Mieux comprendre pourquoi certains arbitres quittent… et pourquoi d’autres restent

MONTRÉAL — En pleine pénurie d’arbitres dans de nombreux sports au Québec, des chercheurs de HEC Montréal lancent actuellement un nouveau projet de recherche sur la violence envers les officiels. Ces experts veulent comprendre pourquoi certains arbitres quittent le métier, mais aussi, pourquoi d’autres acceptent de continuer.

Eric Brunelle n’a jamais été arbitre, mais comme de nombreux Québécois, il a souvent été témoin de gestes déplorables, tant physiques que verbaux, dirigés vers les arbitres.

Avec ses collègues du Pôle sports de HEC Montréal, dont il est le directeur, M. Brunelle a donc décidé de faire sa part pour s’attaquer au problème. Son objectif: découvrir ce qui se cache dans la tête des arbitres — pourquoi certains abandonnent, tandis que d’autres portent le chandail rayé pendant de nombreuses années sans broncher.

«Depuis un certain temps, on remarque une diminution du nombre de personnes qui acceptent d’être arbitres, souligne le professeur titulaire. Ça peut aller, selon les pays et les sports, entre 15 et 40 % de diminution dans les 10 dernières années. C’est énorme, concède M. Brunelle.

«Selon différentes recherches, autour de 50 % des arbitres ont été victimes de violences importantes; c’est quand même beaucoup, une personne sur deux. Il existe une espèce de culture du dénigrement des arbitres où c’est accepté de gueuler après eux autres. Ça fait peut-être partie du ‘show’, mais en même temps, il y a des conséquences à tout ça.»

Et maintenant que la pratique des sports au Québec est de plus en plus perturbée par le manque d’arbitres, avec des matchs et même des tournois complets qui sont annulés en raison de ce problème, M. Brunelle croit qu’il est temps de brosser un réel portrait de la situation.

«L’objectif de l’étude qu’on fait, c’est un peu de démêler tout ça. De mieux comprendre comment le métier d’arbitre est vécu par les arbitres, comment ils se perçoivent, ses impacts, mais aussi de comprendre le bien-être qu’ils peuvent en retirer.»

Taux de participation très élevé

Pour la première phase de leur projet, les chercheurs ont envoyé un questionnaire à tous les arbitres de hockey mineur de la province, grâce à un partenariat de distribution avec Hockey Québec, afin de recueillir un premier bassin de données qui serviront ensuite à diriger la suite de leur recherche.

Lancé pendant le temps des Fêtes, le questionnaire a été rempli par quelque 700 arbitres en moins de deux semaines, ce qui a impressionné M. Brunelle, de son propre aveu.

«C’est rare que ça arrive en recherche que, aussi rapidement, autant de monde accepte de participer à une étude, souligne le directeur du Pôle sports. Pour nous, c’est un indicateur important qui montre qu’on a mis le doigt sur quelque chose qui est pertinent.

«On est content, parce que ça veut dire qu’on va vraiment pouvoir aider les arbitres et aider Hockey Québec à améliorer ses pratiques. Il y a vraiment un enjeu et il faut faire quelque chose pour aider», pense-t-il.

Ce questionnaire a d’abord été envoyé uniquement aux arbitres de hockey, qui recevront un suivi plus tard cette saison pour comprendre comment les choses ont évolué pour eux. D’ici là, les chercheurs s’affaireront dès les prochaines semaines à analyser les premières réponses fournies par les participants, question de mieux cerner le portrait actuel du problème.

Dans la tête des arbitres

Le questionnaire, qu’a consulté La Presse Canadienne, pose rapidement le genre de questions auxquelles on peut s’attendre d’une telle étude, comme à quelle fréquence les arbitres vivent-ils de la violence verbale de la part des entraîneurs, des joueurs ou des spectateurs. Les participants peuvent choisir parmi quelques choix de réponse allant de «Jamais» à «Toujours».

Mais après ces questions plus directes, les participants sont invités à répondre à plusieurs questions qui s’intéressent plutôt à leur personnalité: rebondissent-ils rapidement après des moments difficiles, restent-ils généralement positifs?

Cet angle visant à mieux comprendre la personnalité même des personnes qui choisissent d’arbitrer ne relève pas du tout du hasard, confirme M. Brunelle.

«On essaie de voir s’il existe des profils de personnalité qui sont mieux adaptés et qui vivent mieux ce métier-là, mais aussi s’il y a des profils qui vont peut-être être plus susceptibles de vivre ça difficilement», explique-t-il.

Le questionnaire vise aussi à déceler certaines prédispositions, comme la résilience, l’épuisement professionnel ou la capacité d’adaptation, qui vont influencer la façon dont un arbitre va vivre certaines situations.

Le questionnaire demande une vingtaine de minutes à remplir et il demeurera disponible jusqu’au 20 janvier.

Année difficile

Tout indique que ce projet de recherche de HEC Montréal arrive à un moment opportun. Lors d’une récente entrevue avec La Presse Canadienne, l’arbitre-chef de la région de Montréal, Éric Black, soulignait que la saison actuelle est «l’une des pires années, si ce n’est pas la pire» de toute sa carrière de plus de 20 ans dans le monde du hockey en ce qui a trait à la violence envers les officiels.

«Un arbitre s’est fait dire par un entraîneur qu’il avait un ‘gun’ dans son char et qu’il allait l’utiliser, puis l’entraîneur adjoint a mimé qu’il allait lui trancher la gorge», racontait M. Black pour illustrer l’ampleur du problème.

M. Brunelle espère donc que son projet de recherche permettra de faire changer les mentalités, afin que l’on conserve les arbitres qu’il nous reste, et que d’autres acceptent de prendre la relève.

«Par ce genre de recherche, j’espère qu’on va en parler plus, mentionne-t-il. On a l’intention de découvrir des choses d’un point de vue très scientifique, mais aussi d’aider les milieux par toutes sortes de manières. Juste le fait qu’on en parle plus, c’est une bonne chose.»

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