La NASA forcée de reporter le lancement de sa mission lunaire

LONGUEUIL, Qc — Vive déception, lundi matin, au quartier général de l’Agence spatiale canadienne, à Longueuil, alors que la NASA a annoncé l’annulation du décollage de la nouvelle fusée lunaire Artémis.

Les ingénieurs de l’agence américaine ont constaté qu’un des capteurs de température de l’un des quatre moteurs présentait une valeur qui ne correspondait pas à la norme attendue. 

«Juste avant le décollage, on aime purger toutes les lignes de carburant et les ingénieurs n’aimaient pas ce qu’ils voyaient en termes de télémétrie, de température et par prudence, ont décidé d’aller regarder ça de plus près», a expliqué l’astronaute David St-Jacques, présent au Centre spatial John H. Chapman pour le lancement.

«C’est décevant, mais ça fait partie du jeu. C’est tellement compliqué ces systèmes-là, c’est tellement dangereux ce qu’on fait. Il faut que tout le monde soit vraiment rassuré que tout va bien et, malheureusement, il y avait quelque chose qui chicotait», a-t-il poursuivi.

Par contre, la température anormale constatée n’indique pas nécessairement un problème grave en soi, mais la tolérance au risque est de zéro dans ce domaine, a fait valoir l’astronaute. «Est-ce qu’il y a réellement un problème dans la tuyauterie? Est-ce qu’il y a réellement un problème qui pourrait causer, je ne sais pas, une explosion par exemple? Dans le domaine de l’aérospatiale, ça ne pardonne pas. On n’aime pas ça prendre des chances.»

David St-Jacques était donc déçu, certes, mais du tout surpris. «On est habitués. Les retards de lancement, ça arrive sans arrêt et l’important c’est que le jour où on dit ‘Go! On y va’, c’est sûr que tout marche bien.»

Pour l’instant, le décollage a été reporté à vendredi prochain en début d’après-midi. 

«Vendredi, c’est la prochaine occasion qu’on a. C’est la physique des orbites qui fait ça. Il faut que la lune soit à la bonne place dans le ciel, entre autres. Vendredi, si on a réussi à aller au fond du problème et qu’il sera assuré que c’est réglé à ce moment-là, ça va être un rendez-vous encore pour un prochain essai.»

David St-Jacques insiste d’ailleurs sur cette notion d’essai, puisqu’il s’agit d’une fusée flambant neuve.

«Je ne dis pas qu’on s’attendait à quelque chose comme ça, mais c’est un vol d’essai.

«C’était la chance de tout tester de manière intégrée et un peu de pousser les limites, puisqu’on avait l’occasion d’avoir la fusée au complet, remplie de carburant sans qu’il n’y ait d’équipage à bord et c’est un peu ça le travail des ingénieurs, essayer de trouver s’il y a un problème pour être sûr que, le jour où on lance, on est prêts et c’est sûr que ça marche bien.» 

La fusée haute de 98 mètres devait décoller lundi matin avec trois mannequins à bord lors de son premier vol, une mission visant à propulser une capsule en orbite autour de la lune.

Ce premier vol du programme d’exploration lunaire du 21e siècle de la NASA, nommé Artémis, est attendu depuis des années. Des retards répétés ont entraîné des milliards de dollars en dépassements budgétaires. La présente mission coûte à elle seule 4,1 milliards $ US.

Douze astronautes de diverses missions Apollo ont atterri sur la lune de 1969 à 1972, avec des séjours de quelques jours seulement. La NASA cherche à établir une base en orbite autour de la lune, avec des astronautes entrant et sortant pendant des semaines à la fois. 

«Le but, ultimement, c’est de nous préparer à aller sur Mars. On va tout tester nos systèmes de survie, nos systèmes de propulsion de navigation tout ça dans l’environnement lunaire. Il va y avoir une base en orbite autour de la lune, une petite station lunaire, le Gateway, auquel le Canada participe en contribuant un bras robotisé. Il va y avoir avant ça des missions vers l’environnement lunaire», a expliqué l’astronaute canadien.

Un ou une astronaute canadien participera à la mission Artémis 2, prévue pour 2024.

«C’est quand même extraordinaire pour nous. Le deuxième pays à envoyer quelqu’un dans l’environnement lunaire, ça va être le Canada», s’est réjoui David St-Jacques.

Quand on lui demande s’il aimerait être l’heureux élu, ses yeux s’illuminent. «Ce serait l’fun, c’est sûr! Quand j’était à bord de la station spatiale internationale, je regardais par la coupole, je voyais la lune. Des fois je me disais: je ne sais pas si on pourrait… On peut aller faire un tour? Se rapprocher un peu?», a-t-il lancé en riant.

«On entend souvent parler de la génération Apollo; tout le monde qui est un peu plus vieux que moi, j’ai 52 ans, se rappelle où ils étaient quand Neil Armstrong a mis le pied sur la lune. Là, c’est la génération Artémis qui s’en vient, des gens qui vont se souvenir du jour où un astronaute de l’Agence spatiale canadienne est parti vers la lune», a avancé M. St-Jacques.

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