Mission exploratoire cette semaine pour dénouer des impasses sur l’ALÉNA

WASHINGTON — Les négociateurs pour le renouvellement éventuel de l’ALÉNA se retrouvent cette semaine pour une «mission exploratoire» à Washington afin de dégager des pistes de solution avant la prochaine ronde officielle, en janvier à Montréal, qui pourrait bien sceller le sort de l’accord commercial trentenaire.

Les Canadiens ne s’attendent pas à des offres formelles ou des contre-offres sur les sujets les plus délicats, mais ils croient que des progrès pourraient être réalisés sur des questions moins épidermiques.

Les négociateurs canadiens veulent surtout tenter de déchiffrer les objectifs ultimes des Américains, par exemple sur les pièces automobiles, afin de pouvoir dégager maintenant des pistes de compromis pour renouveler l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

Plusieurs des enjeux majeurs ont frappé rapidement un mur pendant ces négociations — notamment sur les pièces automobiles, l’agriculture et le mécanisme de règlement des différends. Le Canada et le Mexique ont qualifié certaines exigences américaines d’intenables, et n’ont même pas présenté de contre-offres jusqu’ici tellement elles leur paraissaient irrecevables.

Or, le calendrier commence à exercer une pression sur les négociations, qui doivent prendre fin en 2018: le président Donald Trump devrait décider, vraisemblablement d’ici le mois de mars, si la Maison-Blanche prendra les mesures visant à sortir les États-Unis de l’ALÉNA. Par ailleurs, des élections législatives et présidentielles sont prévues le 1er juillet au Mexique, et des élections de mi-mandat auront lieu aux États-Unis en novembre.

L’avocat Dan Ujczo, qui observe de près les négociations, croit que le président Trump sera tenté de faire un geste déterminant avant les élections de novembre, afin de montrer aux électeurs américains qu’il a tenu sa promesse: renégocier l’ALÉNA, ou le déchirer. Le Canada et le Mexique seraient donc forcés de présenter bientôt des contre-offres, car le temps commence à presser, croit M. Ujczo.

«Si, à l’issue de la ronde de Montréal, il devient évident que les négociations ne vont nulle part au chapitre de l’automobile et de l’agriculture, les négociateurs américains voudront demander au président ce qu’il entend faire. Et même si le président ne voulait pas bouger, le fait est qu’il devra poser un geste d’ici le mois de mars», estime l’avocat.

«Si j’étais négociateur du Canada ou du Mexique, je ne lui offrirais pas de prétexte pour se désengager (…) Dans ce contexte, il est absolument exclu de ne rien faire: les négociateurs doivent user d’imagination et présenter des contre-offres.»

Le négociateur en chef canadien, Steve Verheul, a déclaré récemment devant le Parlement que le Canada était disposé à offrir des suggestions constructives. Mais il a aussi précisé que les exigences des Américains sur l’automobile sont tout à fait irréalistes. Le Canada se demande, finalement, «qu’est-ce qui constituerait une victoire pour les États-Unis», afin de travailler de façon constructive «à des dénouements qui pourraient être qualifiés de victoire américaine, ou du moins de victoire nord-américaine», a résumé M. Verheul.