Mesures fédérales pour les voyages: Ottawa pris entre l’arbre et l’écorce

OTTAWA — Le gouvernement fédéral est pris entre l’arbre et l’écorce au sujet des mesures supplémentaires promises pour restreindre davantage les voyages internationaux. Des provinces les réclament au plus vite, alors que l’industrie aérienne prévient qu’elles pourraient sonner le glas de leurs activités. 

Cela fait déjà une semaine que le premier ministre canadien Justin Trudeau laisse flotter la menace de mesures plus sévères à l’endroit des voyageurs qui pourraient survenir sans préavis. Mardi, il a réitéré que «toutes les options sont sur la table» et que ces mesures seraient annoncées «très bientôt».

Les membres de son gouvernement et lui n’ont donné aucun indice sur l’étendue des mesures qui pourraient être annoncées. Ils n’ont pas fermé la porte à la quarantaine obligatoire à l’hôtel aux frais des voyageurs ni à l’application de la Loi sur les mesures d’urgence pour limiter les voyages. 

Le premier ministre du Québec, François Legault, a une fois de plus manifesté son impatience lors d’une conférence de presse à Montréal, mardi. 

«J’avoue que j’ai de la difficulté à comprendre pourquoi c’est si long», a-t-il déploré. «On est un petit peu dans la même situation qu’au début du mois de mars, l’année dernière, alors qu’on a de la difficulté avec M. Trudeau à ce qu’il agisse rapidement pour empêcher les voyageurs de venir infecter la population au Québec», a-t-il ajouté.

M. Legault a en tête la semaine de relâche de mars 2020, qui a contribué à faire du Québec la province la plus affectée par la COVID-19 au pays pendant la première vague. Il craint maintenant que le scénario se répète en 2021, alors que de nouveaux variants font leur apparition un peu partout sur la planète.

Il a donc réitéré ses deux demandes, soit d’interdire les vols internationaux non essentiels et, si ce n’est pas possible de le faire, d’imposer à tous les voyageurs une quarantaine supervisée à l’hôtel, à leurs frais. 

Son homologue ontarien, Doug Ford, demande plutôt au gouvernement fédéral de rendre les tests rapides obligatoires dans les aéroports et d’interdire temporairement les vols directs en provenance de pays où de nouveaux variants ont été détectés, notamment le Brésil et le Portugal.

Dans un communiqué, le Conseil national des lignes aériennes du Canada, qui représente Air Canada, Air Transat, Jazz Aviation et WestJet, s’est dit en faveur des tests obligatoires pour les voyageurs dès leur arrivée comme le suggère M. Ford, mais juge que la quarantaine obligatoire à l’hôtel ne serait pas nécessaire. 

Les syndicats de travailleurs de l’aviation, qui représentent les pilotes d’avion et les agents de bord, ont émis environ le même constat devant le comité fédéral des transports: oui pour les tests rapides, non aux quarantaines à l’hôtel obligatoires. 

«L’industrie ne tient qu’à un fil, et (ce type de mesures) va empêcher toute forme de traction», a affirmé Tim Perry, président d’Air Line Pilots Association Canada. «Si ce devait arriver (…), cela décimerait nos chances de faire rentrer des liquidités», a renchéri Christopher Rauenbusch, du Syndicat canadien de la fonction publique et employé chez WestJet. 

Tous les intervenants ont insisté sur l’importance de fournir un soutien sectoriel au secteur de l’aviation. Mais Chris Bittle, secrétaire parlementaire du ministre des Transports, a admis avoir été «inquiet» du manque d’ouverture des compagnies aériennes au sujet du remboursement des billets annulés, du maintien des liaisons régionales, des contrats en aérospatiale et des salaires des hauts dirigeants. 

Jerry Dias, président national du syndicat Unifor, a répliqué que ces éléments de négociation, bien qu’importants, ne sont pas des raisons pour ne pas venir en aide à l’industrie aérienne au grand complet. «Vous ne pouvez pas manquer la forêt à cause d’un seul arbre», a-t-il dit en guise de métaphore pour illustrer son point. 

Un autre élément pourrait expliquer la lenteur des négociations: les transporteurs aériens sont responsables du transport de marchandises essentielles. M. Trudeau en a fait mention lors de sa conférence de presse, mardi, en réponse à la question d’une journaliste. 

«On sait très bien qu’on dépend d’avions qui viennent de partout dans le monde pour notre nourriture, pour nos biens pharmaceutiques, pour des livraisons de biens essentiels et on ne veut pas interrompre les chaînes d’approvisionnement sur lesquelles les Canadiens dépendent», a expliqué le premier ministre. 

Les compagnies aériennes ont-ils voulu lancer un avertissement au gouvernement fédéral, alors qu’il s’apprête à imposer des mesures supplémentaires pour limiter leurs activités, en invoquant les chaînes d’approvisionnement?

«Je ne pense pas que je l’aurais qualifié d’avertissement», a laissé tomber le ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, aux médias, après coup. 

«Mais je sais que chaque fois qu’on discute publiquement des changements potentiels (…) en termes de vols de l’étranger qui arrivent au Canada, évidemment, ça intéresse énormément les compagnies aériennes. Et je sais qu’elles sont assez vites à prendre le téléphone et appeler mon collègue, le ministre (des Transports Omar) Alghabra», a-t-il souligné. 

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