Médecins et experts: le Canada devra établir de l’aide mentale à long terme

Au moment où le stress et l’anxiété liés à la pandémie de COVID-19 continuent de laisser des traces, certains médecins affirment qu’il est nécessaire de mettre en place un système qui se penchera sur son impact psychologique à long terme sur les Canadiens.

Des organisations spécialisées en santé mentale de tous les coins du pays ont commencé à mettre en ligne des outils d’auto-évaluation, à développer des consultations virtuelles et à accentuer les capacités des lignes téléphoniques de crise pour répondre à la hausse de demandes de soutien psychologique.

Tout en applaudissant ces initiatives, Margaret Eaton, cheffe de l’Association canadienne pour la santé mentale, soutient qu’un plan à long terme sera nécessaire afin d’offrir un support continuel.

Dans un discours en ligne devant un comité parlementaire sur la santé, le 15 avril, Mme Eaton a soulevé des inquiétudes face à une «pandémie à rebondissements» liée à des problèmes de santé mentale.

Le téléphone ne dérougit pas, affirme Mme Eaton en parlant de l’association qui donne des services dans toutes les provinces et au Yukon, en ligne et téléphoniques.

Un rapport d’Angus Reid publié au cours des derniers jours révèle que la moitié des gens sondés disent que leur santé mentale s’est détériorée depuis un mois et demi.

Mme Eaton note qu’il peut falloir deux ans à une personne ayant vécu une tragédie pour reprendre une vie normale. Or, la bonification de programmes communautaires existants qui permettent de suivre une thérapie cognitivo-comportementale, par exemple, pourrait aider à répondre à la nécessité d’offrir des services à long terme.

«Ce que nous regardons en ce moment, c’est une amélioration de programmes en ligne et au téléphone», a-t-elle expliqué.

Mme Eaton a notamment fait référence à un programme semblable, nommé BounceBack, que gère l’association et qui offre du soutien en ligne pour adultes et les adolescents âgés de plus de 15 ans pour traiter une dépression légère ou modérée, l’anxiété ou le stress.

«C’est un endroit où nous espérons que le gouvernement fédéral pourra combler des vides. Nous voyons que de petites provinces n’ont pas les ressources financières nécessaires pour investir en santé mentale.»

Mme Eaton ajoute que les Néo-Écossais, en particulier, sont confrontés à une «tempête parfaite» pouvant mener à des troubles de stress post-traumatique, en raison de la récente tuerie survenue en plein coeur de la pandémie de la COVID-19. Voilà que les citoyens de cette province ont été informés de l’écrasement d’un hélicoptère militaire près des côtes de la Grèce, qui opérait d’une frégate basée à Halifax. Six membres d’équipage étaient à bord.

Selon Mme Eaton, le nombre d’appels à la ligne de crise de l’association en Nouvelle-Écosse s’est élevé à 700 par jour, au lieu d’une moyenne quotidienne de 25, à la suite des mesures de confinement mises en pratique en mars.

La Régie de la santé de la Nouvelle-Écosse a instauré un service gratuit, mis en place par l’Association des psychologues de la Nouvelle-Écosse, pour permettre aux citoyens de parler de leur détresse à la suite de la récente fusillade qui a fait 22 victimes.

Mme Eaton est d’avis que la province aura besoin de soutien fédéral pour des soins psychologiques à long terme pour les gens qui ne peuvent même pas se réconforter ensemble, à cause des restrictions sur les rassemblements, et qui pourraient en souffrir mentalement pendant des années.

La ministre fédérale de la santé, Patty Hajdu, a annoncé le lancement d’un portail appelé Espace mieux-être Canada, qui inclut un outil d’auto-évaluation pour déterminer le niveau de détresse. Le portail offre des vidéos portant sur la conscience et un nombre limité de sessions téléphoniques en direct offrant du soutien venant de pairs, de travailleurs de première ligne et d’autres professionnels.

Le gouvernement a également augmenté le financement de trois lignes de crise, dont celles consacrées à la jeunesse et aux Peuples autochtones.