Mini-remaniement: Benoit Charette sera responsable de la lutte au racisme

QUÉBEC — Une première au Québec: un ministre aura désormais la responsabilité explicite de lutter contre le racisme. Qu’il soit systémique ou non.

La tâche sera confiée au ministre de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques, Benoit Charette, qui devra désormais cumuler les deux fonctions.

L’annonce a été faite mercredi matin en conférence de presse par le premier ministre François Legault, à la faveur d’un mini-remaniement de son cabinet.

La députée de la circonscription Les Plaines, Lucie Lecours, accède au cabinet pour gérer les relations entre le gouvernement et les PME à titre de ministre déléguée à l’Économie. Diplômée en littérature, ancienne journaliste, elle a dirigé une Chambre de commerce avant de se lancer en politique en 2018. Elle viendra donc prêter main-forte au ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, et à la ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Ève Proulx. Par ailleurs, le ministre de l’Énergie, Jonatan Julien, devient responsable de la région de la Gaspésie, en remplacement de Mme Proulx.

Avec l’ajout autour de la table du conseil des ministres de Mme Lecours, le cabinet Legault compte au total 28 membres désormais, dont 12 femmes, soit 42 %.

Du même coup, la grande couronne nord de Montréal se retrouve surreprésentée au cabinet avec sept ministres issus de cette partie du Québec.

C’est la ministre Marie-Ève Proulx qui sort affaiblie de l’exercice. Elle perd la responsabilité des PME et la responsabilité de la région gaspésienne, comme elle avait perdu en décembre celle d’implanter internet haute vitesse partout en régions avant la fin du mandat. En octobre, elle avait laissé entendre que le gouvernement ne pourrait pas respecter son engagement. En décembre, le premier ministre confiait le dossier à son adjoint parlementaire, le député Gilles Bélanger, et embauchait l’ancien président de la CAQ, Stéphane Le Bouyonnec, à 200 000 $ par année, pour gérer le dossier. 

Charette victime de racisme

Dans le passé, Benoit Charette a été coopérant bénévole en Haïti, en 1995, et sa conjointe est d’origine haïtienne. Leurs trois enfants sont métissés. 

Le racisme ne lui est pas étranger. «C’est par moment subtil, c’est par moment direct, mais dans tous les cas, c’est très offensant, c’est très blessant», a-t-il relaté, à propos d’incidents fâcheux vécus par sa famille. 

Il a raconté qu’on lui avait déjà refusé un appartement, en raison apparemment des préjugés envers son épouse. Il avait dû se battre et porter plainte à la Commission des droits de la personne et le propriétaire a été condamné.  

Âgé de 44 ans, il s’est fait élire pour la première fois en 2008 sous la bannière péquiste dans la circonscription de Deux-Montagnes, au nord de Montréal.

Lors de la formation du premier cabinet Legault, en octobre 2018, M. Charette n’en faisait pas partie. C’est en janvier 2019 qu’il est devenu ministre de l’Environnement. Il monte donc en grade en cumulant désormais à la fois le délicat dossier de la lutte au racisme et celui, dans un tout autre registre, de la lutte aux gaz à effet de serre (GES).  

Des observateurs de la scène politique s’attendaient à ce que la responsabilité de s’attaquer à ce problème social soit plutôt confiée soit au ministre Lionel Carmant, soit à la ministre Nadine Girault, tous deux d’origine haïtienne et coprésidents du groupe de travail chargé par le premier ministre, en juin, de formuler des recommandations au gouvernement sur les meilleurs moyens d’éliminer toute forme de discrimination au Québec envers les minorités visibles et les Autochtones. Leur rapport a été remis en décembre et une des 25 recommandations consistait précisément à nommer un ministre spécialement dédié à cette mission.

En conférence de presse, mercredi, M. Charette s’est engagé à donner suite aux 25 recommandations d’ici la fin du mandat. Il a dit vouloir faire en sorte «qu’au niveau de l’information, au niveau de la pédagogie, il y ait des choses qui soient mises en place rapidement. Mais notre volonté, d’ici la fin du mandat, ça nous laisse une année et demie, c’est qu’il y ait des avancées concrètes dans chacune de ces 25 actions-là».   

«La lutte au racisme, c’est d’abord une question de dignité humaine», a-t-il observé, en soulignant que le Québec demeurait une des sociétés les plus accueillantes et les plus tolérantes au monde. 

Il a dû défendre le fait qu’un homme blanc, comme lui, pouvait être crédible pour lutter contre le racisme. «En aucun cas, peu importe la raison, à mon sens, la couleur de peau ne doit pas être un argument pour disqualifier quelqu’un», a-t-il indiqué, ajoutant avoir une sensibilité pour ces questions depuis longtemps, pour des raisons familiales et ayant travaillé dans le domaine du développement international et interculturel.   

Le rapport Carmant-Girault visait notamment les corps policiers, en réclamant de la formation continue sur la discrimination et le profilage racial, et il recommandait d’interdire les interpellations policières aléatoires, un procédé maintes fois dénoncé par les groupes de défense des minorités. «C’est un élément pour lequel on doit bouger rapidement», a convenu le nouveau ministre, qui prévoit s’entretenir à ce propos prochainement avec sa collègue de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

Dans ce dossier, le gouvernement dit depuis des mois vouloir agir rapidement, privilégiant les actions concrètes à implanter à court terme, et refusant mordicus, malgré les pressions venant de toutes parts, de qualifier de «systémique» le problème du racisme au Québec.    

M. Charette, tout comme les autres membres du gouvernement, incluant le premier ministre, refusent de considérer qu’il y a du «racisme systémique» au Québec.

Questionné à ce sujet, il a dit que le «système» en place au Québec incluait la Charte des droits et la Commission des droits de la personne, donc autant de remparts qui «protègent les citoyens» contre la discrimination.

Le groupe Carmant-Girault recommandait également de prévoir une campagne nationale de sensibilisation de la population contre toute forme de racisme. À l’école, des programmes de formation et de sensibilisation seraient destinés spécifiquement aux jeunes. 

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