Meurtre de Daphné Huard: les policiers doivent être mieux formés, dit la coroner

MONTRÉAL — La coroner qui s’est penchée sur le meurtre violent de Daphné Huard-Boudreault recommande plus de formation pour les corps policiers qui interviennent dans les cas de violence conjugale.

«La violence conjugale est un problème de santé publique complexe et important», écrit la coroner Stéphanie Gamache dans son rapport déposé lundi.

Elle rappelle que la jeune femme de 18 ans avait été tuée par son ex-petit ami le 22 mars 2017 à Mont-Saint-Hilaire.

Anthony Pratte-Lops, alors âgé de 22 ans, a plaidé coupable de meurtre au deuxième degré en mai 2019. Il n’a donc pas eu de procès. L’homme a été condamné à la prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 18 ans. 

Quelques jours avant sa mort, Mme Huard-Boudreault avait mis fin à la relation avec son conjoint et quitté l’appartement qu’elle partageait avec lui. Il se serait alors montré contrôlant, possessif et jaloux à son endroit. C’est en retournant à son ancien domicile pour récupérer ses effets personnels que la jeune femme s’est fait agresser mortellement. 

Les circonstances de la mort de la jeune femme avaient soulevé des questions quant au travail des policiers.

Selon les faits rapportés par la coroner dans son rapport, la jeune femme se serait rendue au poste de police vers midi — après avoir appelé les policiers une première fois plus tôt en journée — pour savoir comment récupérer ses effets personnels chez son ex-conjoint. Elle ne voulait pas porter plainte, bien que les policiers affirment lui avoir expliqué que les actions du jeune homme constituaient du harcèlement criminel.

«De plus, elle ne désire pas être accompagnée à son ancien domicile par un policier pour récupérer ses effets personnels puisqu’elle croit son ex-conjoint absent des lieux et un autre membre de sa famille doit la rejoindre pour l’aider», est-il relaté dans le rapport de la coroner.

Un policier l’a tout de même suivie, mais est arrivé quelques minutes trop tard. C’est l’ex-conjoint qui lui a ouvert la porte, couvert de sang. Daphné est à l’intérieur, gravement blessée par une arme tranchante et décédera peu après.

Des recommandations

Pour éviter la mort de jeunes femmes comme Daphné Huard-Boudreault, la coroner Stéphanie Gamache recommande à la Régie intermunicipale de police Richelieu-Saint-Laurent — qui était intervenue — d’élaborer des ateliers de formation continue pour les policiers pour mieux détecter tous les signes avant-coureurs de violence conjugale.

Ils ont déjà des outils, mais la formation continue — qui ne peut qu’être bénéfique, dit-elle — a pour «but de bonifier ce qu’ils font déjà bien».

«Un rappel ponctuel concernant les comportements qui caractérisent les cycles de la violence conjugale aurait possiblement permis aux policiers de détecter des signes de domination de l’ex-conjoint de Mme Huard-Boudreault à son égard même si, le matin du 22 mars 2017, elle est calme, n’a pas de blessure apparente et ne veut pas porter plainte contre son ex-conjoint malgré les actions de ce dernier qui démontrent qu’il n’accepte pas leur rupture.»

La coroner souligne que la jeune femme, «étant impliquée émotivement» dans cette situation, n’a peut-être pas le recul nécessaire pour bien apprécier la dangerosité de son ex-conjoint.

«Ces victimes ont de la difficulté à valider leurs émotions et sont bafouées dans leur estime de soi en raison des actes de leurs agresseurs.»

La formation des policiers peut donc être bonifiée pour leur permettre de reconnaître ces réalités, suggère Me Gamache.

Elle recommande aussi au ministère de la Sécurité publique de s’assurer que tous les corps de police traitent adéquatement les dossiers de violence conjugale et qu’ils soient en mesure de bien identifier les risques d’agression et d’homicide.

Me Gamache a une recommandation finale: une campagne de sensibilisation visant spécifiquement les adolescents.

Elle dit avoir été secouée de constater qu’il y a plus de victimes de violence conjugale chez les 18-24 ans et les 25-29 ans que dans les autres groupes d’âge. C’est pourquoi elle suggère d’agir en amont, directement auprès des adolescents.

Cette recommandation est bien accueillie par le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.

«La coroner recommande à juste titre une campagne de sensibilisation sur les rapports égalitaires. Il serait important qu’une telle campagne porte sur les signes de contrôle qui ne sont pas toujours perçus comme de la violence par les femmes et par les proches», en illustrant ce qui ne constitue pas des rapports égalitaires et sains, comme la jalousie et l’isolement de la victime de ses proches, par exemple.

Le Regroupement salue aussi les recommandations de la coroner qui mettent l’accent sur la formation des policiers.

Selon lui, la formation devrait inclure un volet sur les ressources: les maisons d’aide et d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale sont ouvertes 24 heures par jour. Elles peuvent ainsi soutenir les policiers dans ce travail, que ce soit par des conseils ou par une intervention directe auprès des victimes, est-il souligné.