Médecins spécialistes: Québec suspend les hausses d’honoraires prévues

QUÉBEC — Le climat risque fort de s’envenimer au cours des prochains mois entre le gouvernement Legault et les médecins spécialistes, qui se voient privés pour un temps indéterminé des hausses de rémunération prévues.

En marge de la réunion hebdomadaire du conseil des ministres, le premier ministre François Legault a annoncé lors d’une mêlée de presse, mercredi, qu’il n’était pas question de verser les augmentations d’honoraires aux médecins spécialistes, négociées par le gouvernement précédent, tant qu’on ne saura pas dans quelle mesure leur rémunération globale excède celle de leurs collègues de l’Ontario.

«Il n’y aura pas de nouvelles augmentations», a confirmé le premier ministre.

L’ex-gouvernement Couillard s’était engagé à commander une étude comparative à l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) pour faire la lumière sur cette question controversée, qui avait défrayé la manchette pendant des mois au moment des négociations entre l’État et la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ), l’hiver dernier.

Or, selon M. Legault, la commande d’une étude comparative n’a toujours pas été passée, ce qui risque de retarder tout le processus prévu de révision de la rémunération des spécialistes, beaucoup trop payés selon le nouveau premier ministre.

«Ce qui est injuste, ce qui est inéquitable», selon M. Legault, qui rappelle qu’il y a une dizaine d’années il avait été convenu d’offrir aux spécialistes du Québec un «rattrapage» monétaire, pour se comparer avec l’Ontario. Non seulement le rattrapage a été fait, mais c’est rendu qu’on gagne plus cher au Québec qu’en Ontario, selon lui.

«Ce n’est pas raisonnable que les médecins spécialistes (du Québec) gagnent plus que ceux de l’Ontario», a insisté le premier ministre, toujours disposé à rouvrir l’entente signée par son prédécesseur.

Dès après avoir pris connaissance de la situation, M. Legault, qui s’est montré surpris et déçu mercredi, a dit avoir demandé au président du Conseil du trésor, Christian Dubé, d’enclencher le processus au plus tôt, en rédigeant un devis en vue de préciser l’écart de rémunération existant actuellement entre les médecins spécialistes québécois et ceux de l’Ontario.

D’ici là, les sommes qui devaient être versées aux médecins spécialistes — dont l’ampleur n’a pas été précisée — seront donc placées dans une fiducie.

Depuis des mois, M. Legault clame que les spécialistes ont reçu 1 milliard $ de trop de la part du gouvernement lors des dernières négociations, une somme qu’il entend récupérer pour la réinjecter dans le réseau de la santé ou encore financer son projet de fixer un taux unique pour la taxe scolaire.

Selon ses calculs, un spécialiste gagne en moyenne 80 000 $ de trop par année.

Les médecins répliquent

En fin de journée, mercredi, la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) a réagi par voie de communiqué. Tout en disant accueillir favorablement la nomination de Christian Dubé au Conseil du trésor, la FMSQ dit avoir besoin d’explications de sa part.

«La Fédération souhaite que M. Dubé précise ce qu’il entend lorsqu’il parle du gel des salaires, car l’entente en vigueur ne prévoit aucune augmentation de la rémunération pour les médecins spécialistes jusqu’en 2023», prétend-on dans le communiqué.

Au cours des derniers mois, la présidente de la FMSQ, la Dre Diane Francoeur, a rejeté catégoriquement l’idée de rouvrir cette entente, qui fixe la rémunération et les conditions de pratique des spécialistes de 2015 jusqu’en 2023. Elle a dit qu’elle était prête à recourir aux tribunaux, si jamais le gouvernement Legault choisissait la voie de «la confrontation».

Les 10 0000 médecins spécialistes ont obtenu un rattrapage estimé à 2 milliards $ et une augmentation moyenne de leur rémunération d’environ 11 pour cent d’ici 2023.

D’après le communiqué des médecins spécialistes, les sommes qui restent à être versées concernent «la gestion du réseau ou des services directs aux citoyens, comme le déploiement de plans de couverture dans les spécialités de base».

Par ailleurs, la FMSQ soutient que l’étude comparative sur la rémunération est en cours et que «de nombreuses rencontres» ont déjà eu lieu avec le gouvernement du Québec et l’ICIS. Une réunion se serait même déroulée mardi et une autre serait prévue pour le 5 novembre.

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En attendant, j’attends depuis 11 mois pour avoir une chirurgie de la hanche. Ma vie est elle aussi mise en attente, en béquilles et en fauteuil roulant, dans des souffrances qu’on ne ferait pas subir si longtemps à des personnes que l’on torture. On les achèverait avant. C’est tout bonnement criminel. Le corps médical, qui devrait secourir ceux qui souffrent, ne pensent qu’à leur portefeuille.

Pendant qu’on se dispute au sujet du magot, j’attends depuis 11 mois pour une chirurgie de la hanche. C’est tout bonnement criminel, ma vie est mise en attente, en béquilles et en fauteuils roulants, avec des souffrances que l’on ne ferait pas subir si longtemps à des personnes que l’on torture – on les achèverait avant. Les membres du corps médical, censés soulager ceux qui souffrent, ne pensent qu’à leur portefeuille.

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