à le faire.

Dès la rentrée scolaire de septembre, une centaine de classes devraient donc être en mesure d’accueillir à temps plein des enfants âgés de 4 ans, dans différentes régions du Québec. L’investissement représente au total environ 10 millions $, dont 3 millions $ de plus débloqués lundi.

La responsabilité d’implanter ces nouvelles classes reviendra aux commissions scolaires.

Le but visé par une intégration plus rapide des jeunes enfants au réseau scolaire consiste à atténuer les inégalités, identifier les enfants pouvant présenter des difficultés d’apprentissage, des problèmes de langage ou autres, et ainsi prévenir en bas âge le décrochage scolaire.

Dans bien des cas, ces enfants ne fréquentent pas de service de garde et «n’ont pas eu la stimulation nécessaire plus jeunes» pour assurer leur développement, note le ministre. Ils peuvent donc faire du rattrapage en pré-maternelle avant de fréquenter l’école.

La consultation de l’automne permettra de préciser «ce que ça coûte de réinvestir en éducation chez des maternelles 4 ans à la grandeur du Québec», a-t-il dit, en rappelant qu’il s’agit d’un des «leviers» identifiés pour augmenter le taux de diplomation.

On compte déjà au Québec 86 classes de maternelle 4 ans, toutes en milieu défavorisé. Chaque classe compte une quinzaine d’enfants, donc, au total, environ 1300 enfants y ont accès à l’heure actuelle.

Avec la centaine de classes annoncées, il y aurait un total d’environ 2790 enfants âgés de 4 ans qui auront droit à ce service, soit une fraction seulement des besoins réels, déplore la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

Cette dernière reproche notamment au ministre Proulx de faire l’annonce «très tardivement» dans la saison, ce qui laisse bien peu de temps pour implanter ces classes d’ici la rentrée de septembre.

La vice-présidente du syndicat d’enseignants, Nathalie Morel, note que le gouvernement devra faire bien davantage s’il veut rejoindre tous les enfants de 4 ans en milieu défavorisé.

En 2013, on avait prévu qu’il fallait offrir la maternelle 4 ans à quelque 8000 enfants défavorisés. «On est loin du compte», a-t-elle déploré, en entrevue téléphonique.

Le ratio (moyenne de 15, maximum de 17 enfants) pose aussi problème, selon elle. Le nombre «est bien trop» élevé pour ce type de clientèle, selon elle.

Le caractère facultatif ou obligatoire de la pré-maternelle et de la maternelle fera aussi partie des enjeux qui seront discutés cet automne. Actuellement, bien que généralisée, la maternelle n’est pas obligatoire.

À la suite de la consultation à venir, le ministre Proulx dit souhaiter avoir alors «une vue globale» sur les orientations à privilégier et les «leviers» à identifier pour augmenter le taux de réussite. «Je veux éviter qu’on fonctionne à la pièce comme on a fait dans le passé», a-t-il dit.

Le porte-parole péquiste en éducation, Alexandre Cloutier, s’est dit favorable à l’augmentation du nombre de classes de pré-maternelle, tout en rappelant que c’est le même gouvernement qui a coupé «des centaines de millions» en éducation.

Le porte-parole de la Coalition avenir Québec, Jean-François Roberge, a estimé que l’effort du gouvernement était loin d’être suffisant pour répondre aux besoins.