Meurtre de la petite Rosalie: «j’étais désespérée et je ne savais plus quoi faire»

Audrey Gagnon a témoigné, jeudi, au quatrième jour des audiences publiques relativement au décès de sa fille, Rosalie Gagnon, âgée de 2 ans, survenu à Québec le 18 avril 2018.

Au moment où Audrey Gagnon a assassiné sa petite fille, elle vivait dans un «squat insalubre», elle était «désespérée», n’avait nulle part où aller et quelques heures avant le meurtre, elle n’avait plus «d’argent pour nourrir sa fille».   

C’est ce qu’elle a notamment raconté dans un témoignage qui a duré plus d’une heure et demie. La coroner Géhane Kamel préside cette enquête qui vise à faire la lumière sur les causes et les circonstances du décès de l’enfant, à identifier les facteurs contributifs et à formuler au besoin des recommandations.

Audrey Gagnon a répondu aux questions de la coroner et des avocats qui représentent les différentes parties par vidéoconférence du pénitencier où elle purge sa peine. 

Un milieu de vie très difficile  

La femme, qui a aujourd’hui 25 ans, semblait anxieuse, elle répondait parfois avec aplomb et parfois, ses réponses étaient floues. Elle a expliqué à quelques reprises qu’elle avait des «trous de mémoire».   

«Je me suis cogné la tête dans ma cellule la journée que j’ai été arrêtée après la mort de Rosalie, certains souvenirs sont disparus, à cause du choc aussi», a-t-elle expliqué.   

Elle a commencé son témoignage en expliquant les conditions difficiles dans lesquelles elle vivait lorsqu’elle a appris qu’elle était enceinte, d’un père inconnu, à l’âge de 21 ans.   

«Je pense que j’étais à l’hôpital psychiatrique, c’est là que j’ai appris que j’étais enceinte, j’étais avec mon psychiatre.»   

Elle a affirmé qu’à l’époque, elle «était sous mandat d’arrestation» en raison d’une accusation de violence conjugale et vivait de l’aide sociale chez sa mère, et parfois dans un autre domicile.

«Une bonne mère» malgré les problèmes

Mais la naissance de la petite Rosalie en 2016 lui apporte beaucoup de bonheur, selon son témoignage. La jeune femme, qui suivait un programme de traitement à la méthadone pour se débarrasser d’une dépendance aux drogues dures, se sentait «utile» et «comblée» dans son nouveau rôle de mère.   

Elle considère qu’elle était une bonne mère, malgré «deux rechutes» qui l’ont amenée à consommer des drogues lorsque la petite Rosalie avait 6 mois.   

À l’époque, la mère d’Audrey Gagnon aide sa fille à prendre soin du bébé. Mais la grand-mère de Rosalie traverse des épisodes psychotiques et la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) aurait conseillé à Audrey Gagnon, en février 2018, d’aller vivre à la Maison Marie-Rollet.   

Les semaines qui ont précédé le meurtre

Dans cette maison d’hébergement pour femmes, la situation se dégrade rapidement. Les intervenantes de la maison lui reprochent de ne pas respecter les règles en laissant notamment son enfant sans surveillance.   

Audrey Gagnon a expliqué qu’elle allait parfois à l’extérieur pour consommer de la marijuana. Six jours avant que le corps de la petite Rosalie soit retrouvé ensanglanté, Audrey Gagnon s’est fait montrer la porte du centre Marie-Rollet en raison d’un écart de conduite.   

Le 12 avril 2018, Audrey Gagnon se souvient «d’avoir laissé sa fille dans son berceau» et d’être sortie du centre «avec le moniteur pour bébé» qui lui permettait d’entendre son enfant à l’intérieur.   

Mais le 12 avril, les discussions avec l’intervenante du centre qui lui souligne son inconduite tournent au vinaigre.   

Audrey Gagnon a avoué avoir menti à l’intervenante ce soir-là, car, a-t-elle raconté, «j’avais peur de perdre ma fille et qu’il lui arrive la même chose que j’ai vécue dans les centres d’accueil dans ma jeunesse».   

Dans un témoignage livré lundi, l’intervenante avait affirmé qu’Audrey Gagnon l’avait menacée de mort.   

La mère de l’enfant a affirmé qu’elle ne se souvenait pas vraiment de la journée du 12 avril, mais qu’elle se souvient très bien de ne pas avoir menacé l’intervenante.   

«Je me souviens très bien que je n’ai pas menacé de les tuer», a-t-elle dit à propos de l’intervenante et de la directrice de la Maison Marie-Rollet, avant d’ajouter «je n’aurais jamais fait ça», précisant qu’elle ne se souvenait pas des mots qu’elle avait utilisés ce soir-là.   

Audrey Gagnon a affirmé qu’elle se souvient, après s’être fait montrer la porte du centre, d’avoir «protesté» parce qu’elle n’avait «nulle part où aller».   

