Michel Venne est jugé coupable d’agression sexuelle à l’endroit de Léa Clermont-Dion

«Il est temps que la honte change de camp. (…) Aujourd’hui je me tiens debout, je n’ai plus honte. Je suis fière, fière d’avoir été entendue, fière d’avoir été crue.»

C’est avec ces mots, extraits d’une longue et émouvante déclaration à sa sortie du tribunal (reproduite ci-dessous), que l’auteure et réalisatrice Léa Clermont-Dion a accueilli le verdict de culpabilité prononcé envers son agresseur, Michel Venne.

Le fondateur et ex-directeur de l’Institut du Nouveau Monde (INM) et ex-éditorialiste au Devoir a en effet été reconnu coupable, mercredi au palais de justice de Québec, d’agression sexuelle et de contact sexuel par une personne en situation d’autorité ou de confiance à l’endroit de Mme Clermont-Dion.

Avant le prononcé du verdict, celle-ci avait obtenu la levée de l’interdit de publication de son identité, ordonnance qui était automatique puisqu’elle était mineure au moment des faits en 2008. 

Le juge Stéphane Poulin, de la Cour du Québec, a donc cru la version de la jeune femme, aujourd’hui âgée de 30 ans, à l’effet que Michel Venne l’avait agressée à deux reprises à l’été 2008, d’abord dans un taxi où il lui avait touché la cuisse près du pubis, puis en se livrant à des attouchements directement sur ses parties génitales, à l’extérieur, près de l’hôtel où elle logeait alors qu’elle était stagiaire à l’INM.

Michel Venne avait nié le tout, mais le juge Poulin n’a finalement pas retenu sa version.

Un exemple pour les victimes d’agression sexuelle

«J’ose espérer que cette cause-là saura encourager les victimes à dénoncer», a déclaré le procureur Michel Bérubé à l’issue du verdict.

«Je tiens à souligner qu’ici, on parle d’une dénonciation qui se fait en 2017 pour un crime qui a eu lieu en 2008, donc près de 10 ans (se sont) écoulés entre la dénonciation et les événements.»

Le juriste a salué le courage de la victime, rappelant qu’elle avait subi un contre-interrogatoire serré qui avait duré deux jours et demi et il a fait valoir que ce résultat démontrait la possibilité d’obtenir un verdict de culpabilité sur la seule foi du témoignage d’une victime.

«Pour l’essentiel, la preuve reposait sur la parole de Mme Clermont-Dion et cette parole-là a été entendue et a été crue et la dénonciation a été acceptée malgré que ça faisait 10 ans que les événements avaient eu lieu», a dit Me Bérubé.

«Lorsque la preuve repose seulement sur la parole d’une victime, c’est suffisant. On en a un exemple concret.»

Le tribunal fixera la date des représentations sur la peine le 19 juillet, mais le procureur de la Couronne n’a pas encore décidé de sa stratégie.

«C’est évident que cela a eu des conséquences sur Léa, ces événements-là. C’est un sujet qu’on va devoir aborder lorsque tout ça sera passé. (…) Il y a une peine minimale de 45 jours d’emprisonnement qui est prévue au Code criminel pour le crime pour lequel Michel Venne a été déclaré coupable. En ce moment il s’expose à une peine d’emprisonnement pour le crime qu’il a commis, à savoir contact sexuel alors qu’il était en situation d’autorité ou de confiance», a précisé Me Bérubé.

Léa Clermont-Dion s’était présentée au palais de justice avec ses proches et une équipe de tournage, alors qu’elle est à réaliser un documentaire sur les victimes d’agressions sexuelles et le système judiciaire.

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Voici la déclaration intégrale de Léa Clermont-Dion: 

«Il y a quatre ans, j’ai fait un choix important, fondamental et décisif pour le reste de ma vie. Je me suis choisie. J’ai choisi d’être intègre avec mes valeurs. J’ai choisi de m’écouter, de suivre mon instinct, malgré l’incertitude, l’inconnu.

Inspirée par le mouvement #moiaussi #metoo et les 12 millions de femmes qui ont brisé le silence, j’ai décidé de porter plainte pour une agression sexuelle vécue l’été de mes 17 ans par un homme de pouvoir qui avait l’âge d’être mon père.

Aujourd’hui j’ai 30 ans et je suis ici pour ma fille, pour mon fils et pour les futures générations. Je suis ici absolument libérée d’un fardeau immense qui me pèse sur les épaules depuis trop longtemps. 

Malgré le chemin de croix ardu, parsemé de hauts et de bas, je suis soulagée, soulagée vraiment d’être enfin parvenue à cette ligne d’arrivée. Je suis libérée.

Aucune personne ne devrait avoir à subir la volonté de contrôle, de domination ou d’abus. Aucune personne ne devrait se faire humilier, attaquer, blâmer, agresser. 

Il est temps que la honte change de camp.

Je pense à toutes les femmes qui subiront dans leur vie des actes de violence. J’en ai assez de ces injustices, de ces abus et de ces dominations. Ça suffit. 

Je pense à toutes celles dont la parole sera piétinée, humiliée, effacée. Je pense à toutes celles qu’on voudra faire taire. Je pense à celles qu’on n’écoutera jamais, qu’on ridiculisera. Je pense aux femmes qui sont encore plus oppressées à cause de leur origine, leur situation économique, sociale et culturelle. 

Je suis une femme privilégiée et je suis très choyée d’avoir été traitée de la sorte.

Je pense aux générations précédentes, à nos mères, nos grand-mères, nos arrières grand-mères qui ont subi des violences et qui ont dû encaisser. 

Toutes les femmes en moi sont fatiguées.

Je fais un appel à vous pour un monde plus juste, où règnent davantage de bienveillance, d’empathie et de respect, un monde plus clément où on ne blâme pas les victimes, où on ne les culpabilise pas, mais où on les célèbre pour leur force. 

(Remerciements à ses proches, amis, intervenants, procureur et enquêteurs au dossier)

Aujourd’hui je me tiens de bout, je n’ai plus honte, je suis fière, fière d’avoir été entendue, fière d’avoir été crue. 

Je pense à toutes les survivants, survivantes d’agressions sexuelles, je salue leur courage. Je reconnais leur dignité et je les crois.»

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