«Mauvaise gestion» au CHSLD Sainte-Dorothée durant la COVID-19, selon la CSN

MONTRÉAL — Selon le conseiller syndical à la CSN Gilles Tremblay, c’est une «mauvaise gestion» qui a été la cause du nombre élevé de décès au CHSLD Sainte-Dorothée durant la COVID-19. C’est ce qu’il a déclaré dans son témoignage mardi à l’enquête publique de la coroner Géhane Kamel sur les décès de personnes âgées et vulnérables survenus en milieux d’hébergement durant la première vague.

Le conseiller syndical, qui représente entre autres les préposés aux bénéficiaires du CISSS de Laval, a jeté le blâme sur la décision du gouvernement provincial de libérer des places dans les hôpitaux et d’«envoyer tout le monde dans les CHSLD».

En pleine première vague, «il n’y avait (presque) personne des CHSLD qui était transféré à l’hôpital (…), mais l’hôpital est vide, c’est un hôpital fantôme», selon M. Tremblay.

Ce refus d’envoyer les résidants des milieux d’hébergement à l’hôpital est pour lui un «âgicide». «Pourquoi on ne leur donne pas la chance d’avoir les meilleurs respirateurs et les meilleurs soins? Pourquoi, eux, ils n’ont pas droit aux soins intensifs?», s’est-il demandé.

À bout d’oxygène

Selon le vice-président du syndicat des infirmières, des inhalothérapeutes et des infirmières auxiliaires de Laval, Déreck Cyr, la quantité maximale d’oxygène dans les respirateurs des patients atteints de la COVID-19 a été réduite, pour éviter de produire des aérosols. 

Le 3 avril 2020, des infirmières avaient utilisé leur «droit de refus», qui leur permet de ne pas effectuer une tâche dangereuse pour leur santé, et exigé d’avoir un masque N95 si elles devaient s’approcher des résidants dont les appareils produisaient des aérosols. Aucun N95 n’a été envoyé à Sainte-Dorothée.

«Le médecin a dit qu’effectivement, elles avaient raison», mais qu’il fallait plutôt «réduire l’oxygène», même si cela nuisait au patient, a rapporté M. Cyr. «Ç’aurait été bien plus facile de fournir des N95», a défendu M. Cyr, ajoutant que les gestionnaires répondaient «que c’était le ministère qui disait de ne pas en donner».

Durant cette période, aucun médecin du CHSLD n’acceptait de se présenter sur les lieux. Tous faisaient leurs diagnostics par téléphone.

Ce sont 102 résidants du CHSLD Sainte-Dorothée qui ont succombé à la COVID-19 durant la première vague. Durant le mois d’avril, les deux tiers des employés ont dû s’absenter, car ils avaient été infectés.

Des mesures tardives

Gilles Tremblay a aussi dénoncé la lenteur avec laquelle le CISSS de Laval aurait instauré des mesures de protection durant la première vague, au printemps 2020.

Il a affirmé avoir demandé «le 20 mars (…) qu’il y ait un dépistage à Sainte-Dorothée». Le dépistage de masse n’a eu lieu que deux semaines plus tard, soit le 3 avril pour les résidants et le 7 avril pour les employés. Ce sont 105 résidants qui ont alors été déclarés positifs. 

M. Tremblay a reproché à l’employeur d’avoir refusé pendant longtemps le port de l’équipement de protection. 

En effet, plusieurs employés de Sainte-Dorothée, venus témoigner dans les deux dernières semaines, ont rapporté qu’en mars, leurs supérieurs leur avaient ordonné de ne porter un masque chirurgical que lorsqu’ils entraient dans la chambre d’un patient contaminé.

Le directeur de l’approvisionnement du CISSS, Martin Delage, a confirmé dans son témoignage mardi que l’entrepôt «n’avait jamais été en rupture de stock», malgré une poignée de fois où «on a eu chaud». 

Le contexte de l’enquête

L’enquête de la coroner se penche sur les décès de personnes âgées ou vulnérables survenus dans des milieux d’hébergement au cours de la pandémie de COVID-19, qui comptent pour la moitié des victimes de la première vague. Son objectif n’est pas de désigner un coupable, mais bien de formuler des recommandations pour éviter de futures tragédies. 

Six CHSLD et une résidence pour personnes âgées ont été désignés comme échantillon. Un décès est examiné pour chaque établissement.

Les audiences de cette semaine portent sur la mort de Mme Anna José Maquet, le 3 avril 2020 au CHSLD Sainte-Dorothée, à Laval. Ensuite, un volet national sera aussi examiné.

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles. 

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