Mini-budget Girard: employeurs plutôt satisfaits, syndicats perplexes

MONTRÉAL — L’énoncé budgétaire du ministre des Finances, Eric Girard, a rassuré en partie le milieu des affaires, mais il laisse perplexe le milieu syndical.

Employeurs

Le milieu des affaires s’est réjoui du fait qu’une aide supplémentaire à la relance économique soit annoncée, notamment pour la requalification de la main-d’oeuvre.

Le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, a ainsi trouvé le mini-budget «rassurant».

«Il témoigne de la capacité du gouvernement du Québec d’investir des sommes additionnelles nécessaires pour renforcer encore davantage les systèmes de santé et d’éducation», estime-t-il, «tout en amorçant un effort budgétaire essentiel pour préparer la relance et soutenir les travailleurs et les entreprises».

Le Conseil du patronat, quant à lui, «salue les mesures annoncées en faveur de l’innovation, de la productivité et du virage numérique qui vont aider nos entreprises à se relever et à être plus compétitives dans le contexte actuel». 

Le CPQ aurait toutefois souhaité davantage de détails pour les secteurs dont la reprise sera plus longue et difficile, comme le tourisme, l’aérospatiale et le transport aérien.

Le vice-président pour le Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, François Vincent, trouve carrément insuffisantes les mesures annoncées pour les petites et moyennes entreprises. «La vie de 18 000 entreprises, elle se joue maintenant et pas demain», s’est-il exclamé en entrevue.

S’il juge adéquate l’aide à la requalification de la main-d’oeuvre, il trouve encore trop imprécises et insuffisantes l’aide à l’industrie touristique et l’aide pour contrer l’endettement des PME, notamment.

M. Vincent trouve «bien» d’avoir un horizon prévisible de cinq ans pour le retour à l’équilibre budgétaire, mais s’empresse d’ajouter que «c’est important d’agir maintenant pour aider les PME» qui souffrent de la crise sanitaire.

Syndicats

Du côté syndical, le président de la FTQ, Daniel Boyer, s’étonne de l’optimisme du ministre Girard. Il trouve «très hasardeux» de compter autant sur la hausse des transferts fédéraux pour la santé, même s’il s’agit là d’une demande légitime des provinces, selon lui.

«Le ministre est optimiste et régi par la pensée magique», croit M. Boyer.

Le président de la plus grande centrale syndicale du Québec trouve aussi le délai de cinq ans pour revenir à l’équilibre budgétaire trop court. Cela lui fait craindre le recours à des mesures d’austérité pour parvenir au «déficit zéro», puisque le gouvernement caquiste ne voudra pas hausser les impôts. Et ça, «ça nous inquiète beaucoup», a confié le président de la FTQ.

Pour ce qui est des mesures de relance, comme celle touchant l’industrie touristique et celle des 459 millions $ pour la requalification de la main-d’oeuvre, ainsi que d’autres mesures qui seront annoncées plus tard, M. Boyer s’en réjouit. Mais il insiste sur le fait que toute aide aux entreprises devra être conditionnelle à des engagements de leur part, face au maintien des emplois, à la création d’emplois, à la transition vers le numérique ou vers l’entreprise plus verte.

Tout comme la FTQ, la CSN s’inquiète du maintien des versements au Fonds des générations et du maintien de l’horizon de cinq ans pour le retour à l’équilibre budgétaire.

Avec de tels choix, «le gouvernement du Québec pave la voie à des mesures d’austérité budgétaire» et il prive le Québec de moyens et de ressources qui pourraient l’aider à relancer son économie, estime son président, Jacques Létourneau. 

Du côté de la CSQ, la présidente Sonia Éthier se félicite aussi du fait que «pour l’instant, le gouvernement de la CAQ évite le piège l’austérité», mais elle lui reproche de ne pas utiliser suffisamment le levier des services publics pour relancer l’économie.

Elle estime que les 117 millions $ annoncés pour les milieux d’enseignement et les services de garde «sont insuffisants»  «Ces sommes ne règleront pas la crise des conditions de travail et des problèmes d’attraction-rétention si dommageables pour nos services publics», a estimé Mme Éthier.

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