Minassian savait que son attaque était contraire à la morale, selon un médecin

TORONTO — Un psychiatre médico-légal de la poursuite, lors du procès de l’homme qui a tué dix personnes dans l’attaque à la camionnette de Toronto, a déclaré qu’Alek Minassian savait que ses actes étaient contraires à la morale.

Le docteur Scott Woodside a affirmé que la volonté de M. Minassian de gagner en notoriété démontrait qu’il savait que l’attaque serait perçue comme un acte terrible.

L’homme de 28 ans originaire de Richmond Hill a plaidé non coupable à dix chefs de meurtre au premier degré et seize chefs de tentative de meurtre.

La défense plaide que M. Minassian devrait être déclaré non criminellement responsable de ses actes en raison de son trouble du spectre de l’autisme.

L’état d’esprit de l’accusé est la seule question en litige au procès étant donné qu’il a admis avoir planifié et mené l’attentat du 23 avril 2018.

La question centrale de l’affaire est de déterminer si M. Minassian savait que ce qu’il faisait était contraire à la morale.

Le docteur Woodside estime que la quête de notoriété de l’individu répondait à cette question.

«Son motif en partie déclaré pour commettre ces actes était de gagner en notoriété, de devenir tristement célèbre, ce qui, à mon avis, implique une connaissance assez claire que les gens vont considérer cela comme une chose terrible», a témoigné vendredi le psychiatre.

«C’est en fait un calcul de sa part sur ce qu’il doit faire pour gagner la plus grande notoriété, et une partie de cela est de faire à peu près la pire chose: tuer des gens et tuer autant de personnes que possible.»

Étant donné que M. Minassian a invoqué une défense de non-responsabilité criminelle, il incombe à la Couronne de prouver sa cause hors de tout doute raisonnable.

L’avocat d’Alek Minassian, Boris Bytensky, tente de prouver, selon la prépondérance des probabilités, qu’il est plus probable qu’improbable que l’homme avait un trouble mental qui a eu un impact sur ses actions, dans la mesure où il ne comprenait pas que ce qu’il faisait était mal.

La juge Anne Molloy, qui préside le procès seule, a statué jeudi qu’elle considérait le trouble du spectre de l’autisme comme un trouble mental. Elle devra décider si M. Minassian savait que ses actions étaient moralement répréhensibles.

Le procureur de la Couronne, Joe Callaghan, a déclaré que la poursuite défendrait toujours l’argument selon lequel le trouble du spectre de l’autisme ne se qualifie pas comme un trouble mental aux fins du procès. Cela rendrait M. Minassian criminellement responsable de ses actes.

Alek Minassian a confié à plusieurs évaluateurs en santé mentale qu’il s’identifiait en partie aux soi-disant «incels», des hommes qui sont involontairement célibataires et qui discutent de leur haine pour les femmes et ceux qui les fréquentent dans les entrailles du web.

Selon le docteur Woodside, le fait que M. Minassian était vierge et n’avait jamais eu de relation avec une femme a contribué à son sentiment de solitude. Et lire sur les «incels» lui a permis de se sentir mieux dans sa peau, a indiqué le psychiatre.

M. Minassian pensait également que de lier son attaque au mouvement «incel» augmenterait sa notoriété, a ajouté le docteur Woodside.

Le tribunal a appris qu’Alek Minassian avait composé un message à propos de la «rébellion des incels» avant l’attaque. Il a dit à un psychiatre qu’il avait partagé le message sur Facebook immédiatement après l’attaque, avant son arrestation.

Dans ce message, M. Minassian a également mentionné Elliot Rodger, un homme de 22 ans qui a tué six personnes à Isla Vista, en Californie. M. Rodger, qui s’est suicidé après l’attaque, est devenu l’ancêtre du mouvement «incel» en ligne.

M. Minassian a déclaré que sa notoriété serait «améliorée» en liant son attaque à des «incels», même s’il a reconnu qu’il n’avait aucune colère réelle envers les femmes.

«C’était plutôt calculé et calculé pour susciter de l’intérêt médiatique», a expliqué le médecin. 

Le docteur Woodside a aussi relaté au tribunal jeudi que l’accusé avait dit qu’il échouerait dans la vie et qu’il avait commis l’attaque pour laisser sa marque dans le monde.

«Si je vais toujours échouer de toute façon, je ferais aussi bien de faire ça», aurait dit M. Minassian au psychiatre.

«Si je pouvais recommencer, je penserais probablement à une façon d’obtenir un nombre de corps plus élevé.»

Un psychiatre embauché par la défense avait témoigné que M. Minassian manquait d’empathie et ne comprenait pas le caractère moralement répréhensible de tuer 10 personnes.

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