Mesures de soutien économique en pandémie: Freeland exhorte O’Toole à procéder

OTTAWA — La vice-première ministre Chrystia Freeland lance un appel aux conservateurs de l’opposition officielle pour accélérer l’adoption en Chambre d’un projet de loi sur les mesures de soutien économique pendant la pandémie.

Mme Freeland a envoyé mardi une lettre au chef conservateur, Erin O’Toole, tandis que les députés reviennent d’une semaine de pause et se préparent à reprendre le débat sur le projet de loi C-14.

Dans sa lettre, dont La Presse Canadienne a obtenu copie, Mme Freeland accuse les conservateurs de retarder le processus législatif aux Communes, sans raison valable. «Si vous vous opposez au projet de loi comme vous en avez parfaitement le droit, il suffit de mettre fin aux tactiques dilatoires, de laisser le projet de loi faire l’objet d’un vote, puis de voter contre le projet de loi», écrit-elle. 

«M. O’Toole, ces tactiques dilatoires servent uniquement à retarder le processus, et ce, au détriment de notre pays.»

Le chef conservateur a répliqué en conférence de presse, mardi matin, suggérant qu’avec son projet de loi, le gouvernement libéral tentait notamment de corriger les lacunes des autres projets de loi sur la mise en oeuvre des mesures de soutien, adoptés à la hâte.

«Le gouvernement est en charge de nos débats, ici, dans la Chambre des communes, a-t-il dit. Et si c’est une priorité pour la ministre Freeland, on va en débattre aujourd’hui (…) et tous les jours jusqu’à ce qu’il soit adopté.»

Depuis plus de deux mois 

Le gouvernement libéral a déposé au début de décembre ce projet de loi qui vise à mettre en oeuvre les mesures de dépenses proposées dans son énoncé économique de l’automne. Ces mesures comprennent des milliards de dollars d’aide nouvelle liée à la pandémie, dans le but de compléter et étendre les programmes existants, mais aussi de créer de nouveaux programmes ciblés pour les industries durement touchées.

Les libéraux ont également promis 1200 $ par enfant de moins de six ans pour les familles gagnant jusqu’à 120 000 $ — et 600 $ pour les familles dont le revenu dépasse ce montant.

Plus de deux mois plus tard, cependant, en partie à cause de la pause des Fêtes de six semaines, le projet de loi a peu progressé au Parlement. Dans sa lettre, la ministre des Finances soutient que le projet de loi «ne devrait pas servir à des fins politiques» et elle demande à M. O’Toole d’appuyer son adoption pour soutenir les Canadiens «qui ont un urgent besoin de notre aide dans des circonstances difficiles et sans précédent».

«Je vous prie, le caucus conservateur et vous-même, de passer de la parole aux actes et de soutenir l’adoption rapide et complète des mesures essentielles contre la COVID-19 que contient le projet de loi C-14», a-t-elle ajouté.

M. O’Toole a répondu mardi matin que les conservateurs sont là «pour débattre des projets de loi et de travailler avec le gouvernement pour le bien-être des Canadiens, particulièrement pendant la pandémie».

Un déficit qui frise les 400 milliards $

L’énoncé économique prévoyait 25 milliards $ de nouvelles dépenses, tout en notant que le déficit était en voie d’atteindre 381,6 milliards $ à la fin de cet exercice. Le gouvernement a également prévenu que le déficit pourrait se rapprocher de 400 milliards $ si les restrictions de santé publique étaient prolongées ou augmentées.

La dette fédérale devrait dépasser les 1200 milliards $, sans compter le fonds de relance triennal proposé par le gouvernement, qui, selon les libéraux, pourrait coûter entre 70 et 100 milliards $.

Le Fonds monétaire international (FMI), dans un rapport publié mardi sur la réponse budgétaire du Canada à la pandémie, a noté que les dépenses supplémentaires «nécessitent une justification supplémentaire» ainsi que des détails sur les garde-corps que le gouvernement entend appliquer pour maintenir le contrôle sur les dépenses, afin d’éviter l’incertitude.

Recommandations du comité parlementaire

Les recommandations budgétaires du Comité des finances de la Chambre des communes appellent notamment à investir davantage pour construire ou acheter rapidement des logements abordables, afin d’aider à loger des gens et de stimuler l’économie. Le rapport publié mardi suggère également au gouvernement d’examiner les mérites d’un revenu de base universel, d’augmenter les dépenses de santé et de soins de longue durée et de réserver 2 milliards $ dans le budget 2021 à titre d’acompte, en quelque sorte, pour un système national de garderies.

Le rapport du comité demande également au gouvernement de maintenir les finances fédérales viables à long terme.

Les opinions dissidentes des partis d’opposition étaient jointes au rapport.

Les conservateurs de l’opposition ont réclamé, entre autres, un plan pour équilibrer le budget en dix ans, aucun nouveau programme permanent de dépenses, l’élimination des soi-disant programmes d’aide sociale aux entreprises et une réduction de la prime d’assurance-emploi pour toute nouvelle embauche des petites entreprises.

Le Bloc québécois a demandé que le Québec puisse se retirer d’éventuels programmes nationaux de santé mentale et de soins de longue durée, tout en lui permettant d’être entièrement compensé pour tout programme provincial équivalent.

Le parti souhaite également une augmentation des transferts fédéraux en santé aux provinces et une hausse de la valeur des paiements de la Sécurité de la vieillesse de 110 $ par mois, entre autres.

Les néo-démocrates ont réclamé une augmentation immédiate du financement des soins de longue durée, ainsi que des normes nationales «claires et applicables».

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