Elle a indiqué qu’elle ne pouvait pas retourner chez sa mère parce que «la DPJ m’avait dit que j’allais perdre la garde de mon enfant, car ce n’était pas un endroit sécuritaire».   

La jeune femme a raconté avoir marché quatre heures sous la pluie avec son enfant après l’altercation du 12 avril 2018 pour se réfugier chez un ami et tenter de trouver un autre endroit où se loger.   

«J’ai téléphoné partout, j’ai appelé toutes les ressources possibles, il n’y avait aucun endroit pour m’accueillir», a-t-elle expliqué avant d’ajouter qu’elle se souvenait d’avoir contacté le centre YWCA qui aurait peut-être pu l’héberger temporairement, mais «finalement, je n’avais plus de minute dans mon cellulaire, alors j’ai lancé mon cell dans le mur et il a brisé, alors je ne pouvais plus appeler nulle part».   

Elle a expliqué que l’appartement de son ami, qui est devenu son copain dans les jours suivants, était une sorte de «squat» insalubre, «dangereux» pour son enfant. 

«Pot», alcool, dépression et anxiété

À l’époque, dans les jours qui ont précédé l’assassinat de l’enfant, la petite Rosalie était «déboussolée» et elle «pleurait sans cesse», toujours selon son témoignage.   

Audrey Gagnon a raconté avoir consommé «du pot» et «beaucoup d’alcool» au cours de la semaine qu’elle a passé dans le «squat».

«J’étais désespérée et je ne savais plus quoi faire», a-t-elle déclaré.   

La femme de 25 ans a également indiqué que son enfant avait été blessé lors du séjour chez son nouveau copain. «Ma fille avait eu un coup à la tête et je ne suis pas responsable», a-t-elle mentionné sans donner plus de précision.   

Elle a affirmé avoir eu une conversation avec une intervenante de la DPJ le 13 avril ou le 16 avril. Elle ne se souvient plus si elle a utilisé son téléphone cellulaire, qu’elle dit avoir brisé le 13 avril, ou le téléphone de son ami lors de cette conversation.   

Audrey Gagnon soutient que cette conversation était très brève et n’a duré que quelques minutes et qu’elle n’a pas tenté de rappeler la DPJ après cet appel, car «j’avais peur de me faire enlever ma fille, parce que j’ai vécu des abus dans ma jeunesse dans des familles d’accueil».   

La journée de la mort de Rosalie, Audrey Gagnon a mentionné qu’elle était «extrêmement dépressive, anxieuse, désespérée», et qu’elle n’avait plus d’argent.   

Lors de cette audience, aucune question n’a été posée concernant le moment où la petite Rosalie a été tuée et la coroner a rappelé que la façon dont l’enfant a été tuée ne faisait pas partie des objectifs de cette enquête.

Audrey Gagnon, ou son avocat, devrait témoigner à nouveau vendredi, jour dédié aux recommandations afin d’éviter que de tels drames se reproduisent.   

Autres témoignages

La directrice d’une maison pour femmes, qu’une ordonnance nous interdit d’identifier, a raconté que le 12 avril 2018, Audrey Gagnon avait communiqué avec la maison d’hébergement qu’elle dirige parce qu’elle se cherchait un endroit où se loger.   

Elle a mentionné que les employées de la maison ont tenté d’aider Audrey Gagnon, mais que celle-ci était «brusque», agressive et ne répondait pas aux questions qu’on lui posait.   

Audrey Gagnon aurait «raccroché la ligne au nez» d’une intervenante, sans laisser de contact.

Une intervenante de la DPJ a pour sa part expliqué qu’elle avait entrepris des démarches pour trouver un hébergement à Audrey Gagnon, dans les jours qui ont suivi son départ de la Maison Marie-Rollet.  

Elle a notamment mentionné qu’il était très compliqué de rejoindre Audrey Gagnon et qu’elle lui transmettait entre autres de l’information sur des maisons d’hébergement en laissant des messages sur sa boîte vocale.  

L’intervenante de la DPJ a déclaré qu’elle était inquiète de la situation dans laquelle se trouvaient la mère et l’enfant, mais qu’aucune information ne lui laissait croire qu’un danger  pouvait guetter la petite Rosalie.

Meurtre de l’enfant

La jeune mère s’est reconnue coupable, au printemps dernier, du meurtre non prémédité de la petite Rosalie.   

La fillette a reçu 32 coups de couteau: 26 dans le dos, cinq à la tête et une au pouce. Elle est morte d’un traumatisme à la tête et au tronc, selon le pathologiste.   

Les policiers ont retrouvé  la fillette morte dans un bac à déchets, derrière une maison du secteur de Charlesbourg.

Une enquête de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse avait démontré «qu’une incompréhension du rôle, du mandat et des attentes, entre la DPJ et la maison d’hébergement, a occasionné des problèmes de collaboration et de transmission d’informations essentielles à la protection de cette enfant».

